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Discours de Trump : 5 affirmations passées au crible de la réalité
Crédit: The White House, Wikimedia Commons (Public domain)

Un discours pour l’histoire, entre spectacle et exagérations

Hier, devant le Congrès, Donald Trump a livré une performance oratoire de près de deux heures. Un marathon qui entre dans les annales comme le plus long discours sur l’état de l’Union jamais prononcé, battant ainsi son propre record établi l’année précédente. Pendant ce temps, le président a dressé un bilan élogieux de son action, mêlant anecdotes personnelles, hyperboles et piques acérées à l’encontre de ses adversaires démocrates.

Ce type de discours est un exercice politique majeur, mais aussi un terrain fertile pour les approximations. Pour y voir plus clair, il est nécessaire de confronter certaines de ses déclarations aux faits bruts. Cinq points soulevés par le président américain méritent ainsi un examen approfondi.

L’inflation, une histoire de chiffres et de contexte

Dès les premières minutes de son allocution, Donald Trump a affirmé que l’inflation « était pire sous Joe Biden qu’à n’importe quel autre moment de l’histoire ». Pourtant, les archives économiques racontent une tout autre version. En 1980, par exemple, l’inflation aux États-Unis atteignait 13,5 %, soit un chiffre bien supérieur au pic de 8 % enregistré en 2022. Des records presque aussi élevés avaient également été établis dans les années 1970 et 1910.

Le président a ensuite assuré que, sous son administration, « l’inflation est en chute libre ». Cette affirmation demande à être nuancée. Si le taux d’inflation global a effectivement connu une légère baisse depuis son élection, s’établissant à 2,4 % en janvier, on ne peut pas parler de « chute spectaculaire ». Ce taux reste d’ailleurs au-dessus de l’objectif de 2 % fixé par la Réserve fédérale, ce qui signifie concrètement que les prix continuent d’augmenter.

D’autres données illustrent cette complexité. Certaines dépenses de première nécessité ont vu leurs prix grimper plus vite que la moyenne. C’est notamment le cas pour l’alimentation et le logement, avec une hausse de près de 3 %, ou encore pour l’électricité, dont les tarifs ont bondi de 6,3 %.

Résolution de conflits : un bilan en demi-teinte

« J’ai stoppé huit guerres », a martelé Donald Trump. Cette affirmation, qu’il répète régulièrement, mérite un examen détaillé. Il est juste de créditer son administration pour l’arbitrage de certaines négociations. On peut citer l’accord de paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ou le cessez-le-feu obtenu l’an dernier entre la Thaïlande et le Cambodge. Les États-Unis ont également parrainé un arrêt des hostilités dans les guerres menées par Israël en Iran et en Palestine.

Cependant, le tableau est loin d’être aussi simple. Lorsque l’Inde et le Pakistan se sont retrouvés au bord du conflit l’année dernière, Donald Trump a revendiqué avoir mis fin aux combats. Une version des faits que l’Inde conteste fermement, insistant sur le fait que le président américain n’a joué aucun rôle dans l’apaisement.

En République démocratique du Congo, les États-Unis ont bien tenté de négocier un cessez-le-feu avec le Rwanda, mais sans succès. Le groupe rebelle M23 n’ayant pas été inclus dans les pourparlers, les combats se poursuivent. Enfin, le différend qui oppose l’Égypte et l’Éthiopie au sujet d’un projet de barrage est, contrairement à ce que prétend Donald Trump, une dispute diplomatique et non une guerre.

Immigration : des données et des accusations

Sur la question migratoire, le président a tenu des propos particulièrement forts : « Sous la nouvelle arnaque verte et l’ouverture des frontières de Joe Biden, ils ont afflué par millions depuis les prisons et les institutions psychiatriques. Il y avait 11 088 meurtriers parmi eux ». Si l’entrée illégale à la frontière sud a bien atteint des niveaux records en 2022 et 2023 sous l’administration Biden, le chiffre avancé par M. Trump est incorrect.

L’origine de ce nombre de « 11 088 meurtriers » reste floue, mais il semble provenir de données fédérales compilées sur plusieurs décennies et sous différentes administrations, y compris celle de son premier mandat. Une analyse du New York Times apporte un éclairage différent. En novembre dernier, près de la moitié des personnes en détention par l’ICE (le service de l’immigration et des douanes) n’avaient aucun casier judiciaire.

La même analyse du quotidien new-yorkais révèle que, sur la période de janvier à octobre 2025, seuls 7 % des détenus étaient accusés de crimes violents. Le journal ajoute un élément de contexte important : les agents de l’ICE seraient encouragés à procéder à un maximum d’arrestations afin de répondre aux quotas élevés exigés par l’administration Trump.

Baisse d’impôts : la plus grande de l’histoire ?

Donald Trump s’est également attribué le mérite d’avoir opéré « la plus grande baisse d’impôts de l’histoire des États-Unis ». Cette affirmation est fausse. Selon le groupe de réflexion conservateur Tax Foundation, il s’agirait en réalité de la sixième baisse d’impôts de l’histoire du pays en proportion du Produit Intérieur Brut (PIB). Une conclusion partagée par le Comité pour un budget fédéral responsable, cité par CNN.

Le président s’est aussi vanté d’avoir « éliminé l’impôt sur les pourboires, sur les heures supplémentaires et sur la sécurité sociale dont bénéficient nos formidables seniors ». Là encore, la réalité est plus complexe. S’il a bien légiféré l’an dernier sur les pourboires et les heures supplémentaires, ces allègements fiscaux sont partiels. Les déductions sont plafonnées à 25 000 dollars et diminuent pour les couples gagnant plus de 300 000 dollars ou les personnes seules gagnant plus de 150 000 dollars.

Quant aux prestations de sécurité sociale, les allègements ne correspondent pas à une suppression totale de l’impôt. Une analyse du Conseil des conseillers économiques de la Maison-Blanche estime que, grâce à une nouvelle déduction de 6000 dollars, 88 % des bénéficiaires de plus de 65 ans ne paieraient aucun impôt sur leurs prestations. C’est une augmentation par rapport aux 64 % concernés auparavant, mais cela signifie que 7 millions d’aînés restent exclus de cette mesure.

Quand le hockey devient une affaire de précision

Pour illustrer ce qu’il a appelé la « série de victoires » des États-Unis depuis l’an dernier, Donald Trump avait invité dans l’assistance l’équipe masculine de hockey, médaillée d’or face au Canada lors de la finale olympique. Ce geste a déclenché les applaudissements nourris des élus républicains présents dans la Chambre basse du Congrès.

En vantant leur exploit, M. Trump a salué les « 46 arrêts » réalisés par le gardien américain Connor Hellebuyck durant ce match décisif. Une performance remarquable, certes, mais la statistique réelle est légèrement différente : le gardien a effectué 41 arrêts. Une différence qui peut paraître anodine pour les Américains, mais qui n’est peut-être pas passée inaperçue chez leurs voisins du nord.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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