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Nouvelle bactérie découverte chez des cachalots pygmées échoués en Floride
Crédit: FAU Harbor Branch

Les secrets du cachalot pygmée révélés par les échouages

credit : FAU Harbor Branch

Le cachalot pygmée, connu scientifiquement sous le nom de Kogia breviceps, figure parmi les habitants les plus énigmatiques de nos océans. Ces animaux vivent généralement loin au large, en petits groupes, et plongent dans les profondeurs à la recherche de calmars et de poissons. En raison de leur comportement discret et de leur nature insaisissable, il est extrêmement difficile de les étudier dans leur milieu naturel. De fait, il est rare de rencontrer ces baleines nageant librement en pleine mer.

La majeure partie de ce que la science sait à leur sujet provient d’individus échoués, particulièrement le long de la côte sud-est des États-Unis. C’est dans cette zone que cette espèce s’échoue plus fréquemment que presque tout autre grand mammifère marin. Ces événements malheureux offrent paradoxalement une fenêtre unique sur leur biologie et leur santé.

L’analyse de ces échouages a mis en lumière des problèmes de santé récurrents chez cette espèce, notamment des ulcères à l’estomac. Ces pathologies sont souvent liées à Helicobacter, un type de bactérie qui réside dans l’estomac et les intestins de nombreux animaux, incluant les baleines et les humains. C’est en creusant cette piste que des chercheurs ont fait une découverte surprenante.

Une enquête scientifique de plus de vingt ans

credit : lanature.ca (image IA)

S’appuyant sur plus de deux décennies de données concernant les baleines pygmées échouées, les chercheurs du Harbor Branch Oceanographic Institute de la Florida Atlantic University (FAU) et leurs collaborateurs ont mené une étude exhaustive. Entre 1999 et 2020, l’institut a répondu à 59 échouages de cachalots pygmées. Des examens post-mortem ont été conduits sur 80 % de ces animaux, permettant de collecter des échantillons précieux.

Dans quatre cas distincts, les scientifiques ont observé des bactéries en forme de spirale, dites « spirilliformes », incrustées dans les tissus de l’estomac. Pour identifier ces organismes, l’équipe a utilisé une combinaison de méthodes de pointe : l’histopathologie, les diagnostics moléculaires et le séquençage ADN. Cette analyse rétrospective a permis d’identifier trois génotypes d’Helicobacter jusqu’alors inconnus de la science.

Annie Page, docteure en médecine vétérinaire et auteure principale de l’étude, souligne l’intérêt de cette trouvaille : « Les bactéries Helicobacter ont longtemps été associées à des troubles gastro-intestinaux chez l’homme et d’autres animaux, notamment la gastrite chronique, les ulcères et même le cancer de l’estomac. Trouver de nouvelles souches de ces bactéries chez une espèce de baleine plongeant en profondeur est intriguant. »

Trois nouveaux génotypes identifiés

L’étude, publiée dans le Journal of Wildlife Diseases, documente pour la première fois l’existence de ces génotypes uniques, désormais désignés sous les noms de Kogia Helicobacter 1, 2 et 3. Ces découvertes élargissent notre compréhension de cette espèce de baleine méconnue et soulèvent des questions sur les agents pathogènes microbiens dans l’océan. Fait notable, chez l’une des baleines, les génotypes Kogia Helicobacter 1 et 3 ont été détectés simultanément dans les tissus du pré-estomac.

Wendy Marks, auteure correspondante et coordinatrice de recherche au laboratoire de médecine vétérinaire de la faune marine à la FAU Harbor Branch, détaille ces résultats génétiques : « Deux des génotypes, Kogia Helicobacter 1 et 2, sont génétiquement similaires à des espèces d’Helicobacter connues précédemment trouvées chez d’autres cétacés — tels que les dauphins et les marsouins — et chez l’homme. Mais Kogia Helicobacter 3 appartient à une lignée plus divergente, ce qui souligne la possibilité qu’il y ait bien plus de bactéries non découvertes dans l’océan que nous ne le réalisons. »

Cette distinction génétique est cruciale. Elle suggère que l’écosystème microbien marin est encore largement inexploré et que des lignées entières de bactéries évoluent discrètement au sein de la faune marine, loin des regards scientifiques habituels.

Des lésions visibles et des implications pour la santé

La présence de ces bactéries n’était pas anodine pour les animaux concernés. Annie Page décrit les observations cliniques réalisées sur les spécimens positifs : « Les quatre baleines testées positives pour Helicobacter présentaient toutes une pathologie gastrique visible. Nous avons vu des signes de gastrite, d’ulcères gastriques, de fibrose et d’infestations par des nématodes. Dans un cas, il y avait aussi une colite, ce qui suggère que l’infection peut ne pas être limitée à l’estomac. Bien que Helicobacter n’ait été mentionné comme la cause du décès chez aucune des baleines, ces lésions soulèvent des questions sur son rôle dans les maladies gastro-intestinales. »

Depuis leur découverte initiale chez les mammifères marins en 2000, les espèces d’Helicobacter ont été signalées chez de multiples espèces de cétacés à travers le monde. Dans certains cas, ces bactéries ont été associées à de la léthargie, une perte d’appétit, des régurgitations, des ulcères gastriques et une inflammation de l’estomac — des symptômes qui reflètent ceux observés chez les humains infectés.

Les conséquences pourraient dépasser le simple cas individuel. Comme l’explique Wendy Marks : « Les baleines, comme les humains, semblent être sensibles à certaines infections microbiennes que nous commençons seulement à comprendre. Si des infections chroniques à Helicobacter causent des problèmes de santé chez ces animaux, cela pourrait avoir des implications non seulement pour la santé individuelle des baleines, mais pour des populations entières — surtout pour des espèces qui sont déjà vulnérables. »

Une collaboration multidisciplinaire essentielle

Cette avancée scientifique est le fruit d’une collaboration multidisciplinaire d’envergure. Elle a réuni des chercheurs de la FAU Harbor Branch, du College of Veterinary Medicine de l’Université de Floride, de l’Université d’État du Colorado et des Marine Mammal Pathology Services. Parmi les co-auteurs de l’étude figurent Jessy Castellanos-Gell, Steven Tillis, James F.X. Wellehan et April Childress (Université de Floride), Nicole Pegg et Steve Burton (FAU Harbor Branch), David Rotstein (Marine Mammal Pathology Services) ainsi que Sushan Han (Université d’État du Colorado).

Pour les scientifiques, ce travail démontre l’importance cruciale de surveiller les échouages sur le long terme. Annie Page conclut avec philosophie sur la portée de leur mission : « Cette recherche souligne la valeur des programmes d’intervention sur les échouages de mammifères marins à long terme. Sans la capacité d’étudier ces animaux échoués sur des décennies, nous n’aurions jamais découvert ces bactéries. Chaque baleine raconte une histoire, et parfois cette histoire nous mène vers un territoire scientifique entièrement nouveau. »

Cette découverte rappelle que même dans la mort, ces animaux continuent de livrer des informations vitales pour la compréhension et la protection de la vie océanique.

Selon la source : phys.org

Créé par des humains, assisté par IA.

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