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Les contrats à terme de Wall Street et le dollar chutent dans la tourmente des droits de douane de Trump
Crédit: lanature.ca (image IA)

Confusion commerciale : le retour de la défiance envers les actifs américains

Le début de semaine a été marqué par une agitation tangible sur les places financières mondiales. Ce lundi, les contrats à terme de Wall Street et le dollar ont enregistré une baisse significative, les investisseurs réagissant avec nervosité à la confusion régnant autour de la politique commerciale des États-Unis. Ce mouvement de repli a ravivé la stratégie du « sell America » (vendre l’Amérique), une tendance qui s’accentue dans un climat d’incertitude juridique et économique.

À l’origine de ces turbulences se trouve une séquence politique rapide et déstabilisante. À la suite d’une décision de la Cour suprême invalidant ses prélèvements mondiaux vendredi dernier, le président Donald Trump a réagi immédiatement. Il a d’abord annoncé un nouveau taux de 10 % pour le reste du monde, avant de le relever à 15 % dès le samedi suivant. Ces revirements successifs ont plongé les marchés dans l’expectative, les forçant à réévaluer les risques pour les économies majeures de la planète.

Tandis que les contrats à terme européens glissaient vers le bas, d’autres actifs ont profité de ce climat anxiogène pour s’apprécier. L’or a gagné du terrain, accompagné par des monnaies refuges traditionnelles telles que le yen japonais et le franc suisse. À l’inverse, et de manière peut-être surprenante, les actions à Hong Kong ont bondi, les opérateurs pariant sur le fait que les droits de douane américains s’appliquant à la Chine pourraient finalement baisser dans cette nouvelle configuration.

Le dollar trébuche et les métaux précieux flambent face à l’incertitude

Les répercussions chiffrées de cette instabilité ne se sont pas fait attendre sur les indices américains. Les contrats à terme du S&P 500 ont reculé de 0,2 %, tandis que ceux du Nasdaq affichaient une baisse de 0,4 %, après avoir chuté jusqu’à 1 % plus tôt dans la journée. Les marchés boursiers américains s’apprêtent d’ailleurs à vivre une autre épreuve cruciale plus tard cette semaine avec la publication des résultats de Nvidia. Ce concepteur de puces, qui représente près de 8 % de l’indice S&P 500, ne manquera pas de provoquer des remous en fonction de ses performances.

Sur le marché des changes, le billet vert a montré des signes de faiblesse généralisée. Le dollar a cédé 0,14 % face au yen, s’échangeant à 154,82, et a glissé de 0,22 % face au franc suisse. Parallèlement, l’euro en a profité pour s’apprécier de 0,16 %, atteignant 1,1799 dollar. Cette dynamique de fuite vers la sécurité s’est également illustrée par la vigueur des métaux précieux : l’or a grimpé de 1 % pour atteindre 5 153 dollars l’once, et l’argent a connu une hausse encore plus marquée de 2,8 %, se négociant à 86,96 dollars l’once.

L’incertitude actuelle pèse lourdement sur le moral des stratèges financiers. Rodrigo Catril, stratège FX senior chez NAB, résume ainsi la situation : « Le paysage tarifaire est désormais plus incertain qu’auparavant, l’incertitude n’est une bonne nouvelle pour aucune économie ni aucun marché. » Il ajoute une mise en garde sur la cyclicité de ces événements : « À moins que le bon sens ne l’emporte, nous pourrions entrer dans un processus circulaire où de nouveaux droits de douane sont annoncés, puis potentiellement annulés, pour que de nouveaux droits de douane soient annoncés, et que nous recommencions la danse. »

L’arithmétique des douanes : une baisse en trompe-l’œil selon Yale

Au-delà des réactions épidermiques des marchés, l’analyse structurelle des nouveaux tarifs douaniers révèle une situation complexe. Il demeure encore flou de savoir quand exactement ces nouveaux droits de 15 % seront appliqués, quels produits ou pays pourraient en être exemptés, et si ce taux unique frappera indistinctement toutes les nations. Il convient de rappeler que sous les anciennes règles, certains partenaires comme le Royaume-Uni et l’Australie étaient soumis à des taux de 10 %, tandis que de nombreux pays d’Asie faisaient face à des taux bien supérieurs.

Le Yale Budget Lab a apporté un éclairage statistique sur cette nouvelle donne. Selon leur analyse, le taux tarifaire effectif moyen global s’établirait à 13,7 % après l’annonce faite par Donald Trump samedi. C’est un chiffre en baisse par rapport aux 16 % qui prévalaient avant la décision de la Cour suprême — un niveau qui constituait un sommet depuis 1936. Cette diminution paradoxale s’explique par l’annulation des précédents prélèvements jugés illégaux par la haute juridiction.

De plus, une dimension temporelle vient s’ajouter à l’équation. Le Yale Budget Lab s’attend à ce que ces tarifs de 15 % expirent au bout de 150 jours, conformément aux dispositions de la loi sur le commerce de 1974 (Trade Act) en vertu de laquelle ils ont été invoqués. Si cette expiration se confirmait, le taux moyen chuterait alors drastiquement à 9,1 %, modifiant encore une fois les perspectives économiques à moyen terme.

Contrastes régionaux : l’Europe inquiète, l’Asie entrevoit une opportunité

En Europe, la réaction des places boursières a été modérément négative. L’indice STOXX 600 a reculé de 0,3 %, entraîné notamment par le DAX allemand qui a perdu 0,5 %, tandis que le FTSE 100 britannique restait globalement stable. Les gestionnaires de portefeuille ne se font guère d’illusions sur un changement de cap diplomatique. Tomas Hildebrandt, gestionnaire de portefeuille senior chez Evli à Helsinki, analyse la situation avec pragmatisme : « Trump est Trump – il n’abandonnera pas son mantra de l’Amérique d’abord et continuera à repousser les limites tant qu’il sera au pouvoir. »

Hildebrandt poursuit son analyse en nuançant les espoirs des entreprises du vieux continent : « (Il) peut y avoir un certain soulagement pour certains exportateurs européens, mais l’attitude dure anti-Europe de l’administration Trump ne s’estompe pas. » Cette prudence contraste avec l’optimisme observé sur certaines places asiatiques, où les actions ont globalement progressé. L’indice MSCI Asie (hors Japon) a gagné 0,86 %, porté par des spéculations favorables concernant la Chine.

L’indice Hang Seng de Hong Kong a ainsi réalisé une percée notable de 2,53 %. Ce rallye s’explique en partie par les attentes selon lesquelles la Chine ferait face à des droits de douane moins élevés suite à la décision de justice américaine. Les analystes de Goldman Sachs ont d’ailleurs noté que la Chine pourrait bénéficier d’une baisse de 6,6 points de pourcentage de son taux tarifaire. À Tokyo, le Nikkei était fermé pour cause de jour férié, mais les contrats à terme indiquaient une baisse de 0,24 %.

Pétrole et obligations : le calme précaire avant les pourparlers

Sur le front des matières premières énergétiques, les prix du pétrole brut Brent ont glissé de 0,6 % pour s’établir à 71,31 dollars le baril. Ce repli efface une partie des gains enregistrés la semaine précédente, lorsque Donald Trump avait évoqué la possibilité que les États-Unis frappent l’Iran, sur fond d’accumulation massive de forces militaires dans la région. La situation géopolitique reste néanmoins tendue, d’autant plus que de nouvelles discussions entre les États-Unis et l’Iran sont programmées pour ce jeudi.

Du côté des emprunts d’État, les obligations ont très légèrement progressé tant aux États-Unis qu’en Europe. Le rendement du Trésor américain à 10 ans a baissé d’un peu moins d’un point de base pour atteindre 4,078 %. Il est utile de rappeler que les rendements évoluent inversement aux prix : une hausse des obligations entraîne mécaniquement une baisse de leur rendement, signalant ici une recherche de sécurité modérée de la part des investisseurs.

Ces informations, rapportées depuis Londres et Sydney par Harry Robertson et Wayne Cole, avec la contribution de Danilo Masoni, soulignent la complexité de l’environnement actuel. L’édition a été assurée par Lincoln Feast et Susan Fenton, dans un contexte où chaque déclaration politique semble capable de redessiner la carte des flux financiers mondiaux.

Selon la source : reuters.com

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