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Cette créature de 275 millions d’années avait une mâchoire totalement unique
Crédit: Vitor Silva; recadré par lanature.ca

Une découverte déroutante au cœur du Brésil

L’évolution ne suit pas un plan. Elle procède par changements aléatoires, que l’environnement valide ou non. Il n’est donc pas surprenant que les archives fossiles regorgent de spécimens aux formes pour le moins inattendues. Une nouvelle espèce, semblable à un amphibien, vient confirmer cette règle. Découverts au Brésil, ses fossiles révèlent une anatomie qui a longtemps laissé les scientifiques perplexes.

Ce qui frappe chez cette créature vieille de 275 millions d’années, c’est sa mâchoire. Les os sont tordus, et les dents semblent pousser sur les côtés. Une bizarrerie qui soulève immédiatement une question : pourquoi une telle conformation ? Après des années de recherche, les experts ont enfin une piste.

Tanyka amnicola, la mâchoire de la rivière

Cette nouvelle espèce a reçu le nom de Tanyka amnicola. Un baptême qui puise ses racines dans le territoire de sa découverte. « Tanyka » signifie « mâchoire » dans la langue indigène locale Guaraní, tandis que « amnicola » se traduit par « vivant près de la rivière ». Un hommage direct aux circonstances de sa mise au jour, dans un lit de rivière asséché près de l’Amazonie.

Le site est loin d’être inconnu des paléontologues. Des équipes scientifiques y mènent des recherches depuis 15 ans. C’est lors d’une de ces expéditions que le professeur Jörg Fröbisch, du Muséum d’histoire naturelle de Berlin, a mis la main sur une première mâchoire particulièrement énigmatique. Sa torsion et l’agencement étrange de ses dents ont immédiatement intrigué les chercheurs.

Une mécanique conçue pour broyer les végétaux

Les scientifiques ont d’abord pensé à une malformation. Mais l’étude de plusieurs spécimens a écarté cette hypothèse. Cette structure si particulière n’était pas un défaut, mais bien une adaptation cruciale, marquant un changement de régime alimentaire. La façon dont les dents s’agençaient semble avoir créé une surface de broyage parfaite pour les plantes.

Lorsque l’animal fermait la bouche, ses dents latérales entraient en contact, formant une râpe idéale pour décomposer des matériaux végétaux coriaces. Cette caractéristique est d’autant plus singulière que Tanyka était un lointain parent des vertébrés à quatre pattes, les tétrapodes, un groupe qui inclut les amphibiens, reptiles, oiseaux et mammifères actuels. À son époque, la plupart de ses proches parents étaient carnivores.

Cette adaptation à la consommation de plantes le démarque donc nettement. Cela ne signifie pas pour autant qu’il était un herbivore strict, mais sa morphologie témoigne d’une spécialisation alimentaire surprenante pour son temps.

Un survivant d’une lignée que l’on croyait éteinte

credit : Vitor Silva

L’étrangeté de Tanyka amnicola ne s’arrête pas à sa dentition. Son existence même est une surprise. L’animal appartenait à un groupe archaïque censé avoir prospéré 30 à 50 millions d’années plus tôt. Le découvrir dans des strates datant de 275 millions d’années signifie qu’il était une sorte de « fossile vivant » à sa propre époque.

Il est le représentant d’une lignée que les scientifiques ne pensaient pas avoir survécu aussi longtemps. Sa présence vient redessiner une partie de l’arbre généalogique des premiers tétrapodes et prouve la persistance de certaines branches que l’on croyait disparues. C’est une pièce inattendue dans le grand puzzle de l’évolution des vertébrés terrestres.

Le verdict des chercheurs : « C’est juste la façon dont il était fait »

Jason Pardo, auteur principal de l’étude et chercheur postdoctoral au Field Museum de Chicago, résume la double surprise. « Tanyka appartient à une ancienne lignée dont nous ne savions pas qu’elle avait survécu jusqu’à cette époque, et c’est aussi un animal vraiment étrange », explique-t-il. « La mâchoire a cette torsion bizarre qui nous a rendus fous en essayant de la comprendre. »

La certitude que cette anatomie était la norme pour l’espèce est venue avec le nombre de fossiles. « Nous nous sommes creusé la tête pendant des années, nous demandant s’il s’agissait d’une sorte de déformation, mais à ce stade, nous avons neuf mâchoires de cet animal, et toutes présentent cette torsion, y compris celles qui sont très, très bien conservées », poursuit Jason Pardo. « Ce n’est donc pas une déformation, c’est simplement la façon dont l’animal était fait. » L’étude détaillant ces conclusions a été publiée dans la revue scientifique Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences.

Selon la source : iflscience.com

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