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Sondages : pourquoi le Parti Québécois peine-t-il à creuser l’écart ?
Crédit: Alexis G., Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Une course au coude-à-coude inattendue

Il y a quelques semaines, l’idée semblait folle. Une remarque d’un collègue de travail prédisant une victoire des libéraux aux prochaines élections provinciales avait alors suscité l’incrédulité. « Voyons donc, t’es complètement cinglé », fut la réponse. Pourtant, aujourd’hui, cette prévision apparaît sous un nouveau jour.

Les plus récents sondages sur les intentions de vote placent le Parti Québécois (PQ) et le Parti Libéral du Québec (PLQ) dans un mouchoir de poche, à 31 % et 30 % respectivement. Cet écart infime rend l’hypothèse d’un retour des libéraux non seulement vraisemblable, mais pour certains, réaliste.

Le style Plamondon : force ou faiblesse ?

Face à cette situation, il serait tentant d’attribuer les difficultés du PQ à des facteurs externes, comme la politique de Trump, ses tarifs ou la guerre déclenchée en Iran. Cependant, une analyse suggère que le parti doit aussi se pencher sur ses propres dynamiques internes pour comprendre ce mince écart qui le sépare des troupes de Charles Milliard.

Le style du chef, Paul St-Pierre Plamondon, est souvent évoqué. Reconnu comme un homme de principes qui ne cède pas sous la pression, une qualité appréciée des Québécois, ce trait de caractère présenterait aussi un revers. Il peut parfois paraître « dogmatique, sentencieux et, oui, soupe au lait ». Cette perception est celle d’un dirigeant qui cherche toujours à avoir raison.

Ses échanges réguliers sur les médias sociaux avec ce que le texte source qualifie de « militants wokes » soulèvent des questions. Pourquoi s’engager dans de tels débats ? Tenter de raisonner des interlocuteurs dont l’influence ne dépasserait pas le Plateau-Mont-Royal est comparé à « essayer d’apprendre à compter à une spatule », une perte de temps. La question est posée : le chef du PQ n’a-t-il pas de meilleures priorités ?

La leçon de la Révolution américaine

Un détour par l’histoire, via la série documentaire de Ken Burns « The American Revolution » diffusée sur PBS, offre une perspective intéressante. Contrairement à la croyance populaire, en 1776, la majorité des Américains ne souhaitait pas se séparer de l’Empire britannique. Seule l’élite intellectuelle du mouvement, composée de figures comme John Adams, Thomas Jefferson ou Benjamin Franklin, aspirait à l’indépendance.

Le reste de la population, les paysans et les commerçants, avait des préoccupations bien plus terre à terre. Leur principal souhait était que le régime britannique cesse de les « étrangler avec des taxes et des impôts prohibitifs ». Transformer les colonies en un pays indépendant était le cadet de leurs soucis. Ils sont décrits comme les « caquistes de l’époque ».

Pour rallier le peuple à leur cause, les intellectuels indépendantistes ont dû changer de stratégie. Ils ont dû « descendre de la montagne » pour prouver aux Américains « ordinaires » que l’indépendance allait concrètement améliorer leur sort et les enrichir. La question centrale était : en quoi l’indépendance allait-elle régler leurs problèmes pratico-pratiques et améliorer leur vie de tous les jours ?

Le Québec ou les Québécois : une question de priorités

Cette approche pragmatique trouve un écho dans une formule proposée par le chroniqueur Marc Boilard lors de son passage à l’émission quotidienne du 99,5 FM QUB radio : « Il faut que les indépendantistes s’intéressent moins au Québec et plus aux Québécois. » L’idée est de délaisser l’abstraction et le concept pour s’adresser directement aux gens et à leurs problèmes.

Les sondages sont formels sur les préoccupations actuelles des Québécois. Trois sujets dominent : le pouvoir d’achat, la santé et le logement. En comparaison, les thèmes liés à l’identité, comme la langue, la culture ou la laïcité, se retrouvent bien plus bas dans la liste des priorités, « au fond de la cave », au même niveau que l’environnement. C’est une réalité factuelle, que l’on puisse ou non la déplorer.

Pour que Paul St-Pierre Plamondon parvienne à élargir la base souverainiste, la conclusion est qu’il doit démontrer, chiffres à l’appui, comment l’indépendance se traduirait par des améliorations tangibles. Comment réduirait-elle le temps d’attente dans les urgences ? Comment faciliterait-elle l’accès au logement ? Le combat ne se gagnera ni sur Twitter, ni sur Facebook, ni « dans les hautes sphères des débats d’idées », mais bien « sur le plancher des vaches ». Cela exigera plus que la certitude d’avoir raison ; cela demandera de l’écoute et de l’humilité.

Le vote francophone sous la loupe

L’analyse des chiffres du dernier sondage Léger offre un éclairage plus précis sur l’électorat. Les nationalistes québécois ont rapidement souligné un chiffre : seuls 19 % des francophones choisiraient le PLQ, contre 39 % pour le PQ. Ce chiffre est interprété comme la preuve que le parti de Charles Milliard demeure avant tout le parti des anglophones et des allophones.

Cependant, une autre lecture de ces mêmes données est proposée. Si 39 % des francophones appuient le PQ, cela signifie a contrario que 61 % d’entre eux ne votent pas pour ce parti. Cette observation pousse à se demander pourquoi une majorité de l’électorat francophone ne se tourne pas vers la formation souverainiste. La question est posée : est-ce que des facteurs externes comme la guerre en Iran suffisent à expliquer ce phénomène ?

En toile de fond, la scène internationale

Le contexte international, et notamment l’intervention américaine en Iran, a été évoqué comme un facteur d’influence. À ce sujet, la championne d’échecs iranienne Mitra Hejazipour a livré un message direct à ceux qui critiquent cette intervention. Elle déclare : « Depuis près d’un demi-siècle, les Iraniens vivent sous un régime qui emprisonne, torture et tire sur sa propre population. Les Iraniens ont déjà tout risqué. Ils sont descendus dans la rue à de multiples reprises, les mains nues, au prix de leur liberté, de leur vie, parfois de celle de leurs proches. »

Elle poursuit : « Combien de morts faudra-t-il encore pour que certains comprennent qu’il ne s’agit pas d’un régime réformable ? À un moment, soutenir la chute d’un pouvoir pareil, ce n’est pas être belliciste : c’est reconnaître une nécessité historique et humaine. Les Iraniens n’ont pas de leçons à recevoir de gens qui n’ont jamais risqué leur vie face aux mollahs. »

Dans ce même dossier, la position du premier ministre Mark Carney est qualifiée d’hésitante. Il a d’abord appuyé sans réserve l’action américaine, avant de se raviser face aux critiques pour reprocher à Trump de ne pas avoir respecté « le droit international ». Finalement, il a annoncé ne pas exclure une participation canadienne à la guerre. Une valse-hésitation résumée par la formule : « Deux pas en avant, deux pas en arrière, cha-cha-cha ! ».

Selon la source : journaldemontreal.com

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