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Première historique : un requin inattendu filmé dans les eaux glaciales de l’Antarctique
Crédit: The World from A to Z with Carl Azuz / Youtube

Une silhouette inattendue dans les profondeurs glaciales

The World from A to Z with Carl Azuz / Youtube

C’est une vision que les scientifiques n’attendaient pas : la silhouette massive d’un requin se déplaçant avec lenteur au-dessus d’un fond marin désert, bien trop profond pour être atteint par les rayons du soleil. La scène, capturée par une caméra vidéo en janvier 2025, a révélé la présence de cet animal dans les eaux glaciales de l’Antarctique. L’université d’Australie-Occidentale a diffusé les images, issues d’une vidéo réalisée par le Centre de recherche en haute mer Minderoo-UWA.

Le spécimen filmé est un requin dormeur, une espèce connue pour sa discrétion et ses mouvements lents. Il a brièvement, mais prudemment, traversé le faisceau lumineux du dispositif d’enregistrement. Selon les premières estimations basées sur les images, il s’agit d’un animal de taille conséquente, mesurant entre trois et quatre mètres de long.

Le Centre de recherche Minderoo-UWA, qui se consacre à l’étude de la vie dans les zones les plus profondes des océans du globe, a confirmé l’authenticité de cette rencontre. L’organisation a d’ailleurs accordé à l’Associated Press la permission de publier ces images, marquant une étape importante dans l’observation de la faune marine polaire.

La fin d’une certitude scientifique

The World from A to Z with Carl Azuz / Youtube

Cette découverte remet en question les connaissances établies sur la répartition des espèces. Alan Jamieson, chercheur et directeur fondateur du centre de recherche basé à l’université d’Australie-Occidentale, a expliqué cette semaine que de nombreux experts pensaient jusqu’alors que les requins n’existaient tout simplement pas dans les eaux de l’Antarctique. Il a souligné la surprise de l’équipe face à cette apparition.

Alan Jamieson ne cache pas son étonnement face à la taille de l’animal observé. Il a déclaré : « Nous sommes descendus là-bas sans nous attendre à voir des requins, car il existe une règle générale selon laquelle on ne trouve pas de requins en Antarctique ». La robustesse du spécimen l’a particulièrement marqué.

Le scientifique a ajouté avec précision : « Et ce n’est pas un petit non plus. C’est un sacré morceau de requin. Ces choses sont des tanks ». Alan Jamieson a également précisé qu’il n’avait trouvé aucune trace d’un autre requin repéré auparavant dans l’océan Antarctique, confirmant le caractère exceptionnel de cette observation.

Localisation précise et compagnons des abysses

La caméra à l’origine de cette découverte était positionnée au large des îles Shetland du Sud, à proximité de la péninsule Antarctique. Cette zone se situe bien à l’intérieur des frontières de l’océan Antarctique, également appelé océan Austral, qui est défini comme la zone se trouvant sous la ligne de latitude de 60 degrés sud. Au moment de l’enregistrement, l’instrument se trouvait à une profondeur de 490 mètres.

Les conditions dans cet environnement sont extrêmes, avec une température de l’eau relevée à 1,27 degré Celsius, proche du point de congélation. Outre le requin, la vidéo montre également une raie, immobile sur le fond marin et apparemment nullement perturbée par le passage du grand prédateur.

La présence de cette raie, un parent du requin qui ressemble à une pastenague, n’a en revanche pas surpris les scientifiques. Ils savaient déjà que l’aire de répartition de cette espèce s’étendait aussi loin au sud, contrairement à celle de son imposant cousin le requin dormeur.

La vidéo 

Le changement climatique en cause ?

Peter Kyne, biologiste de la conservation à l’université Charles Darwin et indépendant du centre de recherche, a corroboré le caractère inédit de l’événement. Il a confirmé qu’aucun requin n’avait jamais été enregistré aussi loin au sud auparavant. Cette observation soulève des questions sur les raisons de cette présence.

Selon Peter Kyne, le changement climatique et le réchauffement des océans pourraient potentiellement pousser les requins vers les eaux plus froides de l’hémisphère sud. Toutefois, il a nuancé cette hypothèse en rappelant que les données sur les changements d’aire de répartition près de l’Antarctique sont limitées en raison de l’éloignement extrême de la région.

Il est également possible que ces requins dormeurs, qui se déplacent lentement, soient présents en Antarctique depuis longtemps sans que personne ne les ait remarqués. Peter Kyne a exprimé son enthousiasme : « C’est formidable. Le requin était au bon endroit, la caméra était au bon endroit et ils ont obtenu ces superbes images. C’est tout à fait significatif ».

Une vie cachée dans des couches d’eau spécifiques

L’analyse des données montre que le requin photographié maintenait une profondeur d’environ 500 mètres, longeant un fond marin qui descendait ensuite vers des eaux beaucoup plus profondes. Selon Alan Jamieson, le requin se tenait à cette profondeur précise car elle constituait la couche la plus chaude parmi plusieurs strates d’eau empilées les unes sur les autres jusqu’à la surface.

L’océan Antarctique présente en effet une forte stratification jusqu’à une profondeur d’environ 1 000 mètres. Ce phénomène est dû à des propriétés conflictuelles des masses d’eau, notamment l’eau plus froide et plus dense venue du fond qui ne se mélange pas facilement avec l’eau douce provenant de la fonte des glaces en surface.

Alan Jamieson suppose que d’autres requins de l’Antarctique vivent à cette même profondeur. Selon lui, la population de requins dormeurs dans l’océan Antarctique est probablement éparse et difficile à détecter pour les humains. Ces prédateurs se nourriraient vraisemblablement de carcasses de baleines, de calmars géants et d’autres créatures marines qui meurent et coulent vers le fond.

Les limites de l’observation polaire

Cette découverte met en lumière la rareté des observations dans cette région du monde. Il existe très peu de caméras de recherche positionnées à cette profondeur spécifique dans les eaux antarctiques. De plus, celles qui sont en place ne peuvent fonctionner que pendant les mois d’été de l’hémisphère sud, c’est-à-dire de décembre à février.

Cette contrainte saisonnière laisse une grande partie de l’année sans surveillance. Comme le souligne Alan Jamieson : « Les autres 75 % de l’année, personne ne regarde rien du tout. Et c’est pourquoi, je pense, nous tombons parfois sur ces surprises ».

Cette fenêtre d’observation réduite suggère que les mystères de l’océan Austral sont encore loin d’être tous élucidés, et que d’autres créatures pourraient habiter ces profondeurs à l’insu des scientifiques pendant la majeure partie de l’année.

Selon la source : cbc.ca

Créé par des humains, assisté par IA.

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