Aller au contenu
Charles Milliard prend les rênes du PLQ : une rupture nette avec l’ère Rodriguez ?
Crédit: Side-by-side fusion: "A9306522-Modifier-30 (cropped).jpg" by Amélie Caron licensed under CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons + "Flag of Quebec.jpg" by Quintin Soloviev licensed under CC BY 4.0 via Wikimedia Commons

Milliard appelle à l’unité et tourne la page de la crise

C’est une page qui se tourne pour le Parti libéral du Québec (PLQ). Dimanche, à l’Hôtel Delta de Trois-Rivières, quelque 600 militants libéraux se sont rassemblés pour écouter la première allocution officielle de Charles Milliard en tant que chef. L’objectif affiché est clair : laisser derrière soi la crise ayant mené au départ de Pablo Rodriguez et se concentrer sur les prochaines échéances électorales. Le nouveau leader invite ses troupes à regarder vers l’avenir pour défaire la Coalition avenir Québec (CAQ), au pouvoir depuis 2018, ainsi que le Parti québécois (PQ) dirigé par Paul St-Pierre Plamondon.

Dans une volonté de rupture avec les turbulences récentes, Charles Milliard a tenu à rassurer sa base. « Comme vous le savez, nous avons traversé une période difficile », a-t-il rappelé lors de son discours. « Mais aujourd’hui, aujourd’hui, on regarde en avant. » Il a insisté sur les valeurs qui guideront son mandat, martelant que la confiance des électeurs doit se gagner par l’exemplarité.

Le nouveau chef a ainsi défini sa ligne de conduite avec fermeté : « Désormais, sous mon leadership, intégrité, transparence [et] imputabilité seront les mots d’ordre », a-t-il déclaré. « Parce qu’un parti qui veut gouverner se doit d’être irréprochable. Parce que la confiance, ça ne se demande pas : ça se mérite. »

Attaques ciblées contre la CAQ et refus net du référendum

Lors de cette prise de parole d’environ 30 minutes, Charles Milliard a promis de « réunifier les Québécois » tout en livrant une critique acerbe du bilan gouvernemental. Il a particulièrement ciblé les mesures d’immigration de la CAQ, la simple mention du ministre Jean-François Roberge déclenchant des huées dans la salle. Pour M. Milliard, la gestion caquiste est synonyme d’amateurisme : « La situation actuelle, c’est le symbole de l’improvisation de la CAQ en matière d’immigration. Rappelez-vous encore une fois, la CAQ a dit : « On va en prendre moins, mais on va en prendre soin. » Au final, ils en ont pris beaucoup. Et aujourd’hui, ils leur disent : « Rentrez chez vous. » »

Le chef libéral a également profité de cette tribune pour exposer ses « cinq priorités » : l’économie, les services publics, l’accès au logement, les régions et la culture. Parmi ses engagements concrets, il promet de « remettre de l’ordre dans les finances publiques » et d’organiser « des états généraux » consacrés à l’éducation et à l’enseignement supérieur.

Le Parti Québécois n’a pas été épargné. Réagissant à la promesse de Paul St-Pierre Plamondon de tenir une troisième consultation populaire si le PQ prend le pouvoir — un scénario que les sondages actuels jugent plausible —, Charles Milliard a été catégorique. « Nous ne voulons pas d’un référendum! » a-t-il tonné en anglais, sous les applaudissements nourris des militants. Il a ensuite précisé sa vision identitaire : « Je suis nationaliste, je suis régionaliste, je suis fédéraliste. Et non, ce n’est pas contradictoire. C’est plutôt la combinaison qui permet au Québec de rester fort, de se respecter et de se faire respecter. »

Un couronnement en présence des barons du parti

L’événement a réuni plusieurs figures marquantes de la formation politique. Outre les militants, le parterre de notables incluait les anciens premiers ministres Philippe Couillard et Daniel Johnson. Les anciens chefs par intérim Jean-Marc Fournier, Pierre Arcand et Marc Tanguay avaient également fait le déplacement, tandis que Jean Charest a tenu à être présent via une vidéo enregistrée.

Sur un plan plus personnel, Charles Milliard était accompagné de son conjoint, Simon D. Dallaire. Dès le début de son allocution, le nouveau chef a tenu à le remercier chaleureusement pour avoir « accepté tout ce qu’une telle course impose ». Ce rassemblement marquait l’aboutissement d’un processus rapide : M. Milliard a été couronné vendredi à 17 h, la période de mise en candidature s’étant close sans autre dossier valide.

En effet, personne ne s’est officiellement opposé à lui, à l’exception de l’agriculteur beauceron Mario Roy. Le dossier de ce dernier a toutefois été rejeté par le « comité feu vert » du parti, laissant le champ libre à M. Milliard pour devenir le 17e chef de l’histoire du PLQ.

Réorganisation immédiate et défis parlementaires

Sans perdre de temps, le nouveau chef a entamé la réorganisation de ses troupes. Bien qu’il ne siège pas à l’Assemblée nationale, Charles Milliard a remanié l’aile parlementaire dès samedi. André Fortin a été désigné chef de l’opposition officielle, remplaçant Marc Tanguay, qui occupera désormais la fonction de leader parlementaire. Dimanche matin, une autre nomination stratégique a été annoncée : celle de Josée Lévesque comme directrice générale et organisatrice en chef pour les prochaines élections générales, prévues au plus tard le 5 octobre.

Les défis immédiats sont nombreux. Attendu mardi à l’Assemblée nationale pour diriger sa première réunion de caucus, M. Milliard devra trancher sur la réintégration de la députée Marwah Rizqy, dont les actions ont précipité la chute de son prédécesseur, Pablo Rodriguez. Il devra également s’atteler au recrutement d’une centaine de candidats et à la refonte de la plateforme électorale.

À ce titre, une rupture avec l’ère précédente est déjà visible : les pages du site web du PLQ consacrées au projet ÉCO et à la Charte des régions, deux initiatives phares de l’ex-cheffe Dominique Anglade lors de la campagne de 2022, ont disparu en fin de semaine.

L’ombre des enquêtes et la défense de Couillard

L’arrivée de Charles Milliard survient alors que le PLQ tente de s’extirper d’une crise profonde débutée à la mi-septembre. Celle-ci a été causée par l’accumulation d’allégations de malversations liées à la dernière course à la chefferie, et plus spécifiquement à la campagne de M. Rodriguez. Des enquêtes sont toujours en cours, notamment du côté de l’Unité permanente anticorruption (UPAC).

L’ex-juge Jacques R. Fournier, mandaté pour faire la lumière sur ces événements, a conclu dans son rapport à un « montage » du Journal de Montréal concernant des textos troublants publiés le 19 novembre 2025. Il a toutefois admis en entrevue ne pas avoir réussi à établir la vérité complète sur ces allégations. Interrogé par la presse à ce sujet dimanche, l’ancien premier ministre Philippe Couillard a tenu à défendre le nouveau chef, soulignant qu’il n’avait jamais été mis en cause.

« Charles n’est pas touché par ces [questions]-là. Il arrive sur le terrain avec une nouvelle perspective, une fraîcheur qui est tout à fait remarquable, et on compte beaucoup là-dessus », a affirmé M. Couillard. Il a ajouté, concernant la gestion de la crise : « Il faut parler honnêtement en disant toute la vérité, en présentant les choses telles qu’elles sont, de façon complète également. Mais c’est à lui que ça revient. Je ne lui dirai pas quoi dire d’avance! »

Cap sur Orford et la déception de Mario Roy

Pour concrétiser ses ambitions politiques, Charles Milliard a promis de se présenter dans la circonscription d’Orford lors du prochain scrutin. Cette étape marquera son entrée officielle dans l’arène électorale en tant que candidat, au-delà de son rôle de chef.

Quant à Mario Roy, l’agriculteur qui aurait pu être son adversaire si sa candidature n’avait pas été rejetée, il était présent au rassemblement de Trois-Rivières. Il a cependant quitté l’hôtel rapidement après le discours.

Interrogé à sa sortie, manteau sur le dos, M. Roy n’a pas caché ses sentiments tout en restant beau joueur. « Bien entendu, je suis déçu de la tournure des événements », nous a-t-il confié. « Cela étant dit, je respecte la décision du parti », a-t-il conclu.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

Créé par des humains, assisté par IA.

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu