L’astéroïde potentiellement dangereux 2024 YR4 ne s’écrasera finalement pas sur la Lune en 2032
Auteur: Mathieu Gagnon
Un rendez-vous manqué avec la Lune
Il y a des nouvelles qui laissent un goût étrange. L’astéroïde 2024 YR4 en fait partie. Ce bloc de roche, un peu plus large qu’une piscine olympique, avait d’abord semé l’inquiétude au début de l’année 2025, apparaissant comme une menace potentielle pour la Terre. Une analyse plus fine de sa trajectoire avait finalement écarté tout risque pour notre planète, mais pour ouvrir une autre perspective fascinante : une probabilité de 4,3 % qu’il percute la Lune en 2032.
L’excitation était palpable dans la communauté scientifique. Mais aujourd’hui, le verdict est tombé, confirmé par deux analyses indépendantes : la collision n’aura pas lieu. L’objet céleste, qui avait captivé l’attention des astronomes et des passionnés d’espace, va finalement poursuivre sa route, laissant derrière lui une pointe de déception.
L’œil de James Webb a tranché
Comment les astronomes en sont-ils arrivés à cette certitude ? La clé se trouve dans les observations récentes menées par des experts du Centre d’études des objets géocroiseurs (CNEOS) de la NASA. Ils ont utilisé pour cela le télescope spatial James Webb (JWST), l’instrument le plus puissant jamais envoyé dans l’espace. L’astéroïde était devenu invisible depuis le printemps de l’année dernière, et les scientifiques pensaient devoir attendre 2028 pour le repérer à nouveau.
C’était sans compter sur la perspicacité des chercheurs du Laboratoire de physique appliquée de l’Université Johns Hopkins. Ils ont réalisé qu’une fenêtre d’observation était possible pour le JWST entre le 18 et le 26 février de cette année. Ces nouvelles données, précieuses, ont permis d’affiner radicalement les calculs et de réduire l’incertitude sur sa trajectoire future.
Le résultat est sans appel. Le 22 décembre 2032, 2024 YR4 ne frappera pas la Lune. Il passera à une distance de 21 200 kilomètres (13 200 miles), avec une marge d’erreur de plus ou moins 700 kilomètres (435 miles). Un passage relativement proche à l’échelle cosmique, mais suffisamment lointain pour écarter tout impact.
Une double confirmation venue du passé
Pour asseoir cette conclusion, une autre équipe est parvenue à un résultat similaire de manière totalement indépendante. Les astronomes Sam Deen et Derek Lam ont partagé leurs calculs dans un article en prépublication, non encore évalué par leurs pairs. Le duo a estimé que l’astéroïde s’approcherait de la Lune à environ 22 000 kilomètres (13 670 miles), un chiffre cohérent avec celui de la NASA.
Leur méthode était différente. Ils ont utilisé des observations dites de pré-découverte. En fouillant dans d’anciennes archives de données astronomiques, ils ont retrouvé la trace de l’objet, qui mesure 60 mètres (197 pieds) de diamètre, dans des relevés datant de 2016. Ces informations ont été cruciales, bien avant sa découverte officielle le 27 décembre 2024.
Le fait que deux équipes, utilisant des données et des méthodes distinctes, arrivent au même résultat renforce considérablement la fiabilité de la prédiction. Le suspense est donc levé : il n’y aura pas de feu d’artifice sur la Lune en 2032.
Le spectacle scientifique qui n’aura jamais lieu
Pourquoi parler de déception ? Parce que cet impact aurait été une occasion scientifique inouïe. Pour la toute première fois, les chercheurs auraient pu observer en direct et de près une collision de grande ampleur. Un flash lumineux aurait été visible depuis la Terre, suivi de la formation probable d’un nouveau cratère d’environ un kilomètre de diamètre à la surface de la Lune.
L’énergie libérée aurait été colossale, équivalente à environ 6 millions de tonnes de TNT. La plupart des débris seraient retombés sur le sol lunaire, mais une partie aurait pu s’échapper et atteindre notre planète, créant une pluie de météores potentiellement visible pendant plusieurs jours. Richard Moissl, chef du Bureau de défense planétaire de l’ESA, confiait à IFLScience en février 2025 : « Ce serait visible depuis la Terre et il y aurait même de nouvelles météorites lunaires qui arriveraient sur Terre (rien de dangereux), mais il n’y a aucune garantie. Ce qui est sûr, c’est qu’un nouveau cratère lunaire observable en serait le résultat ! ».
Le scientifique planétaire Andrew Rivkin, de l’Université Johns Hopkins, partageait cet enthousiasme l’année dernière : « D’un point de vue scientifique, [l’impact] serait formidable. Ce serait une expérience naturelle. Les gens qui étudient les cratères d’impact dans le système solaire pourraient en voir un se former en direct. » Il ajoutait : « Et les gens qui étudient la Lune, s’ils pouvaient placer des sismomètres à des endroits stratégiques, pourraient apprendre toutes sortes de choses sur l’intérieur lunaire. Ce serait une opportunité potentiellement incroyable si la nature coopérait. »
Une mission accomplie pour la défense planétaire
S’il est permis d’être un peu déçu, il faut surtout se réjouir d’une chose : cette histoire prouve que le système de défense planétaire fonctionne. La menace que représentent les astéroïdes et les comètes est bien réelle, et de nombreux scientifiques travaillent sans relâche pour nous en protéger. Dans le cas de 2024 YR4, le processus a été exemplaire.
Andrew Rivkin le souligne parfaitement : « C’est un signe que le système et le processus que nous avons mis en place fonctionnent. Nous avons trouvé cet objet et des gens ont pu faire une multitude de mesures. Il ne nous frappera pas en 2032, mais si nous avions découvert qu’il allait nous frapper, nous serions bien placés pour faire quelque chose. » Cet astéroïde, qui nous a inquiétés quelques semaines en 2025, puis passionnés pendant des mois, devient ainsi un cas d’école réussi.
Le travail de surveillance continue. Le prochain passage de 2024 YR4 à proximité de la Terre est prévu pour 2028, ce qui permettra d’affiner encore plus sa trajectoire. Comme le conclut Andrew Rivkin : « Nous voulons poursuivre les recherches, nous voulons continuer le travail que nous faisons, mais le public peut savoir que nous avons mis en place un système et que ce système fonctionne ! ». Un message rassurant pour l’avenir.
Selon la source : iflscience.com