Une découverte de fossiles suggère que des pythons géants vivaient autrefois à Taïwan
Auteur: Mathieu Gagnon
Une anomalie géographique enfin expliquée
Dans les jungles tropicales et les zones humides d’Asie, la présence de grands serpents constricteurs est une norme établie. Des pays comme le Vietnam, la Thaïlande ou l’Indonésie abritent couramment des pythons, qui font partie intégrante de la biodiversité locale. Cependant, une exception curieuse subsiste dans cette répartition géographique : l’île principale de Taïwan, où ces reptiles sont totalement absents de la faune actuelle.
Cette absence a longtemps interrogé les spécialistes. Ces prédateurs ont-ils un jour atteint l’île lorsque le niveau de la mer était plus bas, permettant un passage terrestre ? Ou bien sont-ils arrivés pour ensuite disparaître mystérieusement au fil des millénaires ? L’histoire naturelle de l’île gardait ce secret jusqu’à une découverte récente.
C’est l’analyse d’un simple ossement qui permet aujourd’hui de reconsidérer le passé de l’île. Une preuve matérielle suggère désormais que Taïwan n’a pas toujours été dépourvue de ces géants rampants, ouvrant une nouvelle fenêtre sur les écosystèmes disparus de la région.
La découverte d’une vertèbre colossale

Une étude récemment publiée dans la revue spécialisée Historical Biology (DOI: 10.1080/08912963.2025.2610741) rapporte l’identification formelle d’une vertèbre unique de tronc appartenant à un python. Ce fossile a été exhumé dans la formation de Chiting, une zone géologique située à Tainan, connue pour sa richesse en vestiges du passé. Selon les datations effectuées, cet ossement remonte au Pléistocène moyen, soit une période comprise entre 800 000 et 400 000 ans avant notre ère.
Les dimensions de ce fossile sont impressionnantes. Les calculs réalisés par les chercheurs suggèrent qu’il appartenait à un animal mesurant au moins quatre mètres de long. Pour mettre ce chiffre en perspective, il convient de noter que les plus grands serpents présents aujourd’hui sur le territoire taïwanais ne dépassent guère les deux à trois mètres de longueur.
Cette découverte est d’autant plus marquante que les archives fossiles de Taïwan, bien que riches, n’avaient jamais livré de trace de pythons jusqu’alors. Au fil des années, les fouilles avaient pourtant permis de mettre au jour une variété de créatures préhistoriques, incluant des crocodiles, des tortues, des oiseaux et quelques autres espèces de serpents, mais jamais ce type de constricteur géant.
Une identification scientifique rigoureuse

L’identification du spécimen a été menée par des scientifiques de l’Université nationale de Taïwan. Bien que l’équipe n’ait eu qu’une seule partie du python à sa disposition, elle a pu confirmer l’espèce grâce à une combinaison distinctive de caractéristiques vertébrales. L’élément clé de cette analyse a été la forme du zygosphène, une structure osseuse spécifique qui permet de verrouiller les vertèbres du serpent entre elles et de limiter leur torsion.
Chez les pythons, ce zygosphène présente une forme large, semblable à un coin, ce qui aide à le distinguer des autres familles de serpents. Pour affiner leurs conclusions, les chercheurs ont utilisé des mesures précises de la vertèbre et des modèles statistiques basés sur les serpents modernes, parvenant ainsi à estimer la taille de l’animal disparu.
L’étude compare visuellement le fossile, référencé sous le code NTUM-VP 220601, avec un spécimen actuel de Python bivittatus provenant des îles Kinmen (référencé NTUM-VP 2110311, d’une longueur totale de 2,3 mètres). Les planches morphologiques publiées montrent les vues antérieures, postérieures, latérales, dorsales et ventrales, mettant en évidence les similitudes structurelles entre le géant du Pléistocène et son cousin contemporain plus modeste.
L’énigme de l’extinction

Si ces pythons géants ont bel et bien parcouru les terres de Taïwan, une question centrale demeure : qu’est-il advenu d’eux ? Les chercheurs notent que leur disparition pourrait s’inscrire dans une vague plus large d’extinctions survenue vers la fin du Pléistocène. C’est à cette époque que de nombreux grands animaux ont disparu de la surface du globe, bien que les causes spécifiques de ce phénomène à Taïwan restent encore incertaines.
Le climat a fini par se réchauffer par la suite, ce qui aurait théoriquement pu être favorable à ces reptiles. Pourtant, ils ne sont jamais réapparus. Cette absence suggère que les conditions locales ou les événements d’extinction ont été suffisamment sévères pour éliminer définitivement cette population de l’île principale.
Cette disparition s’inscrit dans un contexte de bouleversements écologiques majeurs. L’île a subi des transformations profondes au cours de cette période géologique, et la perte de ces grands prédateurs n’est qu’une pièce d’un puzzle environnemental complexe que les paléontologues tentent encore d’assembler.
Une niche écologique restée vide

L’un des aspects les plus frappants de cette étude réside dans la théorie avancée par les chercheurs concernant l’impact durable de cette extinction. Ils soutiennent que lorsque ces serpents ont disparu, ils ont laissé derrière eux une niche écologique qui n’a pas encore été comblée. Les auteurs arguent que l’écosystème terrestre de l’île ne s’est peut-être pas entièrement remis des bouleversements du Pléistocène, une époque marquée par la disparition de plusieurs grands prédateurs.
Cette absence de remplacement au sommet de la chaîne alimentaire témoigne d’une fragilité ou d’une incomplétude de la faune actuelle. Les scientifiques de l’Université nationale de Taïwan soulignent cette rupture dans l’équilibre naturel avec des mots précis, que nous rapportons ici fidèlement.
Les chercheurs concluent ainsi : « Le superprédateur disparu, comme le montre ce grand python… dans la biodiversité moderne de Taïwan, indique un bouleversement faunique drastique. Nous proposons que la niche des superprédateurs dans l’écosystème moderne ait pu être vacante depuis l’extinction du Pléistocène. »
Selon la source : phys.org
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