Un coût référendaire déjà chiffré ?
C’est une affirmation qui n’a pas manqué de faire réagir. Le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, a récemment avancé que la simple perspective d’un référendum sur la souveraineté, promis par le Parti Québécois en cas de victoire, aurait déjà des conséquences financières pour la province. Selon lui, cette promesse électorale se traduirait par un coût plus élevé pour les emprunts de l’État.
Le ministre caquiste a même avancé des chiffres précis, sans toutefois les appuyer sur des preuves publiques. Il estime que la dette du Québec se serait déjà alourdie de 20 millions de dollars. Cette somme correspondrait, selon ses calculs, à une augmentation de cinq points de pourcentage par année sur les paiements d’intérêts. Dans une projection à plus long terme, Eric Girard a évoqué un impact potentiel de 200 millions de dollars au bout de dix ans.
Cette déclaration s’inscrit dans une série de critiques émises contre l’engagement du PQ de tenir une telle consultation à la fin d’un éventuel premier mandat. Le texte source qualifie le ministre de « chef du club des agitateurs d’épouvantail », estimant que cette sortie lui a coûté une « belle grosse dose de crédibilité ».
Une réaction anticipée des marchés ?
L’argumentaire d’Eric Girard soulève une question de calendrier. Ses affirmations interviennent bien en amont des échéances politiques concernées : huit mois avant une possible élection qui pourrait porter le Parti Québécois au pouvoir, et près de quatre ans avant la tenue potentielle d’un troisième référendum.
Cette temporalité interroge sur la réactivité des marchés financiers. L’idée qu’ils puissent ajuster leurs taux d’intérêt sur la base d’événements aussi lointains et, pour l’heure, hypothétiques, est mise en doute. Le scénario repose en effet sur une chaîne de suppositions : la victoire du PQ, puis l’organisation effective d’un référendum quatre ans plus tard.
La gestion financière de la CAQ en ligne de mire
En parallèle de ce débat sur le coût d’un référendum, la gestion financière du gouvernement de la Coalition Avenir Québec (CAQ) est elle-même critiquée. L’auteur de l’article source met en balance les avertissements du ministre Girard avec certaines dépenses engagées par son propre gouvernement, qualifiées d’électoralistes.
Parmi les exemples cités, on retrouve les 5 millions de dollars investis pour la venue des Kings de Los Angeles à Québec. Une dépense vue comme une manière d’entretenir le « mirage des Nordiques ». D’autres dossiers sont également mentionnés, avec des sommes cumulées dépassant 1,5 milliard de dollars, qualifiées de « dilapidées », dans le scandale SAAQclic, le projet Northvolt et l’entreprise Lion Électrique.
Un héritage budgétaire et une trajectoire inversée
L’analyse rappelle qu’Eric Girard est l’architecte des finances publiques québécoises depuis 2018. Or, la situation actuelle contraste avec l’héritage laissé par le gouvernement précédent de Philippe Couillard. À son arrivée au pouvoir, la CAQ avait hérité d’une situation financière assainie, marquée par un équilibre budgétaire atteint et un poids de la dette réduit.
François Legault lui-même l’avait reconnu après son élection en octobre 2018. Le premier ministre avait alors déclaré à propos de son prédécesseur : « Il laisse la maison en ordre, les finances publiques en ordre, il n’y aura pas de surprises ». Si la pandémie de COVID-19 a depuis complexifié le contexte économique, l’auteur estime que les « mauvaises décisions de la CAQ » ont aussi joué un rôle majeur dans ce qu’il nomme une « déroute ».
Cette trajectoire a abouti à une décote de la note de crédit du Québec par l’agence Standard and Poor’s en 2024. C’est cette même année que le ministre Girard a présenté un budget qualifié d’historique, avec un déficit de 13,3 milliards de dollars.
Décote de 2024 : les véritables raisons invoquées
L’un des points centraux de la critique est que la menace d’un référendum n’a jamais été mentionnée par la firme Standard and Poor’s pour justifier sa décision d’abaisser la note du Québec. De nombreux analystes ont relevé ce fait. Les raisons officielles citées par l’agence de notation étaient d’une tout autre nature.
La liste des facteurs explicatifs comprenait les déficits persistants, une hausse des dépenses publiques, de lourds investissements prévus en infrastructures, un ralentissement démographique et l’impact des baisses d’impôts consenties par le gouvernement. À l’époque, les partis d’opposition avaient unanimement dénoncé ce qu’ils considéraient comme une mauvaise gestion de la part de la CAQ.
Il est souligné que personne, au moment de la décote, n’avait soulevé la perspective d’un référendum comme facteur aggravant. Cet argument semble n’émerger qu’à l’approche du scrutin prévu à l’automne.
Une stratégie électorale de la peur ?
La montée de la « fièvre électorale » semble changer la donne. L’analyse suggère que l’argument référendaire est aujourd’hui brandi par les fédéralistes dans un but stratégique. Dans un contexte où la CAQ sera sans chef jusqu’en avril, ses élus sont dépeints comme des « électrons libres qui se permettent de dire n’importe quoi ».
L’auteur conclut que cette volonté d’insister sur la peur que susciterait un référendum est une stratégie qui pourrait se retourner contre ses initiateurs. Il estime que les fédéralistes, en agissant de la sorte, « insultent l’intelligence des Québécoises et des Québécois » et finissent par « se tirer dans le pied ».
Selon la source : journaldequebec.com