Trump qualifie le Canada de “l’un des pires pays au monde” après un vote au Congrès contre les taxes
Auteur: Simon Kabbaj
Une colère présidentielle face à un vote symbolique

La réaction ne s’est pas fait attendre. Le président américain Donald Trump a qualifié le Canada de partenaire figurant « parmi les pires au monde avec qui traiter », alors que la Chambre des représentants des États-Unis votait contre les tarifs douaniers imposés à leur voisin du nord. Ce vote, bien que largement symbolique, met en lumière un certain flottement dans le soutien républicain envers l’ambitieux programme commercial du président.
Donald Trump a exprimé son mécontentement sur les réseaux sociaux mercredi soir, dès que l’issue du scrutin est devenue claire. « Le Canada a profité des États-Unis sur le plan commercial depuis de nombreuses années. Ils sont parmi les pires au monde avec qui traiter, surtout en ce qui concerne notre frontière nord », a-t-il écrit. Il a ajouté avec insistance : « LES TARIFS DOUANIERS sont une VICTOIRE pour nous, FACILE. Les républicains doivent faire en sorte que cela continue ! »
Ce mouvement législatif a vu six républicains se joindre aux démocrates dans un effort bipartisan pour s’opposer à ce que Trump qualifie d’urgence liée au fentanyl à la frontière canado-américaine. C’est cette justification que le président a utilisée l’année dernière pour imposer des tarifs douaniers touchant l’ensemble de l’économie canadienne.
L’impasse législative et le fardeau des tarifs

Bien que la motion de mercredi ait été adoptée, elle n’a pas obtenu la majorité des deux tiers nécessaire pour être à l’abri d’un veto présidentiel. Par conséquent, lorsque le texte arrivera sur le bureau de Donald Trump, il est attendu qu’il soit rejeté. Le Canada continue par ailleurs de subir de plein fouet des tarifs spécifiques, promulgués par un autre pouvoir présidentiel, frappant des secteurs clés tels que l’acier, l’aluminium, l’automobile et le bois d’œuvre.
Le soutien bipartisan observé lors de ce vote témoigne néanmoins de l’incertitude qui règne chez les républicains face aux politiques commerciales erratiques de Trump envers le Canada. Le représentant démocrate Gregory Meeks, à l’origine du projet de loi, a tenu à souligner que le voisin du nord ne représentait pas une menace. « Le Canada est notre ami. Le Canada est notre allié », a déclaré Meeks, rappelant que « les Canadiens se sont battus aux côtés des Américains ».
Pour imposer ces droits de douane de 35 %, Donald Trump a déclaré l’état d’urgence afin d’utiliser l’International Economic Emergency Powers Act, également appelé IEEPA. Il est à noter que ces droits ne s’appliquent pas aux marchandises conformes à l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM).
La controverse du fentanyl à la frontière nord

Le représentant Gregory Meeks a mis en avant les données du gouvernement américain, qui montrent qu’une quantité minuscule de fentanyl est saisie à la frontière nord, comparativement aux volumes interceptés à la frontière avec le Mexique. En réponse aux inquiétudes exprimées par Donald Trump, Ottawa a renforcé ses mesures de sécurité frontalière, déployant davantage d’effectifs sur le terrain et de drones dans les airs. Les forces de police canadiennes ont d’ailleurs largement communiqué sur leurs saisies de drogue par voie de communiqués de presse.
Lors du débat à la Chambre plus tôt mercredi, Brian Mast, républicain de Floride, a cité ces saisies de drogue au Canada ainsi que la nomination par Ottawa d’un « tsar du fentanyl » comme preuves de la réalité du problème. Il a estimé que le Canada n’en faisait pas assez pour réprimer le trafic. « Les démocrates ne reconnaissent pas qu’il y a une crise qui tue des milliers d’Américains », a affirmé Mast.
Le Sénat a voté à plusieurs reprises pour annuler ces droits liés au fentanyl, mais une règle de procédure avait permis à la Chambre d’éviter tout vote sur le programme tarifaire de Trump jusqu’à présent. Cette situation a pris fin mardi, lorsque trois républicains se sont joints aux démocrates pour bloquer la prolongation de cette règle procédurale.
Menaces électorales et incertitudes juridiques

Si la Constitution américaine réserve au Congrès le pouvoir en matière de fiscalité et de tarifs douaniers, les mesures de Trump ont rencontré peu de résistance publique de la part des législateurs républicains, malgré les inquiétudes partagées en privé par les défenseurs traditionnels du libre-échange au sein du parti. Trump a été clair sur les risques politiques encourus par les dissidents.
« Tout républicain, à la Chambre ou au Sénat, qui vote contre les TARIFS DOUANIERS en subira sérieusement les conséquences au moment des élections, et cela inclut les primaires ! », a averti le président dans une publication distincte sur Truth Social mercredi. Il a ajouté : « Les TARIFS DOUANIERS nous ont donné la sécurité économique et nationale, et aucun républicain ne devrait être responsable de la destruction de ce privilège. »
L’IEEPA est devenu l’outil favori de Trump pour imposer ou menacer de tarifs, mais son avenir est incertain. La Cour suprême des États-Unis examine actuellement si le président peut continuer à utiliser cet outil. Lors d’une audience en novembre, la Cour, à majorité conservatrice, a semblé sceptique. Adrian Smith, républicain du Nebraska, a suggéré que le vote de mercredi aurait dû être reporté jusqu’à la décision de la haute cour.
Impacts économiques et tensions diplomatiques
Le représentant Adrian Smith a souligné que le Canada est un ami, mais que l’utilisation des droits de douane par Trump a forcé Ottawa à engager des conversations difficiles sur les irritants commerciaux. Il a cité l’exemple de la taxe sur les services numériques, que le Premier ministre Mark Carney a mise en pause l’année dernière pour apaiser le président.
Plusieurs démocrates ont expliqué à la Chambre que l’utilisation incohérente des tarifs par Trump et ses déclarations suggérant que le Canada devrait devenir un État américain nuisent aux entreprises américaines. Beaucoup ont pointé du doigt la publication du président lundi, menaçant de retarder l’ouverture du pont international Gordie Howe reliant l’Ontario au Michigan. Des représentants du Nevada ont évoqué la chute du tourisme, tandis que d’autres de l’Oregon ont affirmé que les boycotts canadiens de l’alcool dévastaient leur industrie vinicole.
Linda Sanchez, représentante démocrate de Californie, a déclaré que les allégations selon lesquelles le Canada constitue une menace liée au fentanyl ne sont pas étayées par les faits. Elle a rappelé que l’ACEUM a été négocié durant la première administration Trump et ratifié par le Congrès. Selon elle, les gouvernements responsables respectent le droit des accords commerciaux et ne négocient pas par le biais de « crises de colère étranges sur les réseaux sociaux ». « C’est tout simplement irresponsable et, franchement, c’est bizarre », a-t-elle conclu.
Silence sur la tragédie de Tumbler Ridge
La publication virulente de Donald Trump sur le Canada a constitué son unique commentaire mercredi concernant ce pays, qui était pourtant en deuil. La veille, mardi, une fusillade de masse a eu lieu à Tumbler Ridge, en Colombie-Britannique, causant la mort de huit personnes et faisant environ 25 blessés.
Alors que le président américain se concentrait sur ses griefs commerciaux, d’autres dirigeants mondiaux, ainsi que l’ambassadeur des États-Unis au Canada, Pete Hoekstra, ont offert leurs condoléances au Canada et à la communauté de Tumbler Ridge à la suite de cette tragédie.
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