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Guerre à Ormuz : pourquoi le conflit menace aussi nos assiettes
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une guerre aux conséquences planétaires

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Depuis le 28 février 2026, le Moyen-Orient est à nouveau le théâtre d’un conflit armé. Les bombes tombent à un rythme régulier sur l’Iran et les pays voisins, suite à une offensive lancée par les États-Unis et Israël. Loin de se cantonner à une zone géographique, les répercussions de cette guerre se font déjà sentir à l’échelle mondiale, plongeant la région entière dans une spirale de chaos.

Dans la nuit du 5 au 6 mars 2026, le Liban a été frappé par Israël, illustrant l’extension rapide des hostilités. Au cœur de cette crise se trouve le détroit d’Ormuz, un passage stratégique aujourd’hui quasiment fermé. Si l’attention se porte souvent sur le pétrole, un autre secteur vital est directement menacé : l’agriculture, et par extension, la sécurité alimentaire de la planète.

Deux experts, Nima Shokri, professeur d’ingénierie, et Salome M. S. Shokri-Kuehni, maîtresse de conférence en ingénierie environnementale, ont analysé la situation dans la revue The Conversation. Leur conclusion est sans appel : le conflit pourrait déclencher une grave crise alimentaire mondiale en perturbant la distribution d’engrais.

Le détroit d’Ormuz, bien plus que du pétrole

Le détroit d’Ormuz est un point de passage névralgique pour l’économie mondiale. Chaque jour, un cinquième de la production planétaire de pétrole et de gaz y transite. Son blocage, même partiel, a donc un impact immédiat sur les marchés de l’énergie. Mais sa fermeture met en péril une autre chaîne d’approvisionnement, moins médiatisée mais tout aussi cruciale : celle des fertilisants agricoles.

La majorité des engrais modernes sont fabriqués à base d’urée, une forme de nitrogène. Le processus de fabrication est complexe : l’urée est créée à partir d’ammoniac, qui est lui-même issu d’une transformation chimique du méthane. Or, une part considérable de cette production est concentrée dans les pays du golfe Persique.

La raison est économique. La région offre un accès au gaz naturel parmi les moins chers du monde, ce qui a favorisé l’implantation de nombreuses usines de transformation. C’est ainsi que le golfe Persique est devenu une plaque tournante incontournable pour la fabrication des composants essentiels à l’agriculture intensive.

Un tiers de l’urée mondiale sous la menace des bombes

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Les chiffres illustrent l’ampleur du problème. Un tiers de toute l’urée utilisée sur la planète transite par le détroit d’Ormuz. Depuis le début du conflit avec l’Iran, 90 % des passages ont déjà été bloqués. La menace d’une fermeture totale plane désormais sur la région, avec des conséquences qui seraient désastreuses.

Si ce scénario venait à se concrétiser, le monde entier ferait face à d’importants retards de livraison non seulement en urée, mais aussi en ammoniac et en gaz naturel liquéfié. Pour les agriculteurs, l’équation serait simple et brutale : sans engrais, les rendements s’effondrent. Ceux qui parviendraient à s’en procurer devraient faire face à une flambée des prix, qu’ils seraient contraints de répercuter sur leurs produits.

Le blocage du détroit ne signifie donc pas seulement une hausse du prix du carburant. Il annonce potentiellement une augmentation généralisée du coût des denrées alimentaires, rendant l’accès à la nourriture plus difficile pour des millions de personnes.

Des nations entières prises en otage

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Face à une telle crise, tous les pays ne sont pas égaux. Certains disposent de stocks stratégiques d’engrais pour faire face à des pénuries temporaires. Mais beaucoup d’autres sont dans une situation de dépendance critique vis-à-vis des importations du golfe Persique. Le Brésil en est un exemple frappant.

Ce géant agricole, qui produit une part considérable du soja et du maïs consommés dans le monde, dépend massivement des importations de nitrogène et de phosphate en provenance de cette région. Une rupture d’approvisionnement aurait un effet domino sur toute la filière agro-alimentaire mondiale. Même des puissances comme l’Inde ou les États-Unis, qui possèdent leurs propres usines de production d’engrais, ne sont pas à l’abri : elles importent une grande partie de la matière première du Moyen-Orient.

Sans fertilisants, la production alimentaire mondiale subira inévitablement un choc sévère. Et comme souvent dans les crises mondiales, ce sont les pays les plus pauvres, déjà fragilisés, qui seront les premiers et les plus durement touchés par cette insécurité alimentaire grandissante.

La gestion d’un détroit, un enjeu humanitaire

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La gravité de la situation a conduit le secteur maritime à réagir. Ce jeudi 5 mars, le détroit d’Ormuz a été officiellement classé comme « zone d’opérations de guerre ». Cette classification a des implications juridiques importantes, notamment pour les équipages des navires.

Elle accorde aux marins des droits supplémentaires, dont celui d’être rapatriés s’ils estiment leur sécurité menacée. Cependant, si cette mesure protège les personnes, elle ne résout en rien le problème fondamental des chaînes d’approvisionnement. Les navires restent bloqués et les marchandises ne circulent plus.

La gestion de ce passage maritime dépasse donc largement les seuls enjeux militaires ou énergétiques. Elle est devenue un enjeu humanitaire. La communauté internationale doit prendre en compte l’impact direct de ce conflit sur la nourriture de la population mondiale, car derrière les stratégies géopolitiques se profile le spectre d’une crise alimentaire aux conséquences incalculables.

Selon la source : geo.fr

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