Cachées à la vue de tous : la découverte d’espèces cryptiques pourrait doubler le nombre de vertébrés
Auteur: Mathieu Gagnon
Une révélation surprenante sur le règne animal

Il pourrait y avoir deux fois plus de vertébrés sur la planète que ce que les estimations précédentes affirmaient. C’est la conclusion majeure d’une nouvelle étude publiée dans la revue scientifique Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences. Ce redressement spectaculaire des chiffres n’est pas le résultat d’erreurs de calcul ou de bévues passées, mais découle d’une réalité biologique fascinante : des milliers d’espèces se cachent littéralement sous nos yeux.
Ces animaux sont ce que les scientifiques appellent des « espèces cryptiques ». À l’œil nu, elles semblent parfaitement identiques à d’autres espèces déjà répertoriées. Cependant, leur apparente similarité visuelle masque une réalité bien différente au niveau génétique. En réalité, elles sont très différentes les unes des autres sur le plan de l’ADN.
Tenir les comptes précis des espèces qui peuplent la Terre est une tâche complexe qui nécessite des mises à jour continuelles. Ces ajustements surviennent au gré des nouvelles découvertes sur le terrain, mais aussi grâce aux avancées technologiques comme le séquençage de l’ADN, qui révèle aujourd’hui des détails que l’œil humain ne peut tout simplement pas percevoir.
Les limites de la classification traditionnelle

Pendant des siècles, la méthode standard pour identifier les animaux reposait exclusivement sur leur morphologie. Les scientifiques classaient les espèces en se basant sur des critères physiques observables tels que la taille, la couleur ou la structure osseuse. Ces éléments déterminaient l’apparence de l’animal et, par extension, son identité taxonomique.
Toutefois, cette méthode historique s’avère ne pas être totalement fiable. L’évolution, dans sa complexité, produit souvent des espèces qui, par hasard ou par convergence évolutive, finissent par se ressembler trait pour trait. L’apparence physique peut donc être trompeuse, masquant des divergences biologiques profondes.
C’est pour pallier ces limites que des chercheurs du Département d’écologie et de biologie évolutive de l’Université de l’Arizona ont mené une vaste enquête. Ils ont passé en revue 373 études existantes pour rechercher des incohérences, spécifiquement les cas où l’apparence physique d’un animal indiquait qu’il appartenait à une même espèce, alors que l’ADN prouvait qu’il s’agissait de groupes complètement différents.
Un ratio inattendu de deux pour un

L’analyse menée par l’équipe de l’Université de l’Arizona a inclus des membres de tous les grands groupes de vertébrés. Les résultats sont frappants : ils ont découvert qu’en moyenne, chaque espèce identifiée par sa morphologie contient en réalité environ deux espèces distinctes. Ce ratio de 2 pour 1 s’est révélé constant, que les chercheurs examinent des mammifères, des oiseaux ou des poissons.
Cette constance suggère que la diversité cachée dans la nature pourrait être beaucoup plus commune que ce que la communauté scientifique pensait auparavant. Les auteurs de l’étude ont commenté leurs résultats dans leur publication avec précision : « Notre étude montre que les espèces cryptiques sont répandues chez les vertébrés, et que la plupart des grands clades de vertébrés peuvent avoir environ deux espèces basées sur la molécule pour une espèce basée sur la morphologie (en moyenne) ».
Cette citation souligne l’ampleur du phénomène. Il ne s’agit pas de cas isolés ou d’anomalies rares, mais d’une tendance de fond qui traverse l’ensemble des vertébrés, remettant en question notre perception de la biodiversité mondiale.
La preuve par la génétique : ADN nucléaire et mitochondrial

Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont examiné plusieurs types de preuves génétiques. Ils se sont appuyés à la fois sur l’ADN nucléaire et sur l’ADN mitochondrial (ADNmt). Ce dernier type d’ADN présente des caractéristiques particulières : il se trouve dans les centres de production d’énergie de la cellule et n’est transmis que par la mère.
L’ADN mitochondrial est souvent utilisé par les biologistes pour distinguer des espèces étroitement apparentées. La raison de cette préférence méthodologique réside dans sa vitesse d’évolution : il évolue plus rapidement que l’ADN situé dans le noyau de la cellule.
Parce que cet ADN change plus rapidement, les scientifiques peuvent souvent détecter les différences génétiques qui se sont accumulées au fil du temps entre deux groupes d’animaux. Cette détection est possible même si, extérieurement, les deux groupes continuent de paraître strictement identiques.
Prévenir les extinctions silencieuses

Cette recherche représente bien plus qu’un simple exercice de comptage académique. Les scientifiques soulignent un enjeu crucial : certaines de ces espèces cryptiques pourraient déjà être en danger d’extinction. Or, si nous ignorons leur existence distincte, il est impossible de mettre en œuvre des mesures pour les protéger.
Lorsque des espèces différentes sont regroupées sous un nom unique, un groupe entier d’animaux peut disparaître à jamais sans que personne ne réalise qu’ils sont partis. C’est ce qu’on appelle une extinction silencieuse. La confusion taxonomique masque la vulnérabilité réelle de certaines populations.
En identifiant ces espèces cachées, les conservationnistes peuvent agir plus efficacement. Cette différenciation permet de cartographier précisément où elles vivent et d’élaborer les meilleurs moyens de les protéger, assurant ainsi que la diversité réelle du vivant ne s’érode pas dans l’indifférence.
Selon la source : phys.org
Créé par des humains, assisté par IA.