Trump appelle à renverser le régime iranien : les dessous d’une opération à haut risque
Auteur: Adam David
L’appel de Washington : un tournant majeur contre Téhéran
Le ton a changé. Après avoir promis « son aide » au peuple iranien, le président américain Donald Trump a franchi un nouveau cap ce samedi. Dans le cadre d’une campagne d’envergure menée conjointement avec Israël contre l’Iran, il a ouvertement appelé à un soulèvement populaire visant à renverser la République islamique. Une prise de position qui tranche avec ses déclarations passées.
Cet appel a été formalisé dans un message vidéo diffusé pour annoncer des frappes américaines. La démarche s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes. Depuis les manifestations de janvier, violemment réprimées en Iran, le dirigeant républicain n’a eu de cesse de dénoncer le sort des civils. Il cite régulièrement le chiffre de 32 000 manifestants qui auraient été tués.
C’est dans ce climat qu’il avait déjà lancé un message au peuple iranien, affirmant que « l’aide était en route ». Une promesse suivie d’effets, avec le déploiement d’une armada massive au Moyen-Orient. Il s’agit du plus important dispositif militaire américain dans la région depuis l’invasion de l’Irak en 2003.
Un message direct au peuple et l’écho de l’exil
Le message de Donald Trump se veut sans ambiguïté. S’adressant directement aux Iraniens, il les a exhortés à agir au moment opportun. « Lorsque nous aurons fini, emparez-vous du pouvoir, ce sera à vous de le faire. Cela sera probablement votre seule chance pour des générations à venir », a-t-il affirmé dans son allocution vidéo.
Dans une démarche qui semble coordonnée, le fils du dernier chah d’Iran a lui aussi pris la parole. Reza Pahlavi, qui vit en exil dans la région de Washington, s’est montré confiant. « Nous sommes très proches de la victoire finale. Je veux être à vos côtés dès que possible afin qu’ensemble, nous puissions reprendre et reconstruire l’Iran », a-t-il déclaré samedi, également via un message vidéo.
Il a cependant appelé à la prudence pour le moment. « Je vous demande de rester chez vous pour l’instant et de préserver votre sécurité. Restez vigilants et prêts afin que, au moment opportun – que je vous annoncerai précisément – vous puissiez retourner dans les rues pour l’action finale », a-t-il précisé.
Frappes et cibles : l’ombre d’Israël plane sur l’opération
L’offensive ne se limite pas à des déclarations. Une source de sécurité israélienne a confirmé que « des cibles de haut rang » avaient été visées par les frappes, sans toutefois donner de noms. L’implication d’Israël dans cette campagne majeure aux côtés des États-Unis semble donc directe.
Des précisions sont cependant venues de la radio-télévision publique israélienne, KAN. Selon le média, deux des plus hautes figures du régime iranien feraient partie des cibles visées : le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, ainsi que le président Massoud Pezeshkian. Une information qui, si elle était avérée, confirmerait l’intention de décapiter le pouvoir en place.
Du non-interventionnisme au changement de régime : le grand écart de Trump
Cette nouvelle posture marque une rupture spectaculaire avec la doctrine que Donald Trump avait lui-même définie. Jusqu’à ce samedi, le président américain avait soufflé le chaud et le froid, privilégiant officiellement la voie diplomatique tout en n’excluant pas des frappes « limitées » en l’absence d’accord sur le nucléaire iranien. Mais il s’était toujours gardé d’évoquer un changement de régime.
Ce revirement est d’autant plus frappant qu’il contredit un discours marquant prononcé en mai en Arabie saoudite. Le dirigeant républicain avait alors rompu avec l’interventionnisme de ses prédécesseurs. Il avait affirmé que les États-Unis se garderaient désormais de dire à d’autres nations « comment vivre ou gouverner ». Il avait ajouté que les « interventionnistes se sont immiscés dans des sociétés complexes qu’ils ne comprenaient même pas eux-mêmes » et que ce n’était pas à lui de sonder « l’âme » des dirigeants.
Pourtant, celui qui aime à se présenter comme un « faiseur de paix » a multiplié les actions militaires. Il a ordonné des frappes contre des navires transportant de la drogue dans les Caraïbes et le Pacifique, capturé le président vénézuélien Nicolás Maduro le 3 janvier lors d’une opération spectaculaire et mené des frappes en juin dernier contre l’Iran qui, selon lui, ont « anéanti » le programme nucléaire de Téhéran. Le tout, sans jamais consulter le Congrès, seul organe habilité par la Constitution américaine à déclarer la guerre.
Et après ? Le grand flou sur l’avenir de l’Iran
Au-delà de l’opération en cours, une question demeure : que se passera-t-il en Iran si le régime venait à tomber ? L’incertitude est totale et suscite des interrogations, notamment au vu de la stratégie américaine au Venezuela, où le président américain soutient le pouvoir en place au détriment de l’opposition.
Les experts sont divisés. La semaine dernière, sur la plateforme Substack, Richard Haass, ancien président du prestigieux Council on Foreign Relations, soulignait ce paradoxe. Personne ne sait « ce que serait l’impact d’un conflit sur le maintien au pouvoir du régime iranien », écrivait-il. « Il pourrait tout aussi bien le renforcer que l’affaiblir », ajoutait-il.
Ce manque de visibilité est partagé jusqu’au sommet de l’État américain. Fin janvier, lors d’une audition parlementaire, le secrétaire d’État Marco Rubio a lui-même concédé cette inconnue. Personne ne sait « ce qui se passera en Iran si le guide suprême et le régime venaient à tomber, si ce n’est l’espoir qu’il y ait quelqu’un, au sein de leur système, avec qui vous pourriez travailler ». Une déclaration qui résume toute la complexité et les risques de la situation actuelle.
Selon la source : lapresse.ca