Aller au contenu
Des scientifiques envisagent de construire un rideau de plusieurs milliards de dollars autour du ‘glacier de l’Apocalypse’
Crédit: © NASA

La menace silencieuse du glacier Thwaites

Situé sur la bordure septentrionale de la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental, le glacier Thwaites fait l’objet d’une surveillance scientifique intense. Surnommé le « glacier de la fin du monde », ce bloc de glace gigantesque se trouve dangereusement proche de l’effondrement. Le phénomène s’explique par la présence d’eaux océaniques chaudes qui viennent éroder la structure directement par en dessous, fragilisant ainsi l’ensemble de l’édifice glacé.

Les scientifiques tentent aujourd’hui de comprendre la dynamique précise de cette fonte glaciaire. L’enjeu est de calculer l’impact exact qu’aurait son effondrement sur le reste de la calotte glaciaire, mais aussi sur le niveau global des océans. À lui seul, le glacier Thwaites contient suffisamment d’eau pour faire monter le niveau moyen des mers de deux pieds. Une perspective qui menace directement les littoraux du monde entier.

Cependant, ce scénario n’est que la première étape d’un potentiel effet domino. Selon le journal The New York Times, si le glacier Thwaites finit par se détacher, il pourrait déstabiliser la calotte glaciaire dans son ensemble. Cette réaction en chaîne ajouterait alors entre 10 et 15 pieds au niveau global des océans. Face à l’impossibilité mondiale de réduire les émissions de gaz à effet de serre ou de maintenir le réchauffement atmosphérique à des niveaux gérables, les chercheurs envisagent désormais des mesures extrêmes.

La géo-ingénierie prend de l’ampleur

À mesure que la menace des changements climatiques s’intensifie, les ambitions des plans de géo-ingénierie pour les combattre grandissent de façon proportionnelle. Jusqu’à présent, l’une des idées qui faisait le plus les gros titres était l’injection d’aérosols stratosphériques. Cette méthode propose d’ensemencer la basse stratosphère avec du dioxyde de soufre dans le but de réfléchir les rayons du soleil. L’atmosphère n’est toutefois pas le seul terrain d’action envisagé par les chercheurs.

Pour contrer la fonte des glaces, un projet de construction titanesque est actuellement à l’étude. Des groupes comme le Seabed Curtain Project ont conçu des méthodes visant à protéger le glacier Thwaites des masses océaniques plus chaudes. La solution imaginée prend la forme d’un mur marin construit au fond de l’eau, agissant comme un rideau protecteur pour bloquer les courants thermiques avant qu’ils n’atteignent la glace.

Les dimensions de cette mégastructure donnent le vertige : le rideau s’étendrait sur au moins 50 miles de long, avec une hauteur de 500 pieds, et reposerait à une profondeur d’environ 2 100 pieds. Bâtir un tel édifice dans l’un des environnements les plus rudes de la planète représente un défi technique colossal, accompagné d’une facture s’élevant à plusieurs milliards de dollars. Ce coût initial pourrait néanmoins s’avérer dérisoire face aux conséquences économiques qu’impliquerait la préparation des villes côtières du monde entier à une élévation du niveau de la mer de 15 pieds.

Une décision mondiale face aux coûts astronomiques

Le financement et la réalisation d’un tel projet soulèvent des questions inédites. La balance penche entre les dépenses astronomiques liées à la géo-ingénierie et le coût économique massif d’une inaction face à la montée des eaux. Bien que la mise en œuvre de ce rideau sous-marin soit incroyablement difficile et coûteuse, les responsables du projet insistent sur la nécessité d’explorer cette voie.

Marianne Hagen, codirectrice du Seabed Curtain Project, a partagé sa vision de cette initiative ambitieuse lors d’un échange avec le média IFLScience. Elle a formulé l’exigence de la recherche par ces mots : « Juste parce que c’est extrêmement difficile n’est pas une excuse pour ne pas essayer. »

La complexité ne réside d’ailleurs pas uniquement dans l’ingénierie ou les finances, mais aussi dans la géopolitique. Le statut international de l’Antarctique risque de multiplier les obstacles diplomatiques pour la construction de ce rideau géant. Marianne Hagen souligne l’importance d’une approche concertée : « C’est une décision collaborative qui doit être prise par beaucoup de pays, et où les gens doivent être très informés. »

Des expéditions sous-marines aux résultats contrastés

Avant d’envisager des constructions, beaucoup de temps et d’argent ont déjà été dépensés pour comprendre les mécanismes précis qui minent la stabilité du glacier. Par le passé, des expéditions ont envoyé des véhicules sous-marins autonomes (AUV) sous la glace pour obtenir une image claire de la situation en profondeur. Certains de ces équipements de pointe ont d’ailleurs été perdus dans ces eaux inhospitalières.

L’effort de recherche ne faiblit pas. Rien que ce mois-ci, le navire de recherche brise-glace sud-coréen RV Araon a mené une nouvelle mission. L’équipe a tenté de collecter des données sur l’eau située sous le glacier en forant un trou de 3 900 pieds à travers la glace, dans lequel elle a inséré un ensemble d’instruments de mesure. Les capteurs n’ont cependant parcouru qu’environ les trois quarts de la distance prévue. Ce contretemps a fait dérailler un effort en préparation depuis une décennie, alors même qu’il approchait de la ligne d’arrivée.

Malgré cet obstacle, les chercheurs ont réussi à accéder à des zones situées sous le tronc principal du glacier, une section qui se déplace rapidement. Selon The New York Times, ils ont pu discerner que les eaux sous le glacier étaient « turbulentes et chaudes ». Les nouvelles données confirment l’importance de la mission. Won Sang Lee, le scientifique en chef de l’expédition, a déclaré au New York Times : « Ce n’est pas la fin. » Il a ajouté que « c’est l’endroit où il faut aller, quels que soient les défis. »

Un plan B testé dans les fjords norvégiens

Pendant que les scientifiques continuent de chercher des réponses sur ce que le destin du glacier Thwaites pourrait signifier pour la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental et pour le monde entier, les ingénieurs vont de l’avant avec un plan B. L’objectif est de valider le concept de géo-ingénierie à une échelle plus abordable avant de s’attaquer au pôle Sud.

L’Université Arctique de Norvège, qui est partenaire du Seabed Curtain Project, planifie actuellement la construction d’une barrière à plus petite échelle. Cette structure d’essai sera installée dans un fjord du nord de la Norvège. Marianne Hagan a justifié cette démarche auprès d’IFLScience : « Il serait absolument insensé, d’un point de vue économique, d’aller directement à Thwaites et de commencer à construire quelque chose. » Elle a précisé l’approche de l’équipe : « Nous devons tester cela à un coût bien moindre, dans des conditions moins rudes. »

Cette phase de test norvégienne représente une étape cruciale pour démontrer la faisabilité d’un bouclier thermique sous-marin. Si le monde ne parvient pas à endiguer le réchauffement climatique, ce vieux dicton pourrait bien s’imposer aux décideurs internationaux : aux grands maux, les grands remèdes.

Selon la source : popularmechanics.com

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu