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Selon une étude, d’anciens récipients coniques auraient servi de lampes à cire d’abeille lors de processions rituelles
Crédit: Zuhovitzky et al. 2026

Une énigme vieille de plusieurs millénaires

credit : lanature.ca (image IA)

Durant la période du Chalcolithique, des potiers ont façonné des récipients en céramique très particuliers, de forme conique, connus sous le nom de cornets. Ces objets, produits exclusivement à cette époque, ont longtemps intrigué la communauté scientifique par leur présence inégale sur le territoire. On les retrouve en abondance sur certains sites archéologiques, tandis qu’ils sont totalement absents d’autres lieux pourtant contemporains.

Leur fonction réelle a fait l’objet de débats passionnés pendant des décennies sans qu’aucun consensus ne se dégage. Servaient-ils à l’alimentation ? À l’artisanat ? Au culte ? Le mystère restait entier jusqu’à une récente percée scientifique. Une nouvelle étude publiée dans la revue Tel Aviv apporte aujourd’hui des réponses concrètes.

Ce travail de recherche est mené par Sharon Zuhovitzky et ses collègues, Paula Waiman-Barak et Yuval Gadot. Ensemble, ils présentent la première analyse systématique de l’une des plus vastes collections de cornets jamais découvertes, provenant du site chalcolithique de Teleilat Ghassul. Leurs conclusions pourraient bien clore le débat sur l’utilité de ces étranges cônes d’argile.

Géographie et caractéristiques d’un objet singulier

Les cornets sont des vases en céramique coniques qui n’apparaissent que durant l’ère chalcolithique. D’un point de vue esthétique, ils sont typiquement recouverts d’un engobe clair ou rouge. Certains modèles présentent des particularités plus complexes, arborant parfois deux ou quatre poignées. Leur répartition géographique est tout aussi spécifique que leur forme.

Les archéologues ont mis au jour ces objets en grande quantité sur des sites tels que Ashkelon, ‘En Gedi, Abu Hof et Grar. Ils y sont généralement découverts dans des emplacements bien précis, parfois identifiés comme des favissae, c’est-à-dire des espaces de stockage à vocation cultuelle. Cette concentration dans des zones rituelles contraste fortement avec d’autres sites majeurs.

En effet, ces récipients sont rares, voire totalement absents, sur des sites comme Safadi, Abu Matar et Shiqmim. Cette disparité a longtemps compliqué la compréhension globale de leur usage. De plus, il n’existait jusqu’à présent aucun système de classification clair et uniforme pour ces objets, les sous-types étant classés différemment d’un site à l’autre.

Hypothèses historiques et méthodes de fabrication

credit : lanature.ca (image IA)

La majorité des cornets étaient produits localement, probablement par les résidents eux-mêmes. Cependant, il existe des exemples de cornets fabriqués plus loin par des potiers spécialisés, témoignant d’échanges ou de techniques plus abouties. Face à cette diversité, les théories sur leur fonction ont foisonné. Certains chercheurs ont suggéré un lien avec l’industrie laitière, alors émergente. D’autres ont évoqué leur utilisation dans la fonte du cuivre à la « cire perdue », en raison de la présence de résidus de cire d’abeille.

Une autre théorie proposait qu’ils aient servi de lampes à cire d’abeille. Toutefois, cette hypothèse a longtemps été contestée en raison de l’absence apparente de traces de suie à l’intérieur des vases. C’est précisément ce point que l’équipe de recherche a décidé de vérifier en analysant minutieusement la collection du Musée de l’Institut Biblique Pontifical.

L’étude a porté sur 35 cornets complets et 550 tessons issus des fouilles du site de Teleilat Ghassul, en Jordanie, menées entre 1929 et 1999. L’analyse a révélé quatre types principaux de cornets. Si la plupart étaient de fabrication locale, les cornets de « Type 3 » se distinguaient par leur uniformité et leur qualité supérieure, suggérant le travail de potiers spécialisés.

L’expérimentation qui confirme la fonction de lampe

credit : lanature.ca (image IA)

Les chercheurs ont pu reconstituer le processus de fabrication : les vases étaient créés à partir d’un seul bloc d’argile, façonné à l’aide d’un bâton à bout rond inséré dans la longueur. La base du récipient était ensuite étirée à la main pour créer cette forme conique caractéristique. L’expérimentation a confirmé que ce processus prenait environ 10 minutes par vase.

L’élément décisif de l’étude réside dans la découverte de résidus de suie à l’intérieur de certains vases, un détail qui avait échappé aux précédentes observations. Cette preuve, couplée à une réplication expérimentale, soutient fortement l’hypothèse selon laquelle les cornets fonctionnaient bien comme des lampes à cire d’abeille.

Sharon Zuhovitzky détaille ses tests : « Dans mon travail expérimental, les cornets remplis de cire d’abeille ont brûlé jusqu’à neuf heures. Cette durée dépend de la quantité et de la qualité de la cire ; dans mes expériences, j’ai rempli environ la moitié de la hauteur du cornet en utilisant de la cire d’abeille moderne de haute qualité. »

La gestion d’une ressource précieuse

L’utilisation de la cire soulève la question de sa disponibilité à cette époque lointaine. La chercheuse Sharon Zuhovitzky précise le contexte : « On suppose généralement que la cire d’abeille à cette époque était récoltée dans des ruches sauvages, ce qui implique une disponibilité limitée et un processus d’extraction destructeur. Bien que la preuve directe la plus ancienne de l’apiculture dans la région provienne des ruches de l’âge du fer à Tel Rehov, il n’y a pas d’obstacle technologique inhérent suggérant que de telles pratiques n’auraient pas pu exister plus tôt. »

Elle ajoute une précision importante sur l’absence de traces archéologiques de ces potentielles ruches : « Puisque les ruches traditionnelles sont généralement construites en argile non cuite, comme on le voit à la fois ethnographiquement et à Tel Rehov, il est raisonnable de supposer qu’elles ne seraient pas préservées dans les archives archéologiques du Chalcolithique. Dans tous les cas, la cire d’abeille était un matériau précieux, ce qui s’intègre bien dans un contexte cultuel. »

Pour optimiser cette ressource rare, une technique ingénieuse aurait été employée. Sharon Zuhovitzky explique : « J’ai suggéré que les cornets pouvaient avoir été partiellement remplis d’une autre substance, comme de l’argile, avant que la cire ne soit ajoutée. Cela réduirait le volume de cire nécessaire et améliorerait la fonction d’éclairage en positionnant la flamme plus haut dans le vase. Dans mes expériences, j’ai rempli la moitié inférieure avec de l’argile et coulé la cire par-dessus. »

Rituels de lumière et destruction cérémonielle

credit : S. Zuhovitzky et al. 2026

La localisation de ces lampes renforce l’idée de leur usage sacré. Elles ont été retrouvées dans des contextes cultuels, souvent associées à des peintures murales colorées représentant des processions, des masques et des animaux. Il est donc très probable que ces lampes servaient un objectif précis lors de ces rituels, éclairant les cérémonies et les cortèges.

Le destin de ces objets après leur utilisation est tout aussi significatif. Les chercheurs ont relevé des marques de coups et noté l’abondance de tessons de cornets, ce qui indique qu’ils étaient détruits intentionnellement après les rituels. Ces lampes, une fois leur office accompli, étaient brisées, scellant ainsi la fin de la cérémonie.

Cette étude permet non seulement de comprendre la fonction technique des cornets, mais offre aussi un aperçu fascinant de la vie spirituelle et des pratiques rituelles des populations du Chalcolithique, illuminant littéralement un pan de notre histoire ancienne.

Selon la source : phys.org

Créé par des humains, assisté par IA.

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