Découverte d’une piste de dinosaures du Trias de classe mondiale s’étendant sur des centaines de mètres le long d’une falaise verticale
Auteur: Mathieu Gagnon
Une observation inattendue dans la paroi rocheuse
La scène se déroule entre deux des sites qui accueillent actuellement les épreuves des Jeux Olympiques d’hiver de Milan-Cortina. Il y a cinq mois, une immense piste de dinosaures a été repérée dans cette zone montagneuse. Les empreintes datent du Trias, une époque souvent négligée qui correspond au premier âge des dinosaures, et elles présentent un état de conservation remarquable.
L’histoire débute en septembre 2025. Elio Della Ferrera se rend alors dans la vallée de Fraele, située dans les Alpes italiennes, avec l’objectif de photographier des animaux sauvages. En cherchant ses sujets, le photographe balaie avec ses jumelles une pente presque verticale. Son regard s’arrête sur des marques géométriques inhabituelles formées dans la roche.
Ces indentations mesurent pour certaines jusqu’à 40 centimètres, soit l’équivalent de 16 pouces de diamètre. Le fait que plusieurs de ces marques soient disposées parallèlement les unes aux autres attire immédiatement l’attention du promeneur, qui décide d’approfondir ses investigations sur place.
L’intervention de l’expertise scientifique
En s’approchant du site, Elio Della Ferrera comprend qu’il observe des empreintes de pas. Celles-ci montrent même, de manière distincte, des marques d’orteils et de griffes. Ces traces ont nécessairement été laissées sur un sol horizontal avant de pivoter à la quasi-verticale sous l’effet des forces tectoniques qui ont façonné la chaîne de montagnes des Alpes.
Le photographe sait exactement à qui s’adresser, ayant déjà collaboré par le passé avec le paléontologue Cristiano Dal Sasso, du Musée d’histoire naturelle de Milan. La question du nombre de personnes ayant pu remarquer ces traces sans jamais les signaler reste posée, mais l’action d’Elio Della Ferrera permet d’amorcer le processus d’identification.
Dès réception des photographies, Cristiano Dal Sasso confirme qu’il s’agit d’empreintes de dinosaures non répertoriées jusqu’à présent. L’équipe scientifique du parc national du Stelvio, où se trouve la vallée, procède aux premières évaluations et fait appel à des spécialistes pour l’assister dans cette tâche d’envergure.
L’ampleur géographique et géologique du site

L’analyse géologique révèle que les roches porteuses de ces empreintes datent du Trias supérieur, soit une période remontant à environ 210 millions d’années. Si des traces d’un âge similaire ont déjà été découvertes dans les Alpes orientales, c’est la première fois que des empreintes laissées par des dinosaures sont identifiées en Lombardie.
L’importance géographique de la découverte est soulignée par les paléontologues qui l’ont évaluée. Il s’agit des premières empreintes de dinosaures trouvées en Italie au nord de la ligne insubrienne, qui constitue la partie orientale de la frontière entre les plaques adriatique et eurasienne.
Au moment où ces traces ont été formées, les roches des actuelles Alpes méridionales se trouvaient sur la rive nord de l’océan Téthys. Les dinosaures traversaient probablement une vaste plaine d’estran. Cet environnement a ensuite été recouvert par d’autres sédiments, compressé et tordu pour former des montagnes lors de la collision des plaques africaine et européenne. À l’échelle géologique, c’est tout récemment que la pluie et la glace ont érodé les couches supérieures, rendant les empreintes visibles pour la première fois depuis plus de 200 millions d’années.
Sur les traces des ancêtres du Brontosaure
Le site abrite déjà des milliers d’empreintes exposées, et de nombreuses autres pourraient rester emprisonnées dans la roche. La densité observée varie entre quatre et six marques par mètre carré, ce qui indique le passage d’un grand troupeau lorsque les conditions permettaient de conserver les traces. Les auteurs des analyses préliminaires soupçonnent que ce site s’avérera être l’une des pistes de dinosaures du Trias les plus riches au monde.
L’ancienneté des empreintes précède la plupart des dinosaures célèbres, rendant complexe leur association à une espèce décrite uniquement par des os et des dents. Néanmoins, leur disposition révèle que les animaux marchaient sur deux pattes, mais s’appuyaient sur leurs membres antérieurs pour se reposer. Cette caractéristique permet de les identifier comme des prosauropodes, des ancêtres d’espèces comme le Brontosaure, qui possédaient déjà des traits familiaux reconnaissables, notamment de longs cous et de petites têtes.
Si les lois de la physique rendent la bipédie difficile pour des animaux trop lourds, les plus grands prosauropodes, à l’image du Plateosaurus engelhardti, pouvaient atteindre une longueur de 10 mètres, soit 33 pieds. À ce jour, quatre types distincts d’empreintes de prosauropodes ont été identifiés dans le monde, dotés de leurs propres noms d’ichnoespèces car ils ne peuvent être associés à des espèces conventionnelles. Les empreintes de la vallée de Fraele ressemblent fortement à celles du Pseudotetrasauropus, bien que des analyses supplémentaires soient nécessaires pour confirmer cette affiliation ou pour justifier l’ajout d’une cinquième ichnoespèce aux bases de données scientifiques.
La Vallée des Dinosaures livre ses premiers secrets

La temporalité de la science est souvent trop lente pour permettre la publication immédiate d’articles détaillant l’entière valeur scientifique d’un tel site. Cependant, les Jeux Olympiques d’hiver ont offert une opportunité idéale pour promouvoir cette découverte auprès du grand public. Les autorités locales ont d’ailleurs commencé à désigner la zone de Fraele sous le nom de « Vallée des dinosaures ».
Les traces fournissent de précieux indices sur le comportement de ces animaux. Dans une déclaration vue par IFLScience, Cristiano Dal Sasso explique : « Cet endroit était rempli de dinosaures ; c’est un immense trésor scientifique. Les pistes parallèles sont une preuve claire de troupeaux se déplaçant de manière synchronisée, et il y a aussi des traces de comportements plus complexes, tels que des groupes d’animaux rassemblés en cercle, peut-être pour se défendre. Après trente-cinq ans de travail, je n’aurais jamais imaginé me retrouver devant une découverte aussi spectaculaire, dans la région où je vis. Incroyablement, même en Lombardie, il y a encore des endroits inexplorés, éloignés dans le temps et l’espace. »
De son côté, l’auteur de la découverte, Elio Della Ferrera, a exprimé le souhait suivant : « Une découverte de cette importance peut stimuler la réflexion en chacun de nous, mettant en évidence à quel point nous connaissons peu les endroits où nous vivons : notre maison, notre planète. Cette trouvaille exceptionnelle peut également représenter un stimulus pour soutenir adéquatement la recherche et la diffusion sur ces sujets. »
Selon la source : iflscience.com