La machine est trop lourde : ce constat qui explique la colère et le fantasme de l’homme fort
Auteur: Adam David
Un humoriste face à la machine politique
La politique, un rouage trop complexe ? La question a été posée la semaine dernière sur le plateau de l’émission « Dans le blanc des yeux », animée par Sophie Durocher. L’invité, l’humoriste José Gaudet, a partagé une perspective forgée au début de sa carrière, alors qu’il travaillait aux côtés de l’ancien premier ministre Robert Bourassa.
Son expérience lui a laissé une impression durable sur la nature du pouvoir et ses limites. Une vision qu’il a exposée sans détour, partant d’un constat simple sur les intentions de ceux qui se lancent en politique. Selon lui, le problème ne vient pas du manque de bonnes idées ou de la bonne volonté des individus.
Le poids de l’inertie et des intérêts acquis
José Gaudet décrit un système conçu pour freiner le changement. « J’ai compris beaucoup de choses en travaillant dans le milieu de la politique. Beaucoup de gens arrivent avec de bonnes idées, de bonnes volontés », a-t-il d’abord concédé. Mais il a rapidement nuancé : « Mais le système est conçu de façon à ce que tu ne te rendes quasiment jamais jusqu’au bout de tes idées. Il y a toujours quelqu’un pour t’empêcher de changer les choses. La bureaucratie est trop lourde. »
Selon l’humoriste, cette résistance n’est pas un hasard. Elle serait la conséquence d’intérêts bien établis. « Si quelque chose est en place dans le système, c’est que ça profite à un groupe de personnes. Alors, si toi, t’arrives et tu veux changer les habitudes, les façons de faire, ces gens-là vont se battre pour que tu ne puisses rien changer », analyse-t-il. Cette force d’inertie se retrouverait à tous les niveaux, y compris chez les hauts fonctionnaires. « Ces gens-là font un boulot essentiel, mais ils n’ont pas été élus. Et souvent, ils sont déphasés par rapport au gouvernement en place. Et ils t’empêchent d’avancer dans le sens où tu veux aller. »
Pour illustrer son propos, il prend un exemple international : Barack Obama. « Regarde un Barack Obama, par exemple, qui est arrivé avec plein d’espoir. Obama, c’était un vent de renouveau, on capotait quand il a été élu. Or, qu’est-ce qu’il a réussi à changer ? Pas grand-chose. Et pourtant, mondialement, il était perçu comme l’homme de la situation. »
Écrasés sous la paperasse : un sentiment partagé
Ce sentiment que la machine est trop lourde, qu’elle étouffe les initiatives et sert ses propres intérêts avant ceux des citoyens, serait de plus en plus répandu. Un animateur de l’émission quotidienne du 99,5 FM rapporte des conversations régulières avec des entrepreneurs des milieux de la construction, des affaires et du commerce. Tous partagent le même diagnostic : ils sont paralysés par la paperasse, ce que l’on nomme le « red tape ».
Cette lourdeur administrative, faite de réglementations, de procédures et de formalités, aurait un effet direct sur l’économie et le moral des troupes. « Ça tue tout esprit d’initiative », lui confient-ils. Mais l’inertie ne vient pas seulement de l’intérieur de l’appareil d’État. Des forces extérieures, comme les corporations professionnelles, les syndicats ou divers groupes militants, peuvent également s’opposer au changement pour préserver leurs acquis.
José Gaudet ajoute une autre dimension à cette paralysie : la pression médiatique moderne. « Avant, quand un gouvernement prenait une décision, il pouvait se faire critiquer par une dizaine de journalistes », explique-t-il. « Aujourd’hui, avec les médias sociaux, tu en as des millions ! Qui te critiquent 24 heures sur 24 ! » La conséquence ? Des gouvernements de plus en plus prudents, aux pieds et poings liés.
Quand l’impuissance nourrit le fantasme de « l’homme fort »
Ce sentiment d’impuissance généralisé pourrait avoir des conséquences politiques profondes. Il y a quelques jours, une discussion sur la radio France Culture entre deux intellectuels, auteurs de livres sur Donald Trump, a mis en lumière ce phénomène. Leur analyse est sans appel : « Les gens veulent de l’action, l’impuissance accouche du rêve et du fantasme de l’homme fort qui va tout régler. »
C’est dans ce contexte que s’expliquerait le vote de nombreux Américains pour Trump. Ils verraient en lui « un homme d’action, qui agit, qui passe par-dessus les institutions pour régler des problèmes qui sont perçus comme insupportables. » Les intellectuels citent un exemple concret : « On disait par exemple que l’immigration massive n’était pas arrêtable. Or, Trump l’a arrêtée. On peut dénoncer ses méthodes, mais il a agi. » Ce besoin d’un leader décisionnaire ne serait pas limité aux États-Unis, mais s’observerait également un peu partout en Europe.
Leçons d’histoire : le spectre de la démocratie paralysée
Un parallèle historique vient appuyer cette analyse. La plateforme MUBI propose actuellement une série italienne, « Mussolini : l’enfant du siècle », qui retrace la montée du fascisme. Le récit met en évidence un facteur clé : le fascisme italien serait né du sentiment d’impuissance des Italiens face à une démocratie qu’ils jugeaient inefficace et paralysée.
Cette résonance avec le présent soulève une question troublante : n’assistons-nous pas au même phénomène un peu partout sur la planète ? Alors que l’on déplore, avec raison, la montée de l’autoritarisme, la réflexion se porte sur la meilleure façon de la contrer. La solution ne résiderait pas dans la formation de « hordes d’antifas aux méthodes fascistes », mais plutôt dans une réforme profonde de nos systèmes.
L’argument central est que pour combattre ce phénomène, il faudrait « alléger la machine afin de rendre la démocratie efficace à nouveau ». C’est en redonnant aux institutions leur capacité d’action et leur légitimité que l’on pourrait freiner l’attrait pour les solutions autoritaires.
Loi sur la laïcité : une question de choix personnel ?
Dans un tout autre registre, l’article aborde la controverse entourant la loi 94 sur la laïcité. Il remet en question l’idée que cette loi serait responsable de la perte d’emploi de certaines travailleuses de soutien scolaire. Selon cette analyse, le départ de ces femmes voilées ne serait pas causé par « la méchante loi 94 », mais par « leur vision rigoriste de leur religion ».
Pour étayer ce point de vue, une analogie est proposée. Si un fonctionnaire perd son emploi parce qu’il refuse de retirer un t-shirt faisant la promotion d’un parti politique au travail, la responsabilité incomberait à ses convictions personnelles, pas à la loi. Le raisonnement est le suivant : la personne préfère perdre son emploi plutôt que de respecter le règlement en vigueur. La conclusion est lapidaire : « Son choix ! »
Le boycott des médicaments israéliens et le paradoxe technologique
Un autre débat est soulevé, concernant une pharmacienne pro-palestinienne travaillant à l’Université McGill qui encouragerait le boycott de médicaments développés en Israël. L’auteur suggère que cette personne devrait, pour être cohérente, étendre son boycott à de nombreux autres produits issus de l’innovation israélienne.
Une liste non exhaustive de ces technologies est alors présentée : la clé USB, l’application Waze, les « doubles caméras » des iPhones, les imprimantes numériques, les batteries rechargeables ou encore les systèmes d’identification faciale. L’argument est que la liste des inventions israéliennes est « énorme ». Le magazine Québec Science est cité pour qualifier le pays de « terre de miracle technologique », soulignant que les Israéliens sont actuellement parmi les champions mondiaux de l’innovation et de la recherche scientifique.
Fraude et intelligence artificielle : l’ultime conseil de prudence
Enfin, l’article se conclut sur une mise en garde concernant la fraude, un phénomène qu’il serait impossible d’éradiquer complètement. L’avènement de l’intelligence artificielle (IA), qui se développe « à la vitesse grand V », ne fait qu’amplifier le risque, car les fraudeurs trouveront toujours de nouvelles méthodes pour piéger leurs victimes. La seule défense reste donc la vigilance.
Un conseil pratique est donné : ne jamais se fier à une publicité qui utilise une personnalité connue pour vendre des produits financiers promettant de rendre millionnaire du jour au lendemain. La règle d’or est simple et intemporelle : si une offre semble trop belle pour être vraie, c’est probablement qu’elle ne l’est pas.
Selon la source : journaldemontreal.com