Négociations Ukraine-Russie à Genève : six heures de discussions « très tendues » sous médiation US
Auteur: Adam David
Genève au cœur d’un dialogue diplomatique sous haute tension
Le dialogue diplomatique entre l’Ukraine et la Russie a repris dans un climat de vive tension ce mardi à Genève. Sous l’égide d’une médiation américaine, les représentants des deux nations en conflit se sont réunis pour tenter de trouver une issue à quatre années de combats incessants. Selon une source proche de la délégation russe, cette première journée de pourparlers a été marquée par une atmosphère particulièrement électrique.
Les échanges, qui se sont déroulés à huis clos au sein de l’hôtel InterContinental, ont duré six heures avant de s’interrompre. La source russe a précisé à la presse, sous couvert d’anonymat : « Les échanges ont été très tendus. Ils ont duré six heures. Ils sont maintenant terminés. Il a été convenu de [les] reprendre demain ». Cette reprise prévue pour mercredi souligne la complexité des enjeux alors que les positions semblent encore très éloignées.
Outre les délégations principales, la ville suisse a accueilli des conseillers diplomatiques venus de quatre puissances européennes : l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l’Italie. Une source gouvernementale italienne a d’ailleurs confirmé que « des entretiens entre les conseillers […] et les délégations ukrainienne et américaine sont prévus pour le courant de la journée en marge des négociations », bien qu’aucun détail supplémentaire n’ait été communiqué sur la teneur de ces rencontres parallèles.
Le plan américain face au blocage stratégique du Donbass
L’ordre du jour de ces discussions tripartites entre la Russie, l’Ukraine et les États-Unis se concentre sur des points névralgiques. Roustem Oumerov, ancien ministre de la Défense et membre de la délégation ukrainienne, a précisé que « les questions sécuritaires et humanitaires sont à l’ordre du jour ». Il a ajouté travailler de « manière constructive » tout en restant prudent, précisant agir « sans attentes excessives » quant aux résultats immédiats.
Le cadre de travail repose sur un plan proposé par les États-Unis il y a plusieurs mois. Ce document suggère notamment que l’Ukraine consente à des concessions territoriales en contrepartie de garanties de sécurité fournies par les pays occidentaux. Cependant, un point de blocage majeur subsiste concernant le Donbass, le poumon industriel de l’est ukrainien. Moscou exige le retrait des forces de Kiev des zones encore sous leur contrôle dans la région de Donetsk, une condition que les autorités ukrainiennes rejettent catégoriquement.
La complexité de la situation est telle que les officiels russes eux-mêmes ne cachent pas leur incertitude. Sergueï Riabkov, vice-ministre russe des Affaires étrangères, a souligné que les problématiques en suspens demeurent « vastes ». Selon lui, « personne ne se risquerait à prédire » l’issue finale de ces négociations, illustrant l’ampleur du fossé qui sépare encore les deux belligérants sur le terrain diplomatique.
Escalade militaire : des frappes massives en marge des discussions
Alors que les diplomates se réunissaient en Suisse, la réalité du terrain a brutalement rappelé l’urgence de la situation. Quelques heures seulement avant l’ouverture des débats, la Russie a lancé une offensive aérienne massive sur le territoire ukrainien. Au cours de la nuit, 396 drones et 29 missiles ont été tirés. L’armée de l’air ukrainienne a affirmé avoir intercepté 367 drones et 25 missiles lors de cette attaque d’envergure.
Le président Volodymyr Zelensky a vivement réagi à ces frappes qui ont touché douze régions différentes, faisant neuf blessés. Il a déclaré : « Il s’agissait d’une frappe combinée, délibérément calculée pour causer autant de dégâts que possible à notre secteur énergétique ». Le chef de l’État a dénoncé ce qu’il qualifie de « mépris de la Russie pour les efforts de paix », soulignant que des dizaines de milliers d’habitants d’Odessa se sont retrouvés privés d’eau et de chauffage en plein hiver.
La pression militaire s’exerce également de manière ciblée. À Sloviansk, dans l’est du pays, un drone russe a causé la mort de trois employés d’une centrale électrique mardi matin. De son côté, le ministère russe de la Défense a rapporté avoir neutralisé plus de 150 drones ukrainiens durant la même nuit. Ces engins visaient principalement la zone de la mer Noire, la Crimée et la mer d’Azov, témoignant d’une activité militaire intense des deux côtés de la ligne de front.
L’influence de Donald Trump et les exigences politiques de Moscou
Ces pourparlers genevois interviennent après deux sessions infructueuses organisées à Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis. Dans ce contexte, la pression internationale s’intensifie, notamment sous l’impulsion de Donald Trump qui prône une résolution diplomatique rapide du conflit amorcé en février 2022. Le président américain a réitéré lundi soir : « L’Ukraine ferait mieux de venir à la table des discussions, et rapidement », après avoir exhorté son homologue ukrainien à « se bouger » la semaine précédente.
Face à ces injonctions, Volodymyr Zelensky exprime ouvertement ses doutes quant à la sincérité du Kremlin. Il a critiqué l’approche américaine, reprochant aux médiateurs de « revenir trop souvent sur la question des concessions » demandées à son pays. Lors de la Conférence de Munich sur la sécurité samedi dernier, il a de nouveau exclu toute cession de territoire, alors que la Russie occupe actuellement 19,5 % de la surface de l’Ukraine au 15 février.
L’analyse de la composition de la délégation russe apporte un éclairage supplémentaire sur les intentions de Moscou. La politologue Tatiana Stanovaïa note que la présence de Vladimir Medinski, historien nationaliste et conseiller du Kremlin, marque le « retour des exigences politiques au centre des discussions ». Parmi ces exigences figurent la réduction de l’appareil militaire ukrainien et l’engagement formel de Kiev à renoncer à toute adhésion à l’OTAN.
Le drame des enfants captifs et l’incertitude du lendemain
Au-delà des questions territoriales et militaires, le volet humanitaire demeure une préoccupation majeure, particulièrement concernant le sort des enfants ukrainiens. Le président Zelensky a révélé mardi que si 2000 enfants ont pu être rapatriés par Kiev depuis le début des hostilités, des « milliers » d’autres restent toujours captifs, que ce soit sur le territoire russe ou dans les zones sous occupation.
Cette problématique s’ajoute à la liste déjà longue des points de friction qui rendent l’issue des négociations incertaine. Le climat de méfiance réciproque, alimenté par les bombardements récents et les exigences politiques de chaque camp, pèse lourdement sur les diplomates réunis en Suisse. La reprise des échanges ce mercredi sera déterminante pour savoir si un terrain d’entente minimal peut être trouvé.
En conclusion, la rencontre de Genève symbolise une tentative de dialogue dans un océan d’hostilités. Entre les pressions de Washington pour un accord rapide et la détermination de Kiev à ne pas céder sur sa souveraineté, le chemin vers la paix semble encore semé d’embûches. L’avenir des discussions dépendra de la capacité des parties à transformer cette tension palpable en un processus de négociation concret et durable.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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