Une alerte maximale pour une menace fantôme

Une simple information a suffi pour déclencher une opération de sécurité majeure au Canada et aux États-Unis mercredi dernier. La crainte d’un détournement d’avion par des terroristes a provoqué un véritable branle-bas de combat, mobilisant des avions de chasse CF-18 et F-16 ainsi que des forces d’intervention au sol. Au cœur de cette tension : un vol commercial potentiellement menacé.
Les autorités des deux pays sont particulièrement sur le qui-vive depuis le début de la guerre contre l’Iran, redoutant des actions violentes. Pendant plusieurs heures, tous les scénarios ont été envisagés. Pourtant, comme l’a appris La Presse, la menace s’est finalement révélée totalement non fondée, laissant place à de nombreuses questions.
La réponse policière s’organise au Québec

C’est aux alentours de midi, mercredi, que l’alerte a retenti au sein des services de police québécois. Plusieurs sources, qui n’étaient pas autorisées à s’exprimer publiquement, ont confirmé à La Presse la nature de l’information reçue. Elle faisait état de la présence possible de plusieurs terroristes munis d’explosifs à bord d’un appareil commercial en provenance d’Oslo et à destination des États-Unis. L’avion devait survoler le Québec.
Face à ce signalement, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et la Sûreté du Québec (SQ) ont immédiatement activé la Structure de gestion policière contre le terrorisme (SGPCT). Ce dispositif de collaboration spéciale, qui inclut aussi le Service de police de la Ville de Montréal, a été mis en place après les attentats du 11 septembre 2001 pour gérer les menaces d’attentats.
En prévision d’un atterrissage forcé, des membres du Groupe tactique d’intervention ont été placés en état d’alerte, prêts à intervenir sur le sol québécois. Des experts négociateurs étaient également mobilisés et disponibles en cas de besoin.
Des chasseurs dans le sillage du vol commercial

L’alerte a également été prise très au sérieux dans les airs. Le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord, plus connu sous son acronyme anglais NORAD, a confirmé avoir fait décoller des avions de chasse. Leur mission : suivre à distance le vol qui suscitait l’inquiétude, prêts à intervenir à tout moment. Pour assurer une couverture continue, un avion ravitailleur a été dépêché afin de leur permettre de rester en vol aussi longtemps que nécessaire.
La majore des Forces armées canadiennes Jennie Derenzis, porte-parole du NORAD, a détaillé le dispositif. « Par mesure de précaution, des avions du NORAD du Canada (deux CF-18) et des États-Unis (un KC-135 et deux F-16) ont répondu à une menace rapportée à bord d’un avion de ligne commercial », a-t-elle déclaré.
Ces appareils militaires, bien plus rapides et manœuvrables, se sont maintenus à une distance de sécurité. Il est donc très probable que les passagers du vol commercial n’aient jamais eu conscience de cette escorte armée. Selon les informations obtenues par La Presse, les chasseurs canadiens provenaient de la base de Bagotville, au Saguenay–Lac-Saint-Jean.
Atterrissage à Newark et début de l’enquête
Finalement, le vol a poursuivi sa route sans encombre. La majore Jennie Derenzis a précisé le déroulement de l’escorte : « Les avions du NORAD ont surveillé l’avion de ligne à distance alors qu’il passait à travers l’espace aérien du Canada et des États-Unis, respectivement. L’avion de ligne a atterri en sécurité à sa destination, sans incident. » Selon les sources de La Presse, l’appareil a terminé son voyage à Newark, au New Jersey.
Une fois au sol, des vérifications ont été effectuées. Le verdict est tombé : aucun terroriste, ni aucun explosif ne se trouvait à bord. Bien que l’information se soit révélée fausse, une enquête a été ouverte au Canada. L’Équipe intégrée de la sécurité nationale, pilotée par la GRC, a été chargée de remonter à l’origine de la menace.
Interrogée à ce sujet vendredi, la GRC n’était pas en mesure de commenter publiquement le dossier. Pour l’heure, il n’a pas été possible de déterminer si l’information transmise aux policiers relevait d’une erreur de bonne foi ou d’un acte malveillant destiné à inquiéter volontairement les autorités.
Un contexte sécuritaire mondial sous haute tension
Cette mobilisation d’envergure s’inscrit dans un climat d’alerte généralisé. En Europe comme aux États-Unis, plusieurs responsables gouvernementaux ont affirmé que le risque d’attaques terroristes en soutien à l’Iran avait augmenté depuis le déclenchement de la guerre par les forces américaines. Chaque menace potentielle est donc traitée avec le plus grand sérieux.
La semaine dernière, le directeur du FBI, Kash Patel, a indiqué sur les réseaux sociaux avoir ordonné aux équipes antiterroristes du Bureau d’être « en état d’alerte élevé ». Il a demandé la mobilisation de toutes les ressources nécessaires en raison de la situation au Moyen-Orient.
Ce sentiment est partagé de l’autre côté de l’Atlantique. L’agence Europol, qui assure la coordination des actions policières au sein de l’Union européenne, a également déclaré à la chaîne télévisée Euronews que la guerre avait eu des répercussions sur la situation sécuritaire, entraînant une hausse du risque d’attentat sur le continent.
Selon la source : lapresse.ca