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Alberta : ce déficit de 9,4 milliards qui bouscule toutes les règles
Crédit: Side-by-side fusion: "Nate Horner.jpg" by Cross Border Network licensed under CC BY 3.0 via Wikimedia Commons + "Canadian National Flag -- Sulphur Mountain Banff, Alberta September 2019 (49296130487).jpg" by Ron Cogswell from Arlington, Virginia, USA licensed under CC BY 2.0 via Wikimedia Commons

Un déficit qui fait l’effet d’une douche froide

L’Alberta se réveille avec un chiffre qui donne le vertige : 9,4 milliards de dollars. C’est le montant du déficit annoncé dans le nouveau budget provincial, un record depuis la crise de la COVID-19. Cette période, marquée par une catastrophe économique mondiale et des prix du pétrole tombés en territoire négatif, semble faire écho à la situation actuelle.

Après des décennies à naviguer au gré de la volatilité des revenus pétroliers, la province se retrouve une nouvelle fois à tenter de maîtriser des finances devenues instables. Le ministre des Finances, Nate Horner, pointe une triple menace : les coûts liés à une forte croissance démographique, une incertitude économique mondiale persistante et la faiblesse des prix du pétrole. Un cocktail qui pèse lourdement sur les comptes et met à rude épreuve les capacités de l’Alberta.

Le pari du gouvernement : dépenser malgré tout

Face à ce tableau financier, le gouvernement fait un choix clair : ce n’est pas le moment de couper dans les services essentiels. Le budget présenté par Nate Horner prévoit au contraire des augmentations de dépenses significatives dans des secteurs cruciaux comme la santé et l’éducation. « Notre situation financière est plus saine que celle de nombreux ménages albertains, et nous allons donc les aider à traverser cette période difficile », a-t-il déclaré aux journalistes jeudi, juste avant de présenter son budget à l’Assemblée.

Pour financer ces services, aucune nouvelle mesure fiscale majeure n’est annoncée. Cependant, les Albertains verront apparaître une nouvelle taxe sur la location de voitures. Des hausses sont également prévues pour les taxes foncières et les frais d’immatriculation des véhicules. Le gouvernement marche sur une ligne de crête, entre le soutien aux services publics et la pression sur le portefeuille des citoyens.

Les dépenses de santé connaîtront une augmentation de près de 6 %, soit un ajout de 1,9 milliard de dollars, pour atteindre un total de 34,4 milliards. Le financement de l’éducation, quant à lui, grimpe de 7 % par rapport à l’année précédente, se chiffrant à 10,8 milliards. Ces décisions interviennent dans un contexte tendu, marqué par une forte pression sur les urgences hospitalières et des témoignages de décès potentiellement évitables, ainsi que par le retour en classe des enseignants après une grève houleuse pour dénoncer le surpeuplement des classes.

L’ombre persistante de la dépendance au pétrole

Le cœur du problème financier de l’Alberta reste sa dépendance au marché de l’or noir. Les prévisions du gouvernement tablent sur un prix moyen du baril de pétrole West Texas Intermediate (WTI) à 60,50 dollars américains pour le prochain exercice. Un niveau jugé largement insuffisant pour espérer équilibrer les comptes. C’est cette variable qui rend toute prévision si fragile.

Le ministre Nate Horner ne cache pas son inquiétude. Il a indiqué que si les prix du pétrole devaient rester bas indéfiniment, le déficit structurel de la province deviendrait « extrêmement évident ». Pour autant, il a précisé qu’il n’avait pas le mandat, à l’heure actuelle, de se lancer dans une grande réforme fiscale. Le sujet reste sensible, mais la discussion semble inévitable.

Le tabou de la taxe de vente provinciale

Dans ce contexte, une idée refait surface : l’instauration d’une taxe de vente provinciale (TVP). Plus tôt cette semaine, Nate Horner a lui-même évoqué le potentiel d’une telle mesure. Il a chiffré qu’une taxe de 5 % pourrait générer environ 6 milliards de dollars de recettes. Une manne financière considérable. Il s’est cependant empressé de préciser qu’il ne préconisait pas la tenue d’un référendum sur le sujet « pour l’instant ».

« Nous devons embarquer les Albertains dans cette aventure », a-t-il insisté jeudi, soulignant la nécessité d’un consensus populaire. Le budget rappelle d’ailleurs que la structure fiscale actuelle de l’Alberta représente un avantage comparatif important. Elle permettrait aux entreprises et aux particuliers d’économiser environ 17 milliards de dollars, voire plus, par rapport aux taux d’imposition des autres provinces. La question est posée : les Albertains sont-ils prêts à renoncer à une partie de cet avantage ? « Si les Albertains sont prêts à renoncer à une partie de cet avantage pour stabiliser leur situation fiscale, nous pouvons en discuter », a lancé le ministre.

Règles budgétaires brisées et critiques acerbes

Ce déficit de 9,4 milliards de dollars ne fait pas que creuser la dette, il enfreint aussi les propres règles du jeu du gouvernement conservateur uni de la première ministre Danielle Smith. Le budget dépasse en effet le seuil de déficit que le parti s’était lui-même fixé. Interrogé sur les conséquences de ce manquement, Nate Horner a eu une réponse laconique : elles sont « politiques ». Il a ajouté, sur un ton personnel : « Nous avons établi ces règles, et je les enfreins. Cela ne dérange donc personne plus que moi ».

Cette situation n’a pas manqué de faire réagir l’opposition. Le chef néo-démocrate, Naheed Nenshi, a fustigé un budget qui, selon lui, démontre la mauvaise gestion financière du Parti conservateur uni (PCU). Il accuse le gouvernement de ne pas respecter ses propres engagements et d’avoir ainsi perdu toute autorité morale pour gouverner. Il souligne que, malgré une production pétrolière record, le budget alourdit le coût de la vie avec de nouvelles taxes, sans pour autant régler les problèmes de fond en santé et en éducation.

Pour couronner le tout, a-t-il conclu avec gravité, « Danielle Smith et le PCU ont endetté les générations futures, nos enfants et nos petits-enfants, de milliards de dollars, sans perspective de redressement ».

Une trajectoire financière sous haute surveillance

Le gouvernement de Danielle Smith, tout en présentant ce déficit, affirme viser un accroissement du fonds de réserve du patrimoine de l’Alberta. Pourtant, la trajectoire financière immédiate est préoccupante. Il s’agit du deuxième déficit consécutif pour le gouvernement conservateur uni, qui fait suite à un surplus de 8,3 milliards de dollars enregistré en 2024-2025. Un retournement de situation spectaculaire.

Pour l’exercice financier en cours, qui s’achève en mars, la province anticipe déjà un déficit de 4,1 milliards de dollars. Les projections à plus long terme indiquent que la dette totale pourrait atteindre environ 34 milliards de dollars d’ici la fin de l’exercice 2026-2027. Pendant ce temps, Nate Horner a reconnu que la croissance démographique ralentit, mais il a souligné que la province doit impérativement rattraper son retard en matière d’infrastructures, notamment pour les hôpitaux et les écoles.

Selon la source : lactualite.com

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