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Pourquoi découvre-t-on autant de nouvelles (anciennes) espèces humaines en Chine ?
Crédit: Gary Todd/Flickr.com (public domain)

Le grand puzzle de l’évolution en Chine

Durant le Pléistocène moyen, l’Asie de l’Est abritait une galerie de personnages fascinants. Ces hominidés, ni tout à fait primitifs comme l’Homo erectus, ni aussi avancés que l’homme moderne, posent un véritable casse-tête aux scientifiques pour les nommer ou les classer. Progressivement, les chercheurs commencent cependant à reconstituer le scénario de cette période complexe de l’évolution humaine.

La présence des hominidés est attestée dans les archives fossiles chinoises il y a un peu moins de 1,8 million d’années. Ces premiers arrivants sont largement identifiés comme appartenant à l’espèce Homo erectus. Mais environ un million d’années plus tard, la situation se complique avec l’apparition de spécimens dits « de transition », rendant le tableau beaucoup plus confus.

Ces créatures inhabituelles présentent une très grande variabilité morphologique, avec des traits qui se situent quelque part entre ceux de l’Homo erectus, des Néandertaliens et des humains modernes. Cette diversité a déclenché des débats passionnés sur le nombre d’espèces humaines distinctes qui ont réellement vécu en Chine à cette époque. Une période si floue qu’elle a été surnommée à juste titre le « Muddle in the Middle », ou le « grand désordre du milieu ».

L’arrivée du « Dragon Man » rebat les cartes

Une avancée majeure a eu lieu en 2021. Des scientifiques ont classé un crâne vieux de 140 000 ans, découvert à Harbin dans la province du Heilongjiang, comme appartenant à une nouvelle espèce : l’Homo longi, aussi connu sous le nom d' »Homme Dragon ». Cette découverte n’est pas anodine et vient bousculer les certitudes.

L’étude de ce crâne a révélé une information capitale. La morphologie du crâne de l’Homo longi est plus similaire à la nôtre, celle d’Homo sapiens, qu’à celle des Néandertaliens. Cette proximité fait de cette nouvelle espèce notre plus proche parent connu sur l’arbre généalogique des hominidés. En d’autres termes, l’Homme Dragon forme ce que les scientifiques appellent un « clade sœur » avec notre propre lignée.

La piste des Dénisoviens : une nouvelle complexité

Parallèlement, les preuves génétiques se sont accumulées. Des analyses d’ADN et de protéines ont permis de relier de nombreux fossiles d’hominidés asiatiques à un groupe mystérieux appelé les Dénisoviens. Traditionnellement, ce groupe a toujours été considéré comme plus proche des Néandertaliens que de nous.

C’est ici que l’histoire se corse. Le crâne de Harbin, celui-là même qui a défini l’espèce Homo longi, porte de l’ADN dénisovien. Cette révélation soulève une question fondamentale : quelle est la place exacte des Dénisoviens dans notre arbre généalogique ? Et surtout, l’Homo longi et les Dénisoviens ne sont-ils finalement qu’une seule et même espèce ? Le débat est ouvert.

Deux lignées pour un seul continent ?

Face à ce puzzle, deux écoles de pensée s’affrontent. La première soutient que oui, l’Homo longi et les Dénisoviens ne font qu’un. Selon cette hypothèse, de nombreux fossiles chinois appartiendraient donc à l’espèce Homo longi, qui engloberait la classification « Dénisoviens ». D’autres chercheurs défendent l’idée qu’au moins une partie des Dénisoviens chinois constitue une population distincte, ce qui signifierait que nous sommes en présence des restes de deux lignées différentes.

Cette seconde théorie s’appuie sur l’analyse de vestiges vieux de 200 000 ans provenant du site de Xujiayao. Sur cette base, un second groupe a été proposé sous le nom d’Homo juluensis. Celui-ci serait plus étroitement lié aux Néandertaliens qu’à notre propre clade. La confusion ne s’arrête pas là. Étrangement, il semble que le clade de l’Homo longi inclue également l’Homo antecessor, une espèce apparue en Espagne il y a environ 850 000 ans, suggérant que ce groupe était largement répandu à travers l’Eurasie bien avant l’émergence de notre propre espèce.

Quand on ajoute à cela que notre espèce, Homo sapiens, est supposée être apparue en Afrique, le tableau devient encore plus complexe. Si l’Homo longi est notre groupe frère, nous devons partager un ancêtre commun avec cette lignée. Mais où vivait cette espèce ancestrale ? En Chine, en Espagne, en Afrique ou ailleurs ? Le mystère reste entier et ne cesse de s’épaissir.

La Chine, carrefour de l’humanité primitive

Pour résumer les nombreux rebondissements de cette histoire évolutive complexe, les auteurs d’une nouvelle étude affirment qu’une seule chose est désormais certaine : la Chine n’était pas simplement un endroit où l’Homo erectus s’est éteint. Elle a été le théâtre d’une saga humaine fascinante qui a vu de multiples lignées apparentées naître et disparaître, pour finalement aboutir à la disparition de toutes les espèces d’hominidés à l’exception de la nôtre.

Dans leur article, publié dans la revue Nature Ecology & Evolution, ils écrivent : « Plutôt qu’un cul-de-sac évolutif, la Chine apparaît maintenant comme un carrefour évolutif dynamique où de multiples lignées Homo ont pu naître, interagir et s’adapter à des environnements changeants ». Se tournant vers l’avenir, les chercheurs suggèrent que les prochains chapitres de cette épopée inachevée pourraient nous réserver d’autres surprises. Ils estiment que « à mesure que les archives fossiles s’étoffent, il est probable que d’autres hominidés liés au clade sapiens émergent à travers l’Eurasie ».

Selon la source : iflscience.com

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