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Fin du PEQ : la crédibilité du ministre Roberge mise à rude épreuve
Crédit: Side-by-side fusion: "Jean-François Roberge.png" by TVA Nouvelles licensed under CC BY 3.0 via Wikimedia Commons + "Flag of Quebec.jpg" by Quintin Soloviev licensed under CC BY 4.0 via Wikimedia Commons

Un ministre sous le feu des critiques

La tension est montée d’un cran au Salon rouge de l’Assemblée nationale. Au cœur de la controverse : la fin du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) et ses conséquences sur des centaines de travailleurs étrangers. Jeudi, le ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge, a vu sa crédibilité directement attaquée par le porte-parole libéral en la matière, André Albert Morin.

Le député de l’Acadie n’a pas mâché ses mots pour dépeindre un ministre acculé, dont les déclarations publiques peinent à convaincre. La gestion de ce dossier sensible place le gouvernement face à une crise qui mêle enjeux administratifs, destins humains et services publics en péril.

L’offensive libérale au Salon rouge

André Albert Morin a lancé une charge en règle, questionnant la fiabilité de la parole ministérielle. Il a énuméré une série d’événements récents qui, selon lui, minent l’autorité de Jean-François Roberge sur le dossier de l’immigration. Le député libéral a ainsi dressé un portrait peu flatteur de la communication du ministre.

S’adressant à l’Assemblée, il a demandé sans détour : « Après une conférence de presse désastreuse où son cabinet a été obligé de corriger ses propres chiffres, après que des experts l’ont contredit dans les journaux, il publiait [mercredi] une déclaration demandant de ne pas croire ce que racontent les médias. Quelle crédibilité reste-t-il au ministre de l’Immigration? ».

La défense du ministre : Ottawa et les médias pointés du doigt

Face aux critiques, la stratégie de Jean-François Roberge semble claire : rejeter la responsabilité sur le gouvernement fédéral et sur les médias. Plus tôt dans la semaine, lors de l’inauguration d’une école à Chambly en présence du premier ministre François Legault, il avait esquivé les questions de Radio-Canada concernant le PEQ. Il a préféré réagir par écrit, sur le réseau social X.

Dans une publication, il a mis en doute le traitement médiatique du dossier, affirmant que le véritable coupable était Ottawa. « Encore un texte qui laisse malheureusement croire que c’est à cause de la transition entre l’ancien programme (PEQ) et le nouveau programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) qu’il y a des départs de personnes déjà à l’emploi dans des secteurs d’importance au Québec. Je le réitère : c’est le non-renouvellement des permis par le gouvernement fédéral qui en est responsable », a-t-il écrit.

Permis de travail ou résidence permanente : le nœud du problème

La défense du ministre Roberge se heurte à une réalité de terrain. Si la délivrance des permis de travail relève bien d’Ottawa, le blocage actuel concerne une autre étape : l’obtention de la résidence permanente, un processus piloté par Québec via son nouveau Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ). Des centaines de travailleurs temporaires, déjà intégrés et essentiels à des secteurs clés, attendent une réponse qui ne vient pas.

Les chiffres rapportés par Radio-Canada illustrent l’ampleur du problème : 221 enseignants et 444 éducatrices ont déposé une demande au PSTQ et sont toujours dans l’incertitude. C’est le cas d’Imane Benchouk, une enseignante en mathématiques titulaire d’un doctorat, qui travaille depuis 2023 dans une école secondaire de la Rive-Sud de Montréal. C’est aussi la situation d’Alexandra Hellin, une éducatrice qualifiée d’origine française employée dans un CPE de Montréal. Pour elles et des milliers d’autres, l’objectif n’est pas de renouveler un permis temporaire, mais de s’établir durablement.

Des vies en suspens et un appel à une « clause de droit acquis »

Derrière les chiffres se cachent des drames humains. André Albert Morin a partagé l’histoire poignante d’Alexandra Hellin pour illustrer l’urgence de la situation. « Elle est fatiguée d’attendre. Elle est francophone qualifiée intégrée. Son dossier est en attente dans le PSTQ. Elle nous dit qu’elle ne veut pas finir itinérante avec ses enfants. Elle a acheté ses billets d’avion, elle va partir! » a-t-il déploré.

Face à ce qu’il qualifie de « catastrophe » pour les services publics, le député libéral a interpellé directement le gouvernement de la CAQ. Il a formulé une proposition claire pour tenter de dénouer la crise. « Est-ce que la CAQ peut arrêter cette catastrophe qui met en péril nos services publics et accorder une clause de droit acquis? » a-t-il lancé, suggérant ainsi de traiter les dossiers en attente selon les règles de l’ancien programme PEQ.

Dialogue de sourds à l’Assemblée nationale

La réponse du ministre Roberge n’a pas permis de rassurer. Campé sur ses positions, il a une nouvelle fois blâmé les médias et le gouvernement fédéral, sans aborder la question de la résidence permanente soulevée par l’opposition. Son intervention a pris une tournure sarcastique, comparant la recherche de la ministre fédérale de l’Immigration à un jeu populaire.

« J’ai bien vu les deux reportages de Radio-Canada en deux jours qui faisaient un lien très maladroit entre la fin du permis de travail de personnes avec un statut temporaire qui voudraient que leur permis soit renouvelé. Mais faudrait trouver la ministre fédérale de l’Immigration, tout le monde la cherche. Où est Lena Diab? C’est pire que les livres Où est Charlie!, Madame la Présidente », a déclaré le ministre, laissant le débat dans une impasse et l’avenir de centaines de travailleurs qualifiés en suspens.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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