La ‘Grande Muraille Verte’ de 3 046 kilomètres en Chine a transformé son plus grand désert en puits de carbone
Auteur: Mathieu Gagnon
Une nouvelle muraille contre l’avancée des sables

La Chine possède une nouvelle Grande Muraille, mais celle-ci n’est pas construite de pierre et de mortier pour repousser les envahisseurs maraudeurs venus du nord. À la place, cette « Grande Muraille Verte » se présente comme une vaste ceinture d’arbres et d’arbustes bordant le fond de ses déserts septentrionaux. Conçue initialement pour stopper la progression constante de la désertification, cette infrastructure écologique révèle aujourd’hui des vertus environnementales supplémentaires.
Depuis les années 1970, le pays a planté des milliards d’arbres dans le cadre de ce programme colossal. L’objectif premier était de stabiliser l’environnement local face à l’érosion et aux vents de sable. Cependant, de nouvelles recherches suggèrent que ce mégaprojet massif fonctionne déjà comme un puits de carbone vital. Il ne se contente pas de retenir le sable ; il participe activement à l’équilibre atmosphérique en absorbant les gaz à effet de serre.
Cette transformation du paysage s’inscrit dans une stratégie de long terme. Là où la pierre servait jadis de bouclier militaire, la végétation sert désormais de rempart écologique. Les scientifiques observent désormais avec attention comment cette barrière vivante modifie les échanges gazeux au-dessus des zones arides, apportant une lueur d’espoir dans la gestion des écosystèmes dégradés.
Au cœur de la « Mer de la Mort »
Le projet se situe dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang, au nord-ouest de la Chine, abritant le désert du Taklamakan. C’est l’un des endroits les plus secs de la Terre et le plus grand désert du pays. Ce lieu inhospitalier est parfois surnommé la « Mer de la Mort » ou « L’endroit de non-retour » en raison de son paysage désolé, défini par des dunes imposantes et une rareté marquée de la faune.
C’est pour contrer cette hostilité naturelle que la Chine a lancé, dès 1978, une campagne de reboisement sans précédent le long de la lisière sud du désert. L’initiative visait à planter de la verdure pour empêcher le désert d’engloutir les terres agricoles environnantes. Cette barrière devait également servir de protection naturelle contre les tempêtes de sable, dont certaines sont si violentes que leurs rafales atteignent la capitale, Pékin.
Cet effort colossal n’est qu’une partie du « Programme de brise-vent des Trois-Nord » (Three-North Shelterbelt Forest Program). Il s’agit d’une initiative massive destinée à contenir l’expansion du désert de Gobi et d’autres zones arides grâce au reboisement. La transformation de ces zones géographiques extrêmes représente un défi technique et logistique que les autorités chinoises relèvent depuis plus de quatre décennies.
Un chantier titanesque achevé en 2024

En 2024, le gouvernement a annoncé l’achèvement d’une ceinture verte de 3 046 kilomètres (1 892 miles) autour du désert, réalisée grâce à la plantation de milliards d’arbres et d’arbustes. Si certains critiques ont pu remettre en question la capacité du projet de reboisement du Taklamakan à apporter des bénéfices environnementaux significatifs, les données scientifiques récentes apportent un nouvel éclairage. Une étude menée par des chercheurs de l’Université de Californie à Riverside suggère que le projet a déjà un impact mesurable sur l’écosystème local ainsi que sur le cycle mondial du carbone.
Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont analysé des données satellitaires couvrant le désert du Taklamakan. Ils ont suivi les niveaux de dioxyde de carbone atmosphérique ainsi que la fluorescence induite par le soleil. Cette dernière mesure est considérée comme un indicateur fiable de la photosynthèse et de la croissance des plantes, permettant d’évaluer la santé et l’activité de la végétation depuis l’orbite terrestre.
L’utilisation de ces technologies de pointe permet de dépasser les simples observations visuelles au sol. Grâce aux satellites, il est possible de quantifier précisément les échanges gazeux sur des superficies immenses, confirmant ainsi que la ceinture végétale est bien vivante et active, malgré les conditions climatiques extrêmes de la région.
Un puits de carbone confirmé par les chiffres

Les données récoltées ont montré que l’activité photosynthétique accrue a effectivement transformé le désert en un puits de carbone. Entre 2004 et 2017, le désert du Taklamakan a absorbé environ 8,3 millions de tonnes de CO2 par an, tout en ne relâchant qu’environ 6,7 millions de tonnes. Le bilan est donc positif : la zone « aspire » d’énormes quantités de gaz à effet de serre de l’atmosphère.
Il est intéressant de noter que ce ne sont pas seulement les plantes qui absorbent le carbone de l’atmosphère. Des recherches récentes ont suggéré que le sable du désert lui-même peut piéger physiquement des quantités plus faibles, mais significatives, de CO2. Ce phénomène se produit à travers des cycles d’expansion et de contraction causés par les fluctuations de température tout au long de la journée, piégeant le gaz dans les interstices minéraux.
Ces résultats, publiés dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, valident l’efficacité des interventions humaines à grande échelle. Ils démontrent qu’il est possible de modifier le bilan carbone d’une région, même lorsque celle-ci est initialement dépourvue de végétation dense, en combinant processus biologiques et interactions physiques avec le sol.
Les limites d’une solution partielle

Les chercheurs affirment que leurs travaux fournissent une « preuve directe » que l’intervention dirigée par l’homme peut améliorer efficacement la séquestration du carbone, même dans l’un des paysages arides les plus extrêmes du monde. King-Fai Li, co-auteur de l’étude et physicien de l’atmosphère à l’Université de Californie à Riverside, a déclaré dans un communiqué : « Ce n’est pas une forêt tropicale. C’est une zone de broussailles comme le chaparral du sud de la Californie. Mais le fait qu’elle absorbe du CO2, et qu’elle le fasse de manière constante, est quelque chose de positif que nous pouvons mesurer et vérifier depuis l’espace. »
Cependant, les scientifiques avertissent que le changement climatique ne sera pas tenu en échec par les seuls projets de reboisement. Pour repousser la crise climatique qui s’aggrave, le monde aura besoin d’une approche à plusieurs volets, centrée sur l’élimination progressive des combustibles fossiles. La plantation d’arbres est une aide, pas une solution miracle.
King-Fai Li a expliqué cette nuance importante : « Nous n’allons pas résoudre la crise climatique uniquement en plantant des arbres dans les déserts. Mais comprendre où et quelle quantité de CO2 peut être absorbée, et dans quelles conditions, est essentiel. C’est une pièce du puzzle. » Cette étude souligne ainsi l’importance de chaque contribution à la lutte climatique, tout en rappelant l’urgence des actions globales.
Selon la source : iflscience.com
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