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CAQ : l’équation impossible, même avec Christine Fréchette
Crédit: Side-by-side fusion: "2025-11-14 InaugurationREM Deux-Montagnes François Legault.jpg" by Lea-Kim licensed under CC BY-SA 4.0 via Wikimedia Commons + "Christine Fréchette (cropped).jpg" by TVA Nouvelles licensed under CC0 via Wikimedia Commons

Un parti au bord de l’implosion

L’avenir de la Coalition Avenir Québec (CAQ) semble s’inscrire dans une trajectoire sombre. Depuis l’annonce du départ de son chef fondateur, François Legault, le 14 janvier, le parti est en proie à une crise qui pourrait bien être fatale. Loin de provoquer un sursaut, la perspective de l’arrivée de Christine Fréchette à sa tête ne semble rien changer à la dynamique actuelle.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La moyenne des derniers sondages crédite la CAQ de seulement 15 % des intentions de vote. Une chute vertigineuse qui s’accompagne d’une projection alarmante : la possibilité de ne remporter aucun siège lors du prochain scrutin. Pire encore, le parti se voit désormais devancé par le Parti conservateur du Québec, un fait impensable il y a peu.

Ce contexte donne à la course à la direction des allures de mission impossible. L’analyse qui en découle est celle d’une formation politique comparée à un château de sable, sur le point d’être balayée et liquéfiée par une vague électorale déferlante.

L’hémorragie des départs et la relève sacrifiée

La liste des départs au sein de la CAQ est qualifiée d’hallucinante. Si les raisons personnelles sont souvent invoquées pour quitter la vie politique, une autre lecture s’impose : peu de députés sortants s’accrocheraient à leur poste s’ils ne croyaient pas avoir une chance raisonnable d’être réélus. Cette vague de départs est ainsi perçue comme un signe que même en interne, la confiance en une victoire future est au plus bas.

Qui pour les remplacer ? La prochaine élection verra probablement la CAQ présenter un alignement de candidats composé en grande partie de parfaits inconnus. Il s’agira essentiellement de jeunes attachés politiques et de militants dévoués, prêts à se sacrifier pour la cause. Dans le jargon politique, on les nomme des « poteaux » : des personnes qui acceptent de figurer sur un bulletin de vote pour rendre service, tout en étant pleinement conscientes qu’elles n’ont aucune chance de l’emporter.

Cette situation n’est pas nouvelle en politique québécoise. Les futurs candidats caquistes s’apprêtent à vivre ce que les candidats du Parti Québécois (PQ) endurent depuis toujours dans la circonscription de Westmount, ou ce que les candidats du Parti Libéral (PLQ) connaissent à Terrebonne : une défaite annoncée.

Une construction sans fondations solides ?

Lorsque des partis comme le PLQ ou le PQ subissent une défaite électorale cuisante, ils parviennent à survivre. Leur résilience s’explique par des structures profondes et distinctes. Le PQ repose sur un idéal, celui de la souveraineté, qui transcende les cycles politiques et continue de mobiliser une base fidèle. Le PLQ, de son côté, peut compter sur un socle électoral stable : les communautés allophones et anglophones lui garantissent un minimum d’environ 25 circonscriptions, même dans les pires moments.

La CAQ ne possède rien de tel. Sa structure est décrite comme une construction bancale dont la seule cohésion provenait d’un mortier : la personnalité de François Legault. Sans lui pour lier les différentes factions, la fragilité de l’édifice éclate au grand jour. L’unité n’était qu’une façade maintenue par un chef charismatique.

Le duel qui se dessine entre Christine Fréchette et Bernard Drainville pour sa succession en est la parfaite illustration. Qualifiée de confrontation « rouge contre bleu » ou « économique contre identitaire », cette course interne met en lumière l’absence de cohérence fondamentale au sein de ce qui reste du parti.

Christine Fréchette : l’illusion d’un effet salvateur

Malgré le marasme ambiant, Christine Fréchette semble bien partie pour remporter facilement la course à la direction de la CAQ. Pourtant, depuis le 14 janvier, la question se pose : a-t-on observé le moindre « effet Fréchette » dans l’opinion publique ? La réponse est non, et ce, en dépit d’une couverture médiatique jugée massive et parfois complaisante à son égard.

Le résultat de l’élection partielle dans Chicoutimi, jadis un château fort caquiste, est un indicateur brutal. Alors même que Madame Fréchette était omniprésente dans les médias, le parti n’y a récolté que 12 % des voix. Par ailleurs, son étiquette de « super » ministre de l’Économie, reprise de manière réflexive dans de nombreux cercles, est remise en question, bien que son parcours soit qualifié de parfaitement honorable.

Son avance sur Bernard Drainville pourrait s’expliquer par plusieurs facteurs. Monsieur Drainville est peut-être perçu comme trop abrasif, ou trop intimement lié à la question identitaire par l’aile plus affairiste du parti. À l’inverse, l’image sans aspérités de Christine Fréchette pourrait jouer en sa faveur.

La fin d’un « étrange détour » politique

L’idée d’un renouveau porté par la future cheffe est largement tempérée. Il n’y aura pas d' »effet Carney », en référence à Mark Carney qui aurait pu incarner un nouveau départ pour les libéraux fédéraux. La raison est simple : Christine Fréchette traînera inévitablement toutes les casseroles d’un gouvernement sortant que la population n’écoute plus. Elle ne représente pas une page blanche, mais la continuité d’un bilan usé.

Dans la mémoire collective québécoise, la CAQ pourrait finalement ne rester qu’un épisode singulier. Un « étrange détour par un sentier sinueux qui ne menait nulle part ». L’électorat, à un moment donné, a voulu essayer « autre chose » que les partis traditionnels. L’expérience a eu lieu.

Aujourd’hui, le constat semble sans appel pour certains observateurs, se résumant à une formule lapidaire : « Voilà, c’est fait. Merci, bonsoir. »

Selon la source : journaldemontreal.com

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