Victoire dans Chicoutimi et prudence référendaire
Au lendemain d’une victoire significative lors de l’élection partielle dans la circonscription de Chicoutimi, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, le chef du Parti québécois (PQ), Paul St-Pierre Plamondon, a tenu à préciser ses intentions. Bien que sa candidate Marie-Karlynn Laflamme ait été élue, le leader souverainiste adopte une posture de temporisation concernant l’un des engagements phares de sa formation politique : la tenue d’une consultation populaire sur l’indépendance.
Paul St-Pierre Plamondon maintient fermement sa promesse d’organiser un troisième référendum si le Parti québécois forme le prochain gouvernement, à l’issue du scrutin prévu pour l’automne prochain. Cependant, il insiste désormais sur la nécessité de faire preuve de doigté dans l’établissement du calendrier de cette démarche. L’objectif affiché est clair : il ne faut en aucun cas « mettre en péril la sécurité des Québécois ».
Cette nuance apportée par le chef péquiste survient alors qu’il analyse les résultats et la rétroaction du terrain. Il a réitéré cette position mardi avant-midi à l’Assemblée nationale, faisant écho aux propos qu’il avait déjà tenus lundi soir à Chicoutimi. La prudence est donc de mise pour déterminer le moment opportun de cette consultation.
Le facteur Trump et les inquiétudes citoyennes
Le contexte géopolitique actuel joue un rôle prépondérant dans la réflexion du chef du Parti québécois. Paul St-Pierre Plamondon évoque un climat anxiogène à l’échelle internationale, marqué notamment par le caractère imprévisible du président américain Donald Trump. C’est dans cet environnement incertain qu’il entend choisir la date du référendum avec une grande circonspection.
Le chef du PQ a reconnu que les interrogations soulevées à ce sujet sont « légitimes ». Il explique que c’est le travail de terrain et le porte-à-porte effectués durant la campagne partielle qui lui ont permis de saisir la pleine mesure des préoccupations citoyennes. En réponse à ces inquiétudes, il a tenu à rassurer la population mardi en affirmant que la consultation populaire en préparation n’aurait pas lieu « la semaine prochaine ».
Pour illustrer sa pensée sur la gestion du temps et la responsabilité politique, il a déclaré : « C’est long, quatre ans, là, c’est un vrai espace, et des gens intelligents et responsables qui génèrent de l’adhésion », en désignant sa nouvelle députée Marie-Karlynn Laflamme, « vont agir en personnes intelligentes et responsables avec ces questions-là. » Il a ensuite martelé son engagement envers la stabilité : « Jamais, jamais, le Parti québécois va mettre en péril la sécurité économique ou la sécurité tout court des Québécois. »
Être à la table plutôt que sur le menu
Malgré les questions insistantes des journalistes, Paul St-Pierre Plamondon a refusé de dévoiler des détails précis sur le calendrier référendaire qu’il adopterait en cas de victoire électorale. Il a toutefois profité de l’occasion pour réitérer sa conviction profonde : selon lui, le Québec aurait tout avantage à devenir indépendant pour mieux naviguer dans le contexte mondial actuel et tirer son épingle du jeu.
Reprenant une expression popularisée par Mark Carney, ancien gouverneur de la Banque du Canada, lors de son discours à Davos le mois dernier, le chef péquiste a illustré sa crainte du statu quo : « Moi, ce qui m’inquiète le plus, c’est d’être au menu et de ne pas être à la table, de ne pas veiller à nos affaires, puis de laisser un régime canadien qui, souvent, a sacrifié le Québec, à nouveau décider à notre place ». Il a ajouté pour justifier sa démarche : « Parce que, justement, c’est […] quand il y a des risques qu’il y a vraiment un intérêt d’être aux commandes. »
Par ailleurs, M. St-Pierre Plamondon a plaidé que le simple fait d’organiser un référendum « n’implique aucun risque pour les Québécoises et les Québécois ». Pour appuyer son argumentaire, il a cité l’exemple de la première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, qui prévoit de consulter sa population sur neuf sujets différents l’automne prochain, suggérant ainsi que la consultation est un exercice démocratique normal.
Tirs groupés des oppositions : pirouette et recul
Les déclarations de Paul St-Pierre Plamondon ont immédiatement suscité de vives réactions chez ses adversaires politiques. Charles Milliard, le nouveau chef du Parti libéral du Québec (PLQ), a qualifié cette sortie de « pirouette politique ». En point de presse, il a affirmé : « L’article 1 du PQ, c’est de faire la séparation du Québec, alors […] je pense qu’il a l’intention d’être fidèle à son objectif. Maintenant, est-ce qu’il va vouloir le retarder à l’intérieur d’un premier mandat? La meilleure façon d’éviter ça, c’est évidemment d’élire un gouvernement du Parti libéral au mois d’octobre ».
De son côté, le chef conservateur Éric Duhaime, dont la candidate Catherine Morissette a terminé deuxième dans Chicoutimi, a perçu ces propos comme un « recul ». Lors d’une conférence de presse mardi matin, il a lancé : « Il voit que son option s’en va dans le mur et je pense qu’il faut qu’il l’annonce beaucoup plus clairement et beaucoup plus fermement qu’il l’a fait [lundi] soir ». Il a également précisé qu’il « ne [voterait] pas oui » advenant l’organisation d’un référendum sur la souveraineté par le PQ.
Enfin, Bernard Drainville, candidat à la chefferie de la Coalition avenir Québec (CAQ) et ex-ministre péquiste, a accusé son ancien parti de tenir « un double discours ». Il a commenté la situation sur la plateforme X en ces termes : « On connaît la vieille stratégie : dire aux souverainistes qu’un référendum s’en vient, tout en laissant croire aux autres qu’il n’y en aura pas ».
Précédents historiques et dilemmes passés
Il est à noter que ce n’est pas la première fois que Paul St-Pierre Plamondon laisse entendre que la conjoncture internationale pourrait influencer l’agenda de son projet souverainiste. L’hiver dernier, lors de l’élection partielle dans Terrebonne, lui et sa candidate de l’époque, Catherine Gentilcore, avaient déjà tenu des propos similaires concernant l’impact du contexte mondial sur le calendrier du référendum.
Cette question du moment idéal pour consulter la population rappelle des précédents historiques au sein du Parti québécois. Le choix de la date fatidique avait constitué un véritable casse-tête pour le gouvernement de Jacques Parizeau après son élection en septembre 1994. Celui que l’on surnommait « Monsieur » avait finalement arrêté son choix sur le 30 octobre 1995. Il est intéressant de rappeler qu’il avait, dans un premier temps, envisagé de tenir le référendum encore plus tôt dans son mandat.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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