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Des scientifiques ont découvert par hasard une toute nouvelle espèce de fossile vivant
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une découverte inattendue dans les profondeurs

Les océans abritent une multitude d’organismes dont la classification réserve encore des surprises aux chercheurs. Une équipe de biologistes vient d’identifier une toute nouvelle espèce de chiton. Ce mollusque marin, qui passe la majeure partie de son existence accroché aux rochers, se nourrit principalement d’algues. L’analyse génétique a permis d’établir que ce spécimen épineux et cuirassé constitue une espèce à part entière, contrairement aux premières observations qui le classaient comme une simple sous-espèce.

La classe des Polyplacophores, à laquelle appartiennent les chitons, regroupe certaines des formes de vie les plus anciennes de notre planète. Apparus il y a environ 500 millions d’années, ces animaux sont fréquemment qualifiés de fossiles vivants. Leurs coquilles, constituées de plaques articulées, leur confèrent une apparence rappelant celle des isopodes ou des trilobites de l’Antiquité. Aujourd’hui, plus de 1 300 espèces de chitons sont répertoriées à travers le monde. Fait singulier dans l’histoire de l’évolution, le nombre d’espèces vivantes de chitons est actuellement supérieur au nombre d’espèces éteintes connues.

Le spécimen nouvellement identifié vient s’ajouter aux 940 espèces de chitons dont la structure n’a pratiquement pas évolué au cours des 300 derniers millions d’années. Cette stabilité morphologique témoigne d’une adaptation exceptionnelle à l’environnement marin, de la surface jusqu’aux abysses. Les spécialistes estiment que cette abondance d’espèces vivantes suggère la présence de nombreux autres spécimens marins qui attendent d’être identifiés par la communauté scientifique.

L’armure féroce de l’Acanthochitona

Cette nouvelle espèce a été baptisée Acanthochitona feroxa. Ce nom scientifique puise ses racines dans le terme latin « ferox », qui se traduit littéralement par « féroce » ou « hérissé ». Ce choix terminologique s’inspire directement de l’anatomie de l’animal : ce dernier est pourvu de touffes spécifiques qui rendent sa mastication particulièrement désagréable pour d’éventuels prédateurs marins. Sa coquille présente des teintes allant du brunâtre au verdâtre, facilitant son camouflage dans son habitat naturel.

Les chitons appartenant au genre Acanthochitona partagent plusieurs caractéristiques distinctives. On les observe généralement fermement fixés aux surfaces rocheuses. Ils se reconnaissent à leur coquille de forme ovale et aplatie, bordée de touffes de soies proéminentes. Ces éléments défensifs forment un bouclier vivant qui décourage la plupart des agressions dans leur écosystème.

Au-delà de ces spécificités, Acanthochitona feroxa possède les attributs communs à l’ensemble des Polyplacophores. Ces organismes sont généralement dotés de spicules pointus situés sur la partie dorsale de leur coquille. Pour s’alimenter, ils utilisent une radula. Cette structure, comparable à une langue, est recouverte de minuscules dents acérées. Elle leur permet de gratter efficacement les algues sur la surface des rochers, tout en ingérant divers micro-organismes, tels que les diatomées et les bryozoaires.

Le défi de l’identification et l’apport de la génétique

L’identification des chitons repose traditionnellement sur des critères morphologiques. Cette approche visuelle se heurte à des limites importantes, car les simples variations des traits physiques peuvent induire les scientifiques en erreur et conduire à des classifications inexactes. C’est précisément cette variabilité naturelle qui complique le travail des taxonomistes lorsqu’ils étudient les mollusques marins sur le terrain.

Pour surmonter cet obstacle, les biologistes sud-coréens Hyang Kim et Ui Wook Hang, chercheurs à l’Université nationale de Kyungpook en Corée, ont mené une vaste campagne de prélèvements. Ils ont collecté plusieurs spécimens d’Acanthochitona au large des côtes sud et ouest de la Corée du Sud. En examinant minutieusement ces échantillons, ils ont soupçonné la présence d’une espèce inédite dissimulée parmi le groupe récolté.

La confirmation de cette hypothèse a nécessité le séquençage du génome mitochondrial de l’animal. Les chercheurs privilégient cette méthode génétique car les mutations s’y propagent au sein d’une population sur une période relativement courte, offrant ainsi des données extrêmement fiables. Le génome du nouveau spécimen a ensuite été comparé à ceux de quatre autres espèces existantes d’Acanthochitona, validant définitivement son statut d’espèce distincte.

Sous l’œil du microscope électronique

Avant cette étude génétique, Acanthochitona feroxa était considéré comme une simple sous-espèce d’Acanthochitona defilippii. Cette confusion découlait de leurs fortes ressemblances morphologiques, incluant la couleur de la coquille et les touffes distinctives. Les deux organismes sont d’ailleurs très étroitement liés sur le plan évolutif, même s’ils ne partagent pas une relation d’espèce à sous-espèce.

Le doute s’est installé lorsque les biologistes ont observé des spicules dorsaux légèrement différents sur la coquille d’A. feroxa. L’utilisation d’un microscope électronique à balayage a permis de zoomer sur ces structures et de révéler qu’elles étaient arrondies, et non pointues comme chez les autres spécimens. Le même examen a mis en évidence des différences géométriques notables au niveau de la radula et des plaques de la coquille de l’animal.

L’utilisation des outils de génétique moléculaire a permis de clore le dossier avec certitude. Les chercheurs expliquent cette démarche dans leur étude récemment publiée dans la revue Marine Life Science & Technology : « Les résultats de cette étude peuvent fournir des données fondamentales pour les futures investigations moléculaires sur Acanthochitona, offrant des aperçus sur les génomes mitochondriaux complets de ces cinq espèces et leurs relations phylogénétiques. » Ils précisent : « Ces techniques moléculaires se sont révélées puissantes pour découvrir des espèces cryptiques au sein de groupes qui présentent des similitudes morphologiques. »

Une histoire évolutive forgée sur des millions d’années

L’histoire de ces mollusques s’inscrit dans les temps profonds de la Terre. La diversification de la classe des Polyplacophores a débuté il y a environ 378 millions d’années, au cours de la période du Dévonien. Cette époque charnière correspond au moment précis où les proto-tétrapodes, qui sont nos plus lointains ancêtres terrestres, commençaient tout juste à émerger des mers pour s’aventurer sur la terre ferme.

Le genre Acanthochitona, quant à lui, s’est développé beaucoup plus tard, il y a environ 92 millions d’années, durant le Crétacé supérieur. Les scientifiques estiment que l’élévation du niveau des mers et l’expansion des habitats marins peu profonds ont créé de nouvelles niches écologiques. Ces conditions inédites ont favorisé le développement des mollusques, dont les chitons, qui ont su s’adapter aussi bien aux eaux peu profondes qu’aux grandes profondeurs océaniques.

Le potentiel de découvertes futures reste immense dans ce domaine de la biologie marine. Ces fossiles vivants ont bénéficié de plusieurs éons pour se diversifier, adoptant potentiellement des formes que l’esprit humain n’a pas encore imaginées. Leurs capacités de camouflage leur permettent de se fondre parfaitement dans leur environnement rocheux, attendant simplement d’être identifiés par les prochaines expéditions scientifiques.

Selon la source : popularmechanics.com

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