Une énigme vieille de six décennies en passe d’être résolue

C’est une page d’histoire qui s’était refermée sur un point d’interrogation. Le 3 février 1966, la sonde soviétique Luna 9 marquait l’histoire de la conquête spatiale en se posant sur la Lune. Après cet exploit, sa localisation exacte est devenue un véritable mystère, et soixante années se sont écoulées sans la moindre observation confirmée de l’engin.
Aujourd’hui, des astronomes estiment avoir potentiellement retrouvé le lieu de repos final de cet appareil disparu depuis son atterrissage historique. En s’appuyant sur les données d’un orbiteur de la NASA, ils pensent avoir identifié les traces de la sonde, offrant ainsi un dénouement possible à cette longue quête scientifique.
Cette découverte potentielle ne relève pas du hasard, mais de l’analyse minutieuse d’images orbitales. Si elle est confirmée, elle permettrait de localiser précisément ce pionnier de l’exploration robotique, resté silencieux dans la poussière lunaire depuis plus d’un demi-siècle.
Luna 9 : Le premier atterrissage en douceur de l’Histoire

L’Union soviétique a lancé Luna 9 le 31 janvier 1966, propulsée par une fusée Molniya-M. Si d’autres sondes avaient déjà atteint la surface lunaire auparavant, notamment Luna 2 qui fut la première à s’écraser sur le sol sélène, Luna 9 a changé la donne. Elle est devenue la toute première mission de l’histoire à réussir un atterrissage en douceur sur un autre corps céleste. Lors de son approche, Luna 9 a éjecté une capsule d’atterrissage, avant de s’éloigner du site de largage pour aller s’écraser un peu plus loin sur la surface lunaire.
La capsule d’atterrissage elle-même a rebondi plusieurs fois avant de s’immobiliser et de déployer quatre panneaux semblables à des pétales pour se stabiliser. Ensuite, grâce à une caméra de télévision et un système de miroirs rotatifs, la sonde a commencé à capturer et à transmettre les toutes premières images prises depuis la surface d’un astre autre que la Terre. L’engin est resté opérationnel pendant trois jours avant que ses batteries ne s’épuisent, coupant définitivement le contact avec les scientifiques sur Terre.
Bien que la mission n’ait pas comporté beaucoup d’expériences scientifiques, les enseignements tirés de cette excursion furent capitaux. Comme l’explique l’Agence spatiale européenne (ESA) : « C’était le tout premier atterrissage en douceur sur un autre corps céleste. Cela a ouvert la voie aux voyages habités vers la Lune, en levant les doutes sur le fait que la surface ne soit des sables mouvants dangereux. »
Des coordonnées perdues dans l’immensité grise

Après l’atterrissage, l’Union soviétique avait publié les coordonnées estimées du site de Luna 9 dans le journal soviétique Pravda. Cependant, en raison des incertitudes liées aux calculs de l’époque, la sonde pouvait se trouver à des dizaines de kilomètres des coordonnées annoncées. Au cours des années qui ont suivi, bien que nous ayons obtenu une bien meilleure vision de la surface lunaire, nous avons échoué à repérer ce morceau d’histoire du vol spatial.
La difficulté réside dans la nature même des données disponibles et la taille de l’objet. La nouvelle équipe de chercheurs explique dans son étude : « La caméra à angle étroit de la sonde Lunar Reconnaissance Orbiter (LROC) photographie la Lune en continu depuis 2009, fournissant un enregistrement unique des caractéristiques de surface tant naturelles qu’anthropiques avec une résolution allant jusqu’à 0,25 m par pixel. Identifier des objets artificiels au sein du vaste ensemble de données résultant reste un défi en raison de la variabilité de l’éclairage, des arrière-plans complexes et de la petite empreinte en pixels de nombreuses cibles. »
Cette immense base de données nécessitait donc une nouvelle approche pour être exploitée efficacement. Chercher une aiguille dans une botte de foin cosmique demandait un outil capable de distinguer l’artificiel du naturel avec une précision surhumaine.
L’intelligence artificielle « YOLO-ETA » à la rescousse

L’équipe a cherché à corriger ce problème en entraînant un algorithme d’apprentissage automatique baptisé « You-Only-Look-Once—Extraterrestrial Artifact » (YOLO-ETA) pour fouiller les données du LROC à la recherche de signes d’atterrisseurs lunaires d’origine humaine. Une fois entraîné, l’algorithme a été confronté à des images qu’il n’avait jamais vues auparavant de sites d’atterrissage connus, et il a été capable de les identifier comme tels avec une grande confiance. Cela incluait notamment l’atterrisseur ultérieur Luna 16.
Par la suite, l’équipe a mis YOLO-ETA au travail pour rechercher la sonde Luna 9. Bien que la découverte soit loin d’être définitive, l’équipe pense avoir identifié le lieu de repos possible du vaisseau spatial. Les chercheurs écrivent : « Lorsqu’il a été appliqué au problème de longue date de la localisation du vaisseau spatial Luna 9, le modèle a détecté un groupe d’artefacts candidats près de 7,03° N, –64,33° E qui répondent à plusieurs tests de plausibilité indépendants : récurrence sous différentes géométries d’éclairage, séparations spatiales compatibles avec la dispersion attendue des composants de la mission, et topographie locale cohérente avec l’horizon plat enregistré dans les panoramas de surface de Luna 9. »
Les auteurs précisent toutefois avec prudence : « Ces résultats ne constituent pas une preuve définitive de la récupération de l’atterrisseur, mais ils identifient un site crédible pour une ré-imagerie ciblée. »
Vers une confirmation et une nouvelle ère d’exploration

Une ré-imagerie ciblée depuis le LROC ou de futurs orbiteurs est désormais recommandée pour vérifier si Luna 9 a bel et bien été retrouvée. Cette étape de vérification visuelle sera cruciale pour valider les déductions faites par l’intelligence artificielle et clore définitivement ce chapitre de l’histoire spatiale soviétique.
Au-delà de ce cas précis, cette méthodologie ouvre des perspectives fascinantes pour l’archéologie spatiale. L’équipe conclut ainsi : « Quel que soit le résultat, ce travail établit que les architectures compactes d’apprentissage profond telles que YOLO-ETA peuvent s’étendre au-delà de l’orbite terrestre, permettant des relevés systématiques des artefacts technologiques de la Lune et soutenant l’exploration responsable de notre plus proche voisin céleste. »
L’étude complète détaillant ces recherches a été publiée dans la revue npj Space Exploration, marquant une avancée significative dans l’utilisation de l’IA pour redécouvrir notre passé spatial.
Selon la source : iflscience.com
Créé par des humains, assisté par IA.