Carney : le Canada n’est pas impliqué dans la guerre et ne prévoit pas d’y participer
Auteur: Simon Kabbaj
featured image: IMAGE_PROMPT: Caricature artistique de la ministre des Affaires étrangères Anita Anand et du Premier ministre Mark Carney, dos à dos, regardant des cartes du Canada et du Moyen-Orient sous un éclairage dramatique. Style peinture numérique, traits fins et expressifs, symbolisant un dilemme diplomatique.
Un soutien sous conditions : pas de « chèque en blanc » pour les alliés

Alors que la guerre en Iran approche de son septième jour, le Canada affiche une position ferme mais prudente. La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a clairement indiqué vendredi que les États-Unis et Israël ne bénéficiaient pas d’un « chèque en blanc » dans leur campagne de bombardement. S’exprimant lors d’une conférence de presse virtuelle destinée à faire le point sur l’aide aux Canadiens dans la région, elle a martelé un principe fondamental : le droit international s’applique à tous.
« Le droit international lie toutes les parties et il n’y a pas de chèque en blanc, en ce qui concerne l’opération qui est menée », a déclaré la ministre aux journalistes. Cette déclaration souligne la volonté d’Ottawa de maintenir une distance critique vis-à-vis des actions de ses plus proches alliés, tout en naviguant dans une crise régionale explosive.
Dans ce contexte tendu, le gouvernement s’efforce également de gérer les répercussions sur ses propres citoyens. Plus de 108 000 Canadiens et résidents permanents se sont enregistrés auprès d’Affaires mondiales Canada dans la région, un chiffre qui illustre l’ampleur des enjeux humains.
Des fissures au sein du caucus libéral ?

CC BY 3.0, via
Wikimedia Commons.
La position du gouvernement ne fait pas l’unanimité, y compris au sein du parti au pouvoir. Anita Anand devait s’entretenir vendredi avec les membres du caucus libéral pour leur fournir des informations à relayer à leurs électeurs cherchant de l’aide au Moyen-Orient. Mais cette réunion devait aussi aborder la position officielle du Canada sur la guerre elle-même.
Plusieurs députés libéraux ont publiquement exprimé leur malaise face au soutien initial du Premier ministre Mark Carney à la décision de Washington de lancer la guerre le week-end dernier. Face à ces divergences, Anita Anand a affirmé accueillir favorablement la diversité des points de vue au sein de son caucus. Elle a cependant tenu à rappeler le contexte : deux décennies de pourparlers visant à empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire.
Cette situation met en lumière un débat interne complexe. D’autres voix, comme celle du député libéral Will Greaves, insistent sur la nécessité pour le Canada de faire preuve de cohérence pour défendre sa souveraineté et les principes du droit international. Une photo d’archives accompagnant le texte source montre Anita Anand lors d’une intervention à la Conférence d’Ottawa sur la défense et la sécurité le mercredi 4 mars 2026.
Entre accusations et pressions diplomatiques

La position du gouvernement est attaquée sur plusieurs fronts. L’opposition conservatrice accuse Ottawa de louvoyer. Pendant ce temps, certains analystes avancent une autre théorie : les libéraux ménageraient Washington pour éviter une suspension de l’accord commercial continental ACEUM. D’autres encore remettent en question la stratégie diplomatique d’Ottawa, arguant que le gouvernement Carney a implicitement accepté l’affirmation américaine selon laquelle la diplomatie était inefficace pour empêcher l’Iran d’obtenir la bombe nucléaire.
Anita Anand répond à ces critiques en se réfugiant derrière le droit international et en affirmant que le Canada œuvre à la désescalade. « La sécurité des civils est de la plus haute importance », a-t-elle insisté. « Et dans cet esprit, la désescalade est au premier plan de chaque conversation que j’ai avec nos partenaires au Moyen-Orient et dans le Golfe. » Elle a rappelé que le Canada avait sanctionné les dirigeants iraniens et participé activement aux mesures diplomatiques visant à démanteler le programme nucléaire de Téhéran. « Nous croyons qu’il faut faire notre part pour une plus grande stabilité », a-t-elle ajouté.
Le parcours du gouvernement a été sinueux. Après le début des attaques américaines le 28 février, Anita Anand avait d’abord refusé de se prononcer sur la légalité de la campagne de bombardement. Le 3 mars, lors d’une conférence de presse en Australie, c’est Mark Carney qui avait finalement admis que les frappes aériennes violaient probablement le droit international, exprimant son soutien à la mission avec « regret ».
L’option militaire : une porte entrouverte, mais pas franchie

La question d’une implication militaire canadienne, même défensive, reste en suspens. Interrogée sur la possibilité d’aider les États du golfe Persique à se défendre contre les bombardements iraniens, Anita Anand a préféré attendre l’avis de la générale Jennie Carignan, cheffe d’état-major de la Défense. S’exprimant jeudi lors d’une conférence sur la défense à Ottawa, la générale Carignan a confirmé qu’une réunion était prévue tôt vendredi matin entre les armées alliées pour discuter d’une telle proposition. Elle a précisé que les Forces armées canadiennes présenteraient ensuite une recommandation au gouvernement.
Toutefois, la générale a souligné deux points importants : toute aide serait strictement défensive, et il n’était pas encore certain que les États du Golfe aient besoin ou même souhaitent cette aide. Le Canada maintient actuellement environ 200 militaires au Moyen-Orient. La ministre Anand a réitéré qu’il n’y avait aucun plan imminent pour que les troupes ou les navires canadiens jouent un rôle actif dans le conflit. « Nous n’anticipons pas d’implication militaire pour le moment », a-t-elle déclaré.
La situation sur le terrain reste volatile. Jeudi, le Koweït a activé ses systèmes de défense aérienne après que des missiles ont été tirés en direction du pays. Des vidéos sur les réseaux sociaux ont montré une explosion présumée sur la base aérienne Ali al-Salem, une information que l’armée de l’air américaine n’avait pas confirmée vendredi. Or, selon des documents réglementaires, le Canada dispose d’un centre de soutien opérationnel sur cette même base.
La ligne officielle de Carney : « Nous n’avons pas l’intention de nous engager »

Depuis Tokyo, le Premier ministre Mark Carney a mis les points sur les i. S’adressant aux journalistes samedi (vendredi, heure du Canada) à la fin d’une tournée dans trois pays, il a été catégorique. « Nous ne sommes pas engagés dans le conflit. Nous n’avons pas l’intention de nous engager », a-t-il affirmé, précisant qu’aucune demande d’assistance militaire n’avait été reçue et qu’il ne s’attendait pas nécessairement à en recevoir. Une photo d’archives montre le Premier ministre lors de ce point de presse au Japon, le samedi 7 mars 2026.
Le Premier ministre a ensuite clarifié le rôle du Canada : « Ce que nous faisons, là où nous sommes engagés, c’est de gérer les conséquences du conflit, des conséquences qui continuent de se propager dans la région et, dans une certaine mesure, au-delà, dans la région indo-pacifique. » Il a également rappelé que toute décision d’engagement militaire relèverait du gouvernement, et non des forces armées. Interrogé en français sur une possible implication, il a évoqué un scénario où le Canada fournirait une aide défensive à un allié de l’OTAN, tout en précisant qu’un tel scénario n’existait pas à l’heure actuelle.
Plus tôt dans la semaine, Mark Carney avait déclaré ne pas pouvoir exclure « catégoriquement » une participation militaire si des alliés la demandaient, qualifiant cependant cette perspective d' »hypothèse fondamentale ». Depuis Montréal, le ministre de la Culture, Marc Miller, a apporté son soutien à la ligne du Premier ministre : « Nous soutenons les déclarations du Premier ministre et notre priorité numéro un est de nous assurer que les Canadiens restent en sécurité. »
Créé par des humains, assisté par IA.