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Préhistoire : Le site d’Ubeidiya révèle une ancienneté insoupçonnée de 1,9 million d’années
Crédit: Perach Nuriel

Une révision majeure de la chronologie humaine

Une étude récente vient de fournir une chronologie beaucoup plus précise pour l’un des sites préhistoriques les plus significatifs au monde concernant l’étude de l’évolution humaine. En intégrant trois techniques de datation avancées, des chercheurs ont déterminé que le site d’Ubeidiya, situé dans la vallée du Jourdain, remonte probablement à au moins 1,9 million d’années. Cette révision temporelle est considérable, car elle place Ubeidiya parmi les plus anciens sites connus abritant les premiers humains en dehors du continent africain.

Cette découverte marque un tournant dans la compréhension des migrations préhistoriques. Jusqu’à présent, l’établissement de l’âge exact du site représentait un défi qui a perduré pendant des décennies. Pendant longtemps, la plupart des chercheurs estimaient que la datation d’Ubeidiya se situait entre 1,2 et 1,6 million d’années. Cependant, cette fourchette reposait principalement sur une chronologie relative, manquant de la précision offerte par les technologies modernes.

Pour déterminer la plage d’âge précise d’Ubeidiya, l’équipe scientifique est retournée sur le terrain pour effectuer de nouveaux prélèvements. Ils ont utilisé une batterie de nouvelles techniques de datation, chacune offrant une manière différente de sonder ce passé lointain. Les résultats, publiés dans la revue Quaternary Science Reviews, offrent désormais un ancrage temporel solide à ce site clé de la sortie d’Afrique.

Ubeidiya : Un carrefour de cultures et de faune

La formation d’Ubeidiya suscite depuis longtemps l’intérêt des chercheurs en raison des trésors archéologiques qu’elle renferme. Le site préserve des preuves précoces de la culture acheuléenne, caractérisée par de grands outils en pierre bifaciaux. Ces artefacts ont été retrouvés en association avec de riches assemblages fauniques, comprenant des espèces d’origine africaine et asiatique, dont certaines sont aujourd’hui éteintes.

L’étude ayant mené à cette nouvelle datation a été dirigée par un trio de scientifiques renommés : le professeur Ari Matmon de l’Université hébraïque de Jérusalem, le professeur Omry Barzilai de l’Université de Haïfa et la professeure Miriam Belmaker de l’Université de Tulsa. Ensemble, ils ont cherché à résoudre les incertitudes qui planaient sur ce site complexe.

La présence conjointe de ces outils sophistiqués et de fossiles diversifiés fait d’Ubeidiya une fenêtre unique sur le Pléistocène. La réévaluation de son âge donne une nouvelle dimension à ces vestiges, suggérant une présence humaine et une complexité technologique bien plus anciennes dans cette région charnière entre l’Afrique et l’Eurasie que ce que les modèles précédents laissaient supposer.

Trois méthodes scientifiques pour une datation précise

credit : Omry Barzilai

Pour parvenir à ces conclusions, les scientifiques ont croisé trois méthodes distinctes. La première, connue sous le nom de datation par enfouissement d’isotopes cosmogéniques, mesure des isotopes rares créés lorsque les rayons cosmiques frappent les roches à la surface de la Terre. Une fois ces roches enfouies, les isotopes commencent à se désintégrer à des taux prévisibles, démarrant ainsi une véritable horloge géologique qui révèle la durée pendant laquelle elles sont restées sous terre.

Parallèlement, les chercheurs ont examiné les traces de l’ancien champ magnétique terrestre préservées dans les sédiments lacustres du site. Lorsque les sédiments se déposent, ils verrouillent la direction du champ magnétique de la planète à ce moment précis. En faisant correspondre ces signatures magnétiques aux inversions connues de l’histoire de la Terre, l’équipe a déterminé que les couches se sont formées durant le chron de Matuyama, une période qui a débuté il y a plus de deux millions d’années.

Enfin, l’équipe a analysé des coquilles fossilisées de Melanopsis, des escargots d’eau douce incrustés dans les sédiments. Ils ont utilisé la datation uranium-plomb pour établir un âge minimum pour les couches dans lesquelles les outils en pierre ont été découverts. Au total, les résultats de ces trois approches ont convergé vers une date significativement plus ancienne que ce qui était supposé auparavant.

L’énigme des sédiments recyclés résolue

credit : lanature.ca (image IA)

L’étude a également permis de surmonter un obstacle scientifique majeur qui avait brouillé les pistes par le passé. Les lectures initiales des isotopes suggéraient que les roches étaient vieilles de 3 millions d’années, un chiffre qui contredisait les preuves paléomagnétiques, paléontologiques, géologiques et archéologiques. Une telle ancienneté semblait incompatible avec le contexte général des découvertes effectuées sur le site.

Les chercheurs ont résolu cette incohérence en démontrant que les sédiments contenant les restes humains ont une longue histoire de recyclage au sein du rift de la mer Morte et le long de ses marges. Ce processus géologique complexe avait faussé les premières interprétations en mélangeant des matériaux d’âges différents.

Dans leur publication, les chercheurs expliquent ce phénomène avec précision : L’histoire d’exposition-enfouissement qui émerge du modèle implique un recyclage des sédiments précédemment déposés et enfouis dans la vallée du rift… puis redéposés le long du rivage du paléo-lac d’Ubeidiya. Cette clarification a permis de valider la nouvelle datation de 1,9 million d’années tout en expliquant les anomalies précédentes.

Implications pour l’histoire de l’humanité

credit : lanature.ca (image IA)

Les résultats indiquent que le site d’Ubeidiya est âgé d’au moins un million neuf cent mille ans, ce qui représente un changement majeur dans notre compréhension de l’histoire humaine ancienne. Cette nouvelle chronologie suggère qu’Ubeidiya a approximativement le même âge que le site bien connu de Dmanissi en Géorgie. Cela signifie que nos ancêtres se répandaient à travers différentes régions à une époque similaire, élargissant considérablement l’horizon géographique des premiers homininés.

Cette découverte a également des implications profondes sur l’histoire des techniques. Elle suggère que deux technologies différentes de fabrication d’outils en pierre, la tradition oldowayenne plus simple et l’acheuléen plus avancé, ont migré en même temps depuis l’Afrique. Ces technologies auraient été portées par différents groupes d’homininés alors qu’ils se déplaçaient vers de nouveaux territoires.

En repoussant l’âge d’Ubeidiya, cette étude ne se contente pas de changer une date sur une frise chronologique. Elle dessine le portrait d’une expansion humaine complexe et précoce, où différentes cultures techniques coexistaient et voyageaient simultanément hors du berceau africain pour coloniser l’Eurasie.

Selon la source : phys.org

Créé par des humains, assisté par IA.

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