Aller au contenu
Khamenei éliminé : l’Iran riposte et le monde retient son souffle
Crédit: Cloudcounter, Wikimedia Commons (CC0)

Un séisme géopolitique : la mort du Guide suprême

Le Moyen-Orient a basculé dans une nouvelle ère d’incertitude. L’Iran est entré dans un processus de transition après la mort de son Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei. Il a été tué samedi lors d’une attaque attribuée à Israël et aux États-Unis, une opération qui se serait poursuivie dimanche.

La riposte de Téhéran n’a pas tardé. Des tirs de missiles ont visé Israël ainsi que plusieurs États du Golfe. Les autorités iraniennes ont prévenu que leur vengeance était non seulement inévitable, mais aussi « légitime ».

L’opération foudroyante au cœur de Téhéran

L’armée israélienne a revendiqué une frappe d’une précision et d’une rapidité redoutables. Elle affirme avoir tué au total 40 hauts gradés et dignitaires iraniens, dont Ali Khamenei, lors de son attaque initiale samedi. L’opération se serait déroulée « en une minute », et « en plein jour ». Selon des informations du New York Times, la CIA américaine aurait été informée de la participation de l’ayatollah Khamenei à une réunion de haut niveau samedi matin à Téhéran, ce qui aurait permis de le cibler avec une telle efficacité.

La capitale iranienne n’a connu aucun répit. Des journalistes de l’AFP présents sur place ont rapporté de nouvelles explosions dimanche matin. L’armée israélienne a confirmé mener des frappes « au cœur de Téhéran ». Dans la nuit, l’Iran avait officiellement confirmé la mort de son Guide suprême, décrétant 40 jours de deuil national et engageant le processus de succession.

Le bilan humain au sommet de l’État est lourd. Outre l’ayatollah, sa fille, son gendre et sa petite-fille ont également été tués, selon les médias iraniens. La liste des hauts responsables décédés s’allonge : le chef d’état-major des forces armées Abdolrahim Moussavi, le ministre de la Défense, le chef des Gardiens de la Révolution Mohammad Pakpour, le chef des renseignements de la police et un conseiller du Guide suprême.

Triumvirat, liesse et condamnations internationales

Pour assurer la continuité de l’État, une transition a été mise en place. Elle sera pilotée par un triumvirat composé du président iranien, Massoud Pezeshkian, du chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejeï, et du dignitaire religieux Alireza Arafi. Cette direction collégiale aura la charge de guider le pays à travers cette crise majeure.

Pendant que le régime organisait le deuil, des scènes contrastées se déroulaient dans la capitale. Selon des témoins, des cris de joie ont résonné dans plusieurs quartiers de Téhéran samedi soir, illustrant la profonde division de la société iranienne. Sur la scène internationale, les réactions ont été tout aussi tranchées. Pékin a déclaré « condamner fermement » la mort de Khamenei. Le président russe Vladimir Poutine a, quant à lui, dénoncé une « violation cynique » de « la morale et du droit international ».

En Europe, le ton est radicalement différent. Un porte-parole du gouvernement français a affirmé que Paris ne pouvait que « se satisfaire » de la disparition d’un « dictateur sanguinaire ». La cheffe de la diplomatie de l’Union européenne, Kaja Kallas, a parlé d’un « moment décisif » dans l’histoire de l’Iran, mesurant la portée de l’événement.

La rue en colère, la vengeance promise

Dimanche matin, le centre de Téhéran a vibré sous les slogans de milliers de personnes venues rendre hommage à Ali Khamenei. « À mort l’Amérique ! » et « À mort Israël ! » ont scandé les manifestants, dont les clameurs ont été rapportées par des journalistes de l’AFP. Des scènes similaires se sont déroulées en province, notamment à Chiraz, dans le sud, et à Yazd, dans le centre, où des foules se sont rassemblées pour réclamer vengeance, selon un média local.

La colère a débordé les frontières de l’Iran. Au Pakistan voisin, une manifestation pro-iranienne au consulat américain a tourné au drame, faisant au moins neuf morts dimanche matin. En Irak, des centaines de manifestants ont tenté de prendre d’assaut la zone ultra-sécurisée de Bagdad qui abrite l’ambassade des États-Unis. Dans le Cachemire indien, des milliers de musulmans chiites se sont réunis pour pleurer l’ayatollah, lançant des slogans anti-israéliens et anti-américains lors d’un rassemblement majoritairement pacifique.

Le pouvoir iranien a fait écho à cette ferveur. Le président Massoud Pezeshkian a qualifié la mort de Khamenei de « déclaration de guerre contre les musulmans », affirmant que la venger est un « droit et un devoir légitimes ». Un responsable de la sécurité iranien a été plus direct, menaçant de frapper Israël et les États-Unis « avec une force qu’ils n’ont jamais connue ». Une menace à laquelle le président américain Donald Trump avait préalablement répondu en avertissant l’Iran d’une riposte militaire « sans précédent » en cas de représailles. Le Hamas palestinien a condamné un « crime abominable », tandis que le Hezbollah libanais a promis de « faire face à l’agression ».

Riposte iranienne : le Golfe et Israël sous le feu

L’Iran a mis ses menaces à exécution. Dimanche, Téhéran a annoncé de nouvelles frappes visant Israël, mais également des bases américaines dans le Golfe et dans la région du Kurdistan en Irak. L’escalade a été immédiate et généralisée. Les sirènes d’alerte aérienne ont retenti en Israël, et de fortes explosions ont été entendues dans de nombreuses capitales de la région, notamment à Jérusalem, Ryad, Doha, Erbil, Manama et Dubaï, comme l’ont constaté des journalistes de l’AFP.

Les incidents se sont multipliés. À Oman, pays pourtant médiateur clé dans les discussions américano-iraniennes et épargné samedi, le port a été attaqué par des drones dimanche matin, blessant une personne selon l’agence de presse d’État. À Erbil, au Kurdistan irakien, au moins deux drones ont été interceptés près du consulat américain où les sirènes ont retenti. À Bahreïn, l’ambassade des États-Unis a autorisé le départ de son personnel non essentiel. Un haut responsable émirati a lancé un appel à l’Iran pour qu’il revienne « à la raison », ajoutant : « Votre guerre n’est pas avec vos voisins ».

L’Iran a également utilisé l’arme économique en annonçant à l’Union européenne la fermeture « de facto » du détroit d’Ormuz, un point de passage stratégique par où transite 20 % du pétrole brut mondial. Par ailleurs, le Royaume-Uni a rapporté que l’Iran avait tiré deux missiles « en direction de Chypre », tout en jugeant peu probable que l’île ait été la cible visée.

Bilan humain et branle-bas de combat diplomatique

Face à cette conflagration, le pape a appelé dimanche à la fin de la « spirale de la violence » au Moyen-Orient. Le bilan humain provisoire est déjà lourd. Samedi à 17h30 GMT, le Croissant-Rouge iranien faisait état de plus de 200 morts. Le pouvoir judiciaire iranien a, de son côté, annoncé au moins 108 morts dans une école de filles, un bilan qui reste invérifiable de source indépendante.

Les frappes ont également fait des victimes hors d’Iran. À Abou Dhabi, aux Émirats, l’aéroport a annoncé qu’au moins une personne avait été tuée et sept autres blessées dans un « incident ». Le ministère de la Défense a confirmé la mort d’un civil, tué par des débris de missiles. En Israël, les services de secours ont rapporté qu’une femme d’une quarantaine d’années avait été tuée samedi soir dans la région de Tel-Aviv.

Sur le plan diplomatique, l’activité est intense. L’Iran a dénoncé un « crime de guerre » devant le Conseil de sécurité de l’ONU. Plusieurs pays s’organisent face au risque d’embrasement généralisé. La France se dit prête à évacuer ses ressortissants du Proche-Orient « quand la situation le permettra », selon un porte-parole du gouvernement. La Thaïlande prépare également l’évacuation de ses ressortissants. Enfin, la dimension nucléaire du conflit inquiète au plus haut point. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui avait appelé samedi à la « retenue », tiendra lundi une réunion extraordinaire à la demande de la Russie.

Selon la source : journaldemontreal.com

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!
Plus de contenu