Une vision pour un Canada plus fort
C’est devant l’Economic Club de Toronto que le chef du Parti conservateur du Canada (PCC), Pierre Poilievre, a exposé sa stratégie, jeudi dernier. L’objectif : renforcer l’économie canadienne pour mieux négocier avec le président américain Donald Trump. Cet exercice a été perçu comme une occasion pour lui de démontrer ses qualités de leader, au-delà de son rôle de chef de l’opposition officielle à la Chambre des communes.
Se projetant dans les souliers du premier ministre Mark Carney, M. Poilievre a articulé sa vision pour le pays dans le contexte sensible de la renégociation de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). L’enjeu est de taille et la position du chef conservateur est claire. Il l’a résumé en une phrase : « Ce qu’on veut, c’est du commerce sans tarifs douaniers […], surtout la fin des tarifs sur l’aluminium, l’acier, l’auto et le bois. »
Maîtres de notre propre destinée
Comment atteindre cet objectif ambitieux ? Pour Pierre Poilievre, la feuille de route passe par une maîtrise accrue des leviers internes du Canada. Il a identifié quatre piliers fondamentaux : fournir une énergie abondante et à faible coût, accélérer les mises en chantier, renforcer les capacités militaires et garantir la souveraineté numérique du pays.
Le chef conservateur a adopté une posture réaliste face à la politique américaine. « Le Canada ne peut pas contrôler ce que font les présidents des autres pays », a-t-il affirmé. Il a toutefois tenu à corriger certaines perceptions, soulignant que « ce que le président Trump dit au sujet [de la balance commerciale] du Canada est faux » et que le pays ne sera « jamais » un État américain.
Sa philosophie se résume dans cette idée : « Ce que le Canada peut contrôler, c’est sa propre destinée. Pour renforcer notre souveraineté et être vraiment maîtres chez nous, nous devons contrôler ce que nous pouvons vraiment contrôler, par exemple l’économie. » C’est sur ce principe qu’il bâtit l’ensemble de ses propositions.
Le levier des ressources naturelles
Au cœur du plan de Pierre Poilievre se trouvent des mesures concrètes axées sur l’exploitation et le commerce des ressources naturelles. La pièce maîtresse de sa stratégie est sans conteste la création d’une réserve stratégique d’énergie et de minéraux critiques. Selon lui, cette réserve agirait comme un filet de sécurité pour le Canada, notamment en cas de guerre ou de conflit commercial.
Cette réserve deviendrait ensuite un outil de négociation majeur avec Washington. « [Ensuite], nous pourrons signer avec nos amis américains un accord qui leur donnera accès à ces minéraux uniquement à des prix commerciaux et uniquement s’ils maintiennent nos relations sans droits de douane », a-t-il précisé.
Plusieurs autres propositions rappellent ses promesses de la campagne électorale de l’an dernier. Il a réitéré son intention d’abolir « toutes les taxes sur le carbone », d’accélérer l’attribution de permis en réduisant la paperasse et la réglementation, d’augmenter les exportations énergétiques et de relancer le projet d’oléoduc Keystone XL.
Bâtir, protéger et défendre : le chantier de l’autonomie
Le chef conservateur a étendu sa vision de déréglementation au secteur de la construction. Il a plaidé pour la levée des barrières financières et administratives, affirmant qu’il faut mettre fin « à la bureaucratie et aux taxes ». Pour illustrer son propos, il a longuement vanté la rapidité avec laquelle des projets structurants comme les chemins de fer et la Voie maritime du Saint-Laurent ont été réalisés par le passé.
L’autonomie militaire est un autre volet central de son plan. Reprenant une idée déjà évoquée, il a revu ses ambitions à la hausse concernant la présence canadienne dans l’Arctique. Il souhaiterait désormais y bâtir trois bases militaires et mettre à flot quatre nouveaux brise-glaces. De plus, il propose de simplifier les processus d’acquisition notoirement complexes des Forces armées canadiennes, un labyrinthe administratif qui ralentit, selon lui, la modernisation des équipements.
Cette simplification permettrait, d’après Pierre Poilievre, de fournir plus rapidement aux militaires canadiens des armes et des outils de pointe, un enjeu crucial dans un contexte d’évolution technologique rapide. Quant à la souveraineté technologique, son plan « Maîtres chez nous » vise surtout à freiner la fuite des innovations canadiennes à l’étranger.
Le bouclier technologique et la distance avec la Chine
Pour protéger les technologies nationales, le chef conservateur avance deux mesures fortes. Il propose de forcer les entreprises qui vendent des technologies canadiennes à l’étranger à rembourser les subventions gouvernementales qu’elles ont reçues. Il souhaite également interdire l’acquisition de technologies jugées stratégiques, comme les armes ou le matériel de cryptographie, par des acteurs étrangers.
Sa vision est celle d’une refonte complète du système pour créer un avantage stratégique. « Il faut une révision complète des subventions, de la politique fiscale, des cadres de propriété intellectuelle et des lois sur l’examen des investissements dans le but d’accroître la commercialisation afin de disposer d’un levier indestructible à l’étranger », a-t-il déclaré.
Dans le même discours, Pierre Poilievre a pris clairement ses distances avec la Chine. Il a appelé le gouvernement fédéral à mettre fin aux remises sur les véhicules électriques chinois et à abolir les taxes sur les véhicules construits au Canada. Pour lui, les récents rapprochements commerciaux avec Pékin constituent une embûche dans les négociations avec l’administration Trump. Dire non aux voitures chinoises pourrait, selon lui, ouvrir la porte à un nouveau pacte sur l’automobile avec Washington.
Un appel à l’unité pour négocier d’une seule voix
Le chef de l’opposition a justifié sa position sur la Chine en arguant que le gouvernement de Pékin est impliqué dans le trafic de fentanyl. Il a aussi présenté les politiques protectionnistes de Donald Trump comme étant d’abord une réaction à la montée en puissance de la Chine sur la scène économique mondiale. « On ne devrait pas rompre nos relations avec les États-Unis pour se rapprocher de la Chine », a-t-il plaidé à Toronto.
En guise de conclusion, Pierre Poilievre a lancé un appel à la collaboration politique. Il a plaidé en faveur de la création d’un comité transpartisan, qui réunirait tous les partis représentés à la Chambre des communes, afin de mener à bien la renégociation de l’ACEUM. Pour lui, la force du Canada à la table des négociations dépend de sa cohésion interne.
Il a terminé son discours sur cette note unificatrice : « La meilleure façon pour nous de devenir inébranlables dans nos négociations est d’être unis ici, chez nous. »
Selon la source : ici.radio-canada.ca