Une popularité en trompe-l’œil ?

Le constat est sans appel. Jamais le soutien à la souveraineté n’a semblé aussi faible, y compris chez les électeurs francophones. Un creux historique qui surprend, alors que se profile une élection cruciale dans quelques mois. C’est un paradoxe de taille pour le Parti Québécois qui, depuis deux ans, caracole pourtant en tête des sondages.
Cette situation complexe place son chef, Paul St-Pierre Plamondon, dans une position délicate. Il s’est en effet engagé, la main sur le cœur, à déclencher un référendum sur l’indépendance s’il remporte le scrutin. Mais l’idée, même présentée avec un ton modéré et un langage tempéré, semble rebuter de nombreux électeurs. Une réticence que le chef péquiste a lui-même pu constater sur le terrain, lors de ses campagnes de porte-à-porte.
Le pari de la fermeté face aux conseils de prudence
Paul St-Pierre Plamondon a fait le choix de la clarté. Il tenait à se démarquer radicalement de ses prédécesseurs, souvent accusés de louvoyer sur leur feuille de route vers la souveraineté. En affichant une position claire et affirmative, il a forgé cette image de « chevalier intègre et courageux » qui a largement contribué à son succès jusqu’à présent.
Cette stratégie l’a toutefois mis en porte-à-faux avec l’un de ses plus illustres aînés, Lucien Bouchard. L’ancien premier ministre lui avait conseillé de ne pas « s’encarcaner dans une promesse référendaire trop rigide ». Une suggestion que le chef actuel n’avait pas appréciée à l’époque. Pourtant, la sagesse de Lucien Bouchard pourrait bien se vérifier. Se lier les mains en politique est un pari risqué, tant le contexte peut évoluer rapidement.
L’humeur collective, ce baromètre du changement
Pour les convaincus de l’idéal souverainiste, son bien-fondé ne varie pas au gré des aléas de l’actualité internationale. Mais lorsqu’il s’agit d’entraîner une majorité de la population dans un tel projet, la donne change. Le contexte général devient un facteur déterminant, capable d’influencer profondément l’état d’esprit collectif.
Il y a des époques propices au changement. Des moments d’optimisme ambiant où un sentiment que « tout est possible » peut s’emparer d’une société. À l’inverse, il existe des périodes plus sombres, marquées par le pessimisme ou l’anxiété. Dans ces moments-là, le réflexe général est plutôt à la prudence face à l’inconnu et aux menaces perçues.
1995, un autre monde : retour sur une époque d’espoirs
Quiconque a participé au référendum de 1995 se souvient d’un tout autre climat. La décennie précédente avait donné l’impression vertigineuse que l’histoire s’accélérait, et dans le bon sens. La chute du mur de Berlin, en 1989, avait marqué la fin du rideau de fer et de la division de l’Europe.
Deux ans plus tard, la dissolution de l’Union soviétique sonnait officiellement le glas de la Guerre froide. Le monde basculait d’une tension permanente sous menace nucléaire à un nouvel ordre international. L’espoir dominait alors : celui de voir la démocratie libérale et l’économie de marché s’étendre progressivement à toute la planète. Cet esprit s’est aussi incarné dans la fin de l’apartheid en Afrique du Sud et l’élection de Nelson Mandela en 1994, victoire pacifique contre un régime d’oppression raciale. C’était une période où des dictatures tombaient et où de nouveaux pays voyaient le jour.
Défendre l’indépendance à l’heure des nouvelles menaces
Aujourd’hui, le décor a radicalement changé. Les péquistes se retrouvent avec la tâche ingrate de promouvoir un projet d’indépendance dans un climat de guerre et de réarmement nucléaire. À ces tensions mondiales s’ajoutent les menaces que Donald Trump fait peser sur le Canada, un voisin direct et un partenaire essentiel.
Dans ce contexte chargé d’inquiétudes, les adversaires de Paul St-Pierre Plamondon n’ont même pas besoin d’inventer des épouvantails pour susciter la peur. Le climat ambiant suffit à nourrir la prudence et à rendre tout projet de rupture beaucoup plus difficile à vendre.
Selon la source : journaldemontreal.com