Un cri d’alarme pour la qualité des soins

La situation devient intenable pour les pharmacies de la province. L’Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ) a officiellement tiré la sonnette d’alarme concernant une pénurie sévère de personnel technique. Cette carence de main-d’œuvre ne touche pas uniquement l’organisation du travail, mais menace directement la qualité des services et des soins offerts aux patients nécessitant une médication.
Les chiffres avancés par l’organisme sont préoccupants : plus de 1000 postes restent à pourvoir à travers le territoire. Selon les dernières données compilées par l’OPQ, la situation est critique dans plus de 50 % des pharmacies de quartier, qui peinent à recruter les techniciens et assistants techniques indispensables pour répondre à la demande croissante de la clientèle.
Une transformation du métier qui accentue la pression

Pourquoi ce besoin soudain et massif de bras supplémentaires ? L’évolution du rôle du pharmacien en est la cause principale. Jean-François Desgagné, président de l’Ordre des pharmaciens, explique que la société demande désormais aux pharmaciens d’assumer davantage de tâches cliniques pour soutenir le travail des médecins. Cette transition vers plus de services directs aux patients crée un effet domino sur l’organisation interne des officines.
Pour libérer les pharmaciens afin qu’ils puissent se concentrer sur la vaccination ou le suivi clinique, il faut impérativement plus de personnel pour gérer les opérations logistiques. « Ça prend plus de personnel pour effectuer les tâches techniques de base comme la vaccination, la gestion de l’inventaire et des prescriptions », précise M. Desgagné, soulignant que sans ce soutien technique, la machine risque de s’enrayer.
De Québec aux hôpitaux : l’ampleur du manque à gagner

L’impact de cette pénurie se mesure concrètement sur le terrain. Dans la seule région de la Capitale-Nationale, les 193 pharmacies recensées auraient besoin de 121 nouveaux employés techniques. Camille Dupuis-Brousseau, pharmacienne propriétaire de deux succursales Uniprix à Québec et Lévis, confirme cette réalité : bien que les patients apprécient l’élargissement des services, l’aide manque cruellement. Elle-même est actuellement à la recherche d’un assistant technique pour l’un de ses établissements.
Le problème dépasse largement les frontières des pharmacies de quartier, où le déficit est estimé à environ 1100 techniciens. Le réseau hospitalier souffre également, bien que le nombre exact de postes vacants y demeure inconnu. Jean-François Desgagné illustre l’urgence de la situation avec une métaphore éloquente : « Si je savais qu’il y a 2000 ou 3000 employés techniques sur une île déserte, je trouverais un bateau et j’irais les chercher moi-même. Et je suis certain que je leur trouve tous un emploi demain matin. »
Dans les hôpitaux et établissements de santé, les embauches stagnent par manque d’intérêt, forçant les pharmaciens à délaisser le chevet des patients pour accomplir des tâches de première ligne.
Des métiers méconnus mais névralgiques

Face à cette rareté de main-d’œuvre, la rétention du personnel actuel devient un enjeu stratégique majeur. Camille Dupuis-Brousseau affirme consacrer une énergie considérable à conserver sa trentaine d’employés et à valoriser leur rôle auprès du public. Pour elle, ces collaborateurs sont bien plus que de simples exécutants.
« Ils sont des pièces névralgiques de nos opérations quotidiennes. Ce sont des emplois méconnus, mais de plus en plus importants pour la santé des patients », insiste la copropriétaire. La reconnaissance de ces métiers de l’ombre est devenue essentielle pour assurer la pérennité du système de distribution de médicaments au Québec.
Formation et avenir : une campagne pour séduire
Pourtant, les opportunités de formation existent. Plusieurs établissements, comme le Cégep Limoilou dans la région de Québec, offrent des programmes professionnels d’Assistance technique en pharmacie et des formations collégiales. Malgré une légère amélioration, ces cursus peinent encore à faire le plein d’étudiants. Selon Mme Dupuis-Brousseau, le problème réside dans la méconnaissance des avantages offerts : « On parle de belles carrières avec de superbes conditions de travail et des horaires flexibles pour des gens qui cherchent un équilibre entre la vie personnelle et professionnelle. »
Pour inverser la tendance et combler les besoins criants, l’OPQ a lancé une vaste campagne d’information baptisée « Une bonne dose d’avenir ». L’objectif est clair : mettre en lumière ces professions essentielles.
Les perspectives d’emploi sont, quant à elles, excellentes. « Le taux de placement est extrêmement intéressant. En moyenne, on retrouve neuf postes techniques par pharmacie de quartier », fait valoir Jean-François Desgagné. Du côté du secteur public, les établissements de santé emploient déjà plus de 2000 assistants techniques et procèdent à l’embauche d’environ 300 nouvelles recrues chaque année.
Selon la source : journaldequebec.com
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