Elle écrit à Jeff Bezos au sujet d’une erreur de salaire chez amazon : il lui répond directement
Auteur: Simon Kabbaj
Une anomalie de paie qui remonte jusqu’au sommet

Dans la grande majorité des entreprises, quelle que soit leur taille ou leur secteur d’activité, le premier réflexe en cas de problème salarial est de s’adresser aux ressources humaines. C’est la procédure standard, celle que l’on enseigne à tout nouvel arrivant. Pourtant, face à une situation qu’elle jugeait critique, une employée a choisi d’ignorer cette voie hiérarchique traditionnelle.
Tara Jones, qui travaille dans un entrepôt Amazon, s’est retrouvée sans voix après avoir constaté une anomalie sur sa fiche de paie. Plutôt que de suivre le protocole habituel en contactant son responsable direct ou le service RH, elle a pris une décision audacieuse, voire extraordinaire : contourner tous les intermédiaires pour s’adresser directement au grand patron.
C’est ainsi qu’elle a envoyé un message personnel à Jeff Bezos, le PDG de l’entreprise. Cette initiative, motivée par une situation financière précaire, allait avoir des répercussions bien plus vastes qu’elle ne l’avait imaginé, déclenchant une série d’événements au sein du géant du commerce en ligne.
Un appel à l’aide désespéré : « Je pleure en écrivant cet e-mail »
L’origine du problème remonte à une période où Tara Jones était en congé pour raison médicale. Selon ses calculs, elle aurait dû recevoir un chèque de paie de 540 dollars. Cependant, au moment d’ouvrir son enveloppe pour le mois, elle a immédiatement remarqué qu’il manquait une somme non négligeable.
L’employée de l’entrepôt a estimé que le déficit s’élevait précisément à 90 dollars par rapport à ce qui lui était dû. Pour beaucoup, cette somme peut sembler modeste, mais pour Tara Jones, elle représentait une différence cruciale dans sa gestion budgétaire quotidienne. C’est ce manque qui l’a poussée à rédiger cet appel à l’aide désespéré.
Dans la note consultée par le New York Times, Tara Jones a écrit ces mots lourds de sens à l’attention de la direction : « Je suis en retard sur mes factures, tout ça parce que l’équipe de paie a fait une erreur. Je pleure en écrivant cet e-mail. » Ce message poignant témoignait d’une détresse réelle face à une erreur administrative.
L’enquête révèle des centaines de victimes et des conséquences lourdes
Ce qui avait commencé comme une réclamation individuelle a rapidement pris une autre tournure. Tara Jones s’est vite rendu compte qu’elle n’était pas un cas isolé au sein de l’entreprise. Son courriel a eu l’effet d’un détonateur, déclenchant une enquête à l’échelle de toute la compagnie pour vérifier l’étendue du problème.
Les résultats de cette investigation interne ont été révélateurs. Selon les informations rapportées, l’enquête a permis de découvrir que 179 autres travailleurs des entrepôts avaient été sous-payés. Cette situation durait depuis environ 18 mois, affectant un nombre significatif d’employés qui, comme Tara Jones, avaient été lésés financièrement sans que le système ne s’en alerte plus tôt.
Les conséquences de ces erreurs informatiques et administratives ont été dramatiques pour certains salariés. Un travailleur touché par cette erreur a raconté que sa voiture avait dû être saisie faute de paiements. D’autres ont affirmé avoir été licenciés car le logiciel de gestion avait incorrectement signalé leur congé médical comme des absences injustifiées. De plus, il a été rapporté que des certificats médicaux disparaissaient mystérieusement du système.
La réponse officielle d’Amazon : « Ce n’est pas un problème répandu »

Face à ces révélations et à la couverture médiatique de l’affaire, Amazon a dû réagir officiellement. Kelly Nantel, porte-parole de l’entreprise, a déclaré à The Independent : « Nous sommes déçus lorsque l’un de nos employés rencontre un problème avec son congé. » Elle a cependant tenu à nuancer la gravité de la situation décrite par la presse.
La porte-parole a contesté l’ampleur des dysfonctionnements suggérée par les reportages : « L’article du New York Times a suggéré que ces problèmes sont répandus et continus. Ils ne le sont pas. » Elle a précisé que l’entreprise avait pris des mesures rétrospectives pour corriger le tir : « Nous sommes revenus en arrière et avons audité la période en question pour nous assurer que les employés ont reçu leur paie, et à notre connaissance, il n’y a pas de problèmes en suspens. »
Cette déclaration visait à rassurer sur la capacité du géant de la logistique à gérer ses effectifs. L’entreprise a insisté sur le fait que les erreurs avaient été identifiées et rectifiées, et que les systèmes de vérification avaient fonctionné suite à l’alerte donnée par l’email de Tara Jones.
L’impact du Covid et le dénouement pour l’employée

Dans la suite de son communiqué, Amazon a mis en avant les améliorations apportées à ses processus internes. La déclaration poursuivait ainsi : « Les contrôles que nous avons mis en œuvre au cours des 18 derniers mois ont fait que moins d’un pour cent des personnes ont rencontré un problème tout en étant en congé payé. » L’entreprise cherche ainsi à démontrer l’efficacité de ses nouvelles mesures.
La porte-parole a également souligné le contexte particulier de la pandémie mondiale pour expliquer certaines défaillances. « Certes, la nature sans précédent du COVID a mis à rude épreuve la capacité de notre système à suivre le rythme de la demande et nous avons travaillé dur pour investir et inventer afin de faire mieux chaque jour », a-t-elle ajouté.
Au final, bien que contacter directement un PDG de l’envergure de Jeff Bezos puisse sembler être une démarche excentrique et généralement déconseillée, elle s’est avérée payante pour Tara Jones. Son audace a non seulement permis de résoudre son propre litige, mais a également mis en lumière des failles systémiques affectant de nombreux collègues.
Créé par des humains, assisté par IA.