Une nouvelle image époustouflante montre la comète 3I/ATLAS après son passage le plus proche du Soleil
Auteur: Mathieu Gagnon
Un cliché pour l’histoire
C’est une image que le monde scientifique attendait. Une mission européenne, initialement conçue pour explorer les lunes de Jupiter, vient de livrer l’un des portraits les plus nets jamais réalisés de la comète 3I/ATLAS. Cet objet interstellaire mystérieux, après avoir frôlé notre Soleil, entame à présent son long voyage de retour vers les profondeurs de l’espace.
La promesse avait été faite en octobre 2025 : la mission JUICE (Jupiter Icy Moons Explorer) allait observer la comète, mais les images détaillées et les analyses ne seraient disponibles qu’en 2026. En découvrant le cliché récemment dévoilé, une chose est claire, et l’Agence Spatiale Européenne (ESA) l’avait bien dit : la patience est toujours récompensée.
Un instantané cosmique parfaitement synchronisé
Cette photographie, capturée par la caméra JANUS, s’impose comme l’une des meilleures jamais prises de la comète. Elle restera probablement la plus précise obtenue depuis l’espace. Son importance est capitale en raison du moment où elle a été prise : le 6 novembre 2025. Cette date n’a rien d’anodin. Elle se situe tout juste une semaine après le périhélie de 3I/ATLAS, son point de passage le plus proche du Soleil.
À cet instant, la comète ne se trouvait qu’à 210 millions de kilomètres (130 millions de miles) de notre étoile. La sonde JUICE, quant à elle, bénéficiait d’un point de vue privilégié, à une distance de 66 millions de kilomètres (41 millions de miles) de l’objet céleste. Une position d’observation presque idéale pour immortaliser ce voyageur interstellaire.
Bien plus qu’une simple photo
Avant ce cliché exceptionnel, l’ESA avait déjà publié une image prise par une caméra de navigation, révélant les caractéristiques de base de 3I/ATLAS. Mais le véritable trésor reste à venir. L’image qui fait aujourd’hui l’actualité n’est qu’un aperçu, l’une des 120 photographies prises par la caméra JANUS de la sonde JUICE.
À cette moisson d’images s’ajouteront les données collectées par une panoplie d’autres instruments. Un imageur proche infrarouge, un spectromètre UV, un instrument submillimétrique et un capteur d’imagerie d’atomes neutres ont tous scruté la comète. En d’autres termes, les scientifiques disposent d’une quantité massive d’informations pour percer les secrets de ce curieux intrus venu d’un autre système stellaire.
JUICE, une mission providentiellement détournée

L’observation de cette comète est une aubaine, un heureux hasard de calendrier cosmique. La mission première de JUICE est tout autre. La sonde est en route vers le système jovien, où elle doit se consacrer à l’étude des lunes glacées de la géante gazeuse : Ganymède, Callisto et Europe. L’objectif est de sonder l’intérieur de ces mondes, car les scientifiques soupçonnent que tous trois pourraient abriter des océans d’eau liquide sous leur surface gelée.
JUICE est également destinée à marquer l’histoire en devenant le premier engin spatial à se mettre en orbite autour de Ganymède, la plus grande lune du système solaire et la seule à posséder son propre champ magnétique. Ce programme scientifique ne doit commencer que dans les années 2030. D’ici là, la sonde était censée rester majoritairement inactive. Mais la chance a placé 3I/ATLAS sur sa route l’année dernière.
Une opportunité unique saisie au vol
Olivier Witasse, scientifique du projet pour l’ESA, l’expliquait à IFLScience en octobre dernier, lors de l’annonce de la campagne d’observation : « Cette campagne était inattendue pour tout le monde ! Pour JUICE, en effet, nous sommes dans une phase de croisière durant laquelle il y a des contraintes thermiques, étant relativement proches du Soleil (par rapport à la phase scientifique autour de Jupiter). ».
Il ajoutait : « Par conséquent, aucune activité des instruments n’était censée avoir lieu à ce moment. Cependant, étant donné le caractère unique de ces observations, il a été décidé de préparer cette planification d’observation supplémentaire. ». Une décision qui porte aujourd’hui ses fruits. L’ESA a d’ailleurs annoncé : « Restez à l’écoute pour une mise à jour de notre part. ». L’attente est grande, car ces données pourraient constituer l’une des observations les plus rapprochées d’un objet venu de l’espace lointain, à moins qu’une mission audacieuse ne soit un jour financée pour rattraper la comète d’ici trois décennies.
Selon la source : iflscience.com