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3e lien : Christine Fréchette enterre le tunnel et mise sur le privé
Crédit: Side-by-side fusion: "Christine Fréchette (cropped).jpg" by TVA Nouvelles licensed under CC0 via Wikimedia Commons + "Flag of Quebec.jpg" by Quintin Soloviev licensed under CC BY 4.0 via Wikimedia Commons

Un virage majeur vers le partenariat public-privé

La course à la chefferie de la Coalition avenir Québec (CAQ) prend une tournure décisive sur la question des infrastructures. Christine Fréchette, candidate à la succession, a annoncé son intention d’abandonner le projet actuel du gouvernement, à savoir la construction d’un pont-tunnel sous le cap Diamant. Ce projet est pourtant ardemment défendu par son rival dans la course, Bernard Drainville.

Pour remplacer cette proposition qui menaçait de créer une fissure au sein de la formation politique, Mme Fréchette avance une nouvelle stratégie. Elle suggère la mise en place de travaux rapides destinés à améliorer le réseau routier déjà existant, ainsi que la construction d’un pont situé à l’est. Ce nouveau lien serait réalisé en partenariat public-privé (PPP), financé par un système de péage, mais ne comporte pour l’instant aucun échéancier précis.

Cette approche se veut une porte de sortie pour la CAQ concernant cette promesse phare du troisième lien autoroutier entre Québec et Lévis. La candidate a tenu à préciser sa position avec fermeté : « Je dis oui à un nouveau lien interrives, mais pas dans le corridor central, et certainement pas à n’importe quel prix ».

Le secteur privé aux commandes du tracé

Le « plan Fréchette » se distingue par son appel au secteur privé. La proposition laisse aux entreprises intéressées le soin de suggérer elles-mêmes un tracé pour ce nouveau pont à l’est. Parmi les options évoquées, le parcours pourrait, par exemple, emprunter l’île d’Orléans. Toutefois, la réalisation de ce projet reste conditionnelle : sans appétit manifeste du secteur privé pour cette entreprise, il pourrait tout simplement ne pas y avoir de nouveau pont.

En attendant cette éventuelle construction, la stratégie de Mme Fréchette pour réduire la congestion routière à court terme ne nécessite pas de nouvelle structure traversant le fleuve. Elle privilégie des actions rapides focalisées sur la circulation automobile. La candidate admet d’ailleurs que la gestion de ce dossier par le passé n’a pas été exemplaire, reconnaissant que ce n’est pas un dossier « dont on salue la gestion au fil des ans ».

Ces gestes, selon elle, auraient pu être posés depuis longtemps mais ont été écartés par le gouvernement caquiste actuel. Son plan repose donc sur une réévaluation immédiate des infrastructures disponibles pour fluidifier le trafic sans attendre la construction d’un ouvrage d’art colossal.

Des solutions immédiates sur le réseau actuel

Dans le détail, la candidate propose une série de mesures concrètes pour le réseau existant. Premièrement, elle promet l’élargissement de l’autoroute 20 à Lévis sur une distance de près de six kilomètres. À cela s’ajoute l’érection d’un pont d’étagement à l’intersection névralgique de l’autoroute Robert-Bourassa et du boulevard Lebourgneuf. Il est à noter que cette idée avait été précédemment remisée par l’ex-ministre des Transports, Geneviève Guilbault.

Une autre mesure phare de son programme à court terme concerne le pont de Québec. Christine Fréchette propose d’abaisser le tablier de cette structure centenaire pour permettre la circulation des camions. Il s’agit là encore d’une solution technique qui avait été écartée par Mme Guilbault par le passé.

Selon l’analyse de Mme Fréchette, la mise en œuvre de ce plan permettrait de régler « 80 % des enjeux » de mobilité dans la région. Ces propositions visent à offrir des résultats tangibles aux automobilistes sans engager immédiatement des milliards dans un nouveau tunnel.

L’argumentaire économique et le soutien de Bonnardel

Sur le plan financier et politique, la candidate confirme qu’elle « annulerait » le projet actuel évalué à « près de 11 milliards » de dollars. Cette position a provoqué une réaction du député Sylvain Lévesque, partisan de Bernard Drainville, qui a affirmé que le troisième lien était inscrit dans « l’ADN » de la CAQ. La réplique de Mme Fréchette a été immédiate : « C’est dans l’ADN de la CAQ de gérer rigoureusement l’argent public ».

Pour appuyer sa démarche, Christine Fréchette s’est affichée aux côtés de l’ex-ministre des Transports, François Bonnardel. Ce dernier a sévèrement critiqué le projet de tunnel : « Le projet de troisième lien actuel n’est soutenu ni par les experts ni par le milieu. Il est irresponsable de dépenser 12 milliards pour un gain de temps d’environ 2 minutes ».

M. Bonnardel remet en question l’utilité du projet actuel depuis le dépôt d’une importante étude de CDPQ Infra en 2024. Cette prise de position tranche avec son passé, lui qui avait pourtant annoncé plusieurs moutures du troisième lien entre 2018 et 2022, incluant un projet de bitube et ce qui devait être le plus gros tunnel au monde.

Une deuxième phase et de nouveaux alliés

Le plan de Mme Fréchette inclut également une deuxième phase de travaux. Elle propose d’ajouter une septième voie interchangeable sur le pont Pierre-Laporte. Ironiquement, c’était une autre idée qui avait été rejetée par le gouvernement caquiste, et spécifiquement par M. Bonnardel lui-même à l’époque. Face à ces revirements, la candidate a convenu : « On a mis nos œufs dans trop peu de paniers ».

Ce plan a reçu l’appui de la ministre Martine Biron, qui est pourtant la voisine de circonscription de Bernard Drainville. Les trois élus — Fréchette, Bonnardel et Biron — ont uni leurs voix pour critiquer le projet actuel défendu par le gouvernement Legault. Ils le jugent trop coûteux, sans bénéfice réel pour les automobilistes, et soulignent l’absence d’appui des élus locaux, tant à Québec que sur la Rive-Sud.

Cette alliance stratégique vise à isoler le projet de tunnel en démontrant qu’il ne répond plus aux exigences de rigueur budgétaire ni aux besoins réels de la population locale.

La contre-attaque de Bernard Drainville

La réaction de Bernard Drainville ne s’est pas fait attendre. Le rival de Mme Fréchette a exprimé son désaccord total, l’accusant de vouloir « tuer » le troisième lien. Il a déclaré : « Je fais le pari que les gens de Lévis […] vont préférer un lien au centre plutôt que pas de lien du tout ».

M. Drainville a également lancé des flèches en direction de François Bonnardel. Il a rappelé que ce dernier a été ministre des Transports pendant quatre années et qu’il « n’a pas » mis en place une gestion dynamique des voies sur le pont Pierre-Laporte, une solution qu’il semble désormais privilégier. « Pourquoi ça devient soudainement une bonne idée ? Faudrait qu’il réponde », a-t-il lancé.

Ces échanges vifs illustrent la fracture ouverte au sein du parti concernant la vision à adopter pour le développement des infrastructures de la région de la Capitale-Nationale.

Malaise ministériel et réactions de l’opposition

La proposition de Christine Fréchette place également l’actuel ministre des Transports, Jonatan Julien, dans une position délicate. La semaine dernière, il avait qualifié de scénario « fictif » l’idée de permettre aux camions de passer sur le pont de Québec. Se montrant bon joueur en Chambre, il a toutefois salué ce qu’il appelle un « débat d’idées ».

L’opposition n’a pas manqué de réagir à ces bouleversements. Le député de Québec solidaire, Etienne Grandmont, a immédiatement répliqué en déplorant le coût de ces hésitations. Selon lui, ce débat d’idées, qui dure depuis 2014, aura coûté des « centaines de millions » au trésor public.

De son côté, durant la période des questions, le péquiste Joël Arsenault a offert une analyse cinglante de la situation. Il a affirmé qu’avec cette nouvelle proposition, Mme Fréchette envoyait le troisième lien sur la « voie de garage ».

Selon la source : lapresse.ca

Créé par des humains, assisté par IA.

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