Une pluie de millions au sommet de l’État
Au cœur de l’appareil d’État, la question de la gestion des fonds publics suscite régulièrement l’intérêt des contribuables. L’an dernier, les hauts dirigeants œuvrant au sein du ministère du premier ministre Mark Carney se sont vu attribuer une enveloppe substantielle de primes. Au total, ce sont plus de 2,9 millions de dollars qui ont été distribués à ces cadres pour souligner la qualité de leur travail et leur attitude professionnelle.
Cette somme importante vise à récompenser l’exécution adéquate des tâches confiées à l’entourage immédiat du chef du gouvernement. Le versement de ces bonis ne relève pas du hasard, mais suit une logique administrative précise, détaillée par les instances de contrôle gouvernementales pour justifier ces dépenses additionnelles aux salaires de base.
Le rapport du secrétariat au Conseil du Trésor apporte un éclairage technique sur cette pratique. Il précise : «La rémunération au rendement est versée aux cadres supérieurs en fonction de la mesure dans laquelle les engagements décrits dans leurs ententes annuelles de rendement ont été atteints». C’est donc sur la base de ces critères préétablis que les fonds sont débloqués.
Leadership et éthique : les clés de la rémunération
Pour prétendre à cette gratification financière, il ne suffit pas uniquement d’atteindre des objectifs chiffrés. Les hauts dirigeants de la fonction publique fédérale sont également évalués sur des critères plus qualitatifs. Ils doivent démontrer la maîtrise de «compétences clés» spécifiques, notamment en faisant preuve de «leadership», de «valeur» et «d’éthique» dans l’exercice quotidien de leurs lourdes fonctions.
Il semble que ces exigences soient largement à la portée des fonctionnaires en poste au Bureau du Conseil privé. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur les 135 cadres supérieurs que compte l’organisation, 129 ont obtenu leur prime, soit un taux de réussite de 95,5 %. Cette prime, qui porte l’appellation technique de «rémunération à risque», s’est élevée en moyenne à 27 925 dollars par bénéficiaire.
Au-delà de cette moyenne déjà confortable, une élite restreinte au sein de ce groupe a été distinguée davantage. Treize de ces dirigeants ont en effet perçu un boni supplémentaire, spécifiquement attribué pour souligner un «rendement exceptionnel» au cours de l’exercice écoulé.
Une augmentation de 50 % en cinq ans
L’analyse de l’évolution de ces rémunérations sur le moyen terme révèle une tendance nettement haussière. Dans l’entourage direct du premier ministre canadien, la valeur des primes a connu une augmentation significative de 50 % sur une période de cinq ans. Pour mettre ce chiffre en perspective, il convient de rappeler que la moyenne de ces versements s’établissait à 18 197 dollars lors de l’exercice 2020-2021.
Cette inflation des bonis soulève des questions sur la corrélation entre la performance administrative et la rétribution financière. Alors que le contexte économique évolue, la générosité de l’État envers ses hauts commis semble suivre une courbe de progression constante, dépassant largement les taux d’inflation habituels observés dans d’autres secteurs.
Cette dynamique de croissance salariale par le biais des primes témoigne d’une politique de rémunération qui privilégie la part variable du salaire, censée motiver les troupes au plus haut niveau de la hiérarchie gouvernementale.
Une générosité étendue à tout l’appareil fédéral
Si le Bureau du Conseil privé se distingue, il n’est pas un cas isolé dans la capitale fédérale. Cette pratique est devenue la norme à Ottawa, où d’autres entités publiques affichent des niveaux de rémunération variable comparables. Pas moins de six autres organismes fédéraux ont versé des primes moyennes supérieures à 25 000 dollars à leurs cadres dirigeants.
Parmi les institutions les plus généreuses, on retrouve l’Agence de promotion économique du Canada atlantique, avec une moyenne de 31 270 dollars par cadre. Le Commissariat à la magistrature fédérale suit de près avec 29 205 dollars, ainsi que l’École de la fonction publique du Canada, qui a octroyé en moyenne 27 585 dollars à ses dirigeants.
À l’échelle de l’ensemble du gouvernement, la facture totale pour les contribuables est conséquente. Le coût global des primes versées aux hauts dirigeants de la fonction publique fédérale a atteint 146,2 millions de dollars. Cela représente un versement moyen de 24 106 dollars par personne, confirmant que la pratique est généralisée à travers les différents ministères et agences.
Des primes maintenues malgré les crises majeures
Un constat surprenant émerge lorsque l’on confronte ces versements aux difficultés opérationnelles rencontrées par certains ministères. Les ratés, même importants, de certaines organisations n’ont pas empêché leurs dirigeants de percevoir leur rémunération à risque. L’exemple d’Emploi et Développement social Canada est particulièrement éloquent : alors que le logiciel gérant les pensions de vieillesse subit des dépassements de coûts faramineux et que 85 000 aînés ne reçoivent pas leurs chèques, seulement quatre des 834 cadres supérieurs ont été privés de prime.
La situation est similaire du côté de Services publics et Approvisionnement Canada, l’entité responsable notamment de la paie des fonctionnaires. Malgré le fiasco persistant du système Phénix, qui continue de causer des ravages dix ans après son lancement, la quasi-totalité des patrons a été récompensée. Sur les 580 dirigeants que compte l’organisation, un seul a perdu sa récompense financière.
Ces statistiques interrogent sur le niveau d’exigence réel requis pour obtenir ces bonis. Dans l’ensemble de la fonction publique, 98,1 % des cadres ont eu droit à leur prime. Face à un tel taux de réussite, on peut légitimement se demander ce qu’il advient des rares exceptions qui en ont été privées, et si la barre de la performance ne devrait pas être placée un peu plus haut.
Selon la source : journaldequebec.com
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