Un cas médical qui défie l’entendement
En Inde, une histoire aussi rare qu’extraordinaire a stupéfié le monde médical. Un adolescent de 17 ans a subi une opération pour être séparé d’un jumeau parasite pesant 15 kg, qui s’était développé à l’intérieur de son propre corps depuis sa naissance. Cet événement, qualifié de « cas exceptionnel », soulève une question fascinante : comment une telle anomalie a-t-elle pu grandir en silence pendant tant d’années ?
Originaire d’un village reculé de l’Uttar Pradesh, le jeune homme a longtemps été perçu comme une curiosité locale. Des membres qui n’étaient pas les siens dépassaient de son abdomen, une particularité qui a finalement conduit les médecins à poser un diagnostic presque inédit. L’histoire a capté l’attention internationale lorsque des chirurgiens indiens ont pris la décision de tenter une intervention chirurgicale rarissime pour lui offrir une nouvelle vie.
Vivre avec le poids d’un autre
Pendant dix-sept ans, l’existence de cet adolescent a été définie par cette anomalie. Selon les informations rapportées par la BBC et plusieurs médias indiens, il a vécu avec « deux jambes entièrement formées, des fesses et des organes génitaux externes dépassant de son abdomen ». Ces membres n’étaient pas inertes ; connectés à son système nerveux, ils lui faisaient ressentir « la douleur, le toucher et les changements de température ».
Cette condition a eu des conséquences dévastatrices sur sa vie sociale. Confronté aux moqueries constantes, à une gêne physique pour marcher et à un sentiment de honte, il a été contraint d’abandonner l’école. Sa vie s’est alors repliée sur elle-même, dans un isolement quasi total, loin du regard des autres.
L’opération qui a changé une vie

Le 8 février 2025, à l’hôpital AIIMS de New Delhi, une équipe chirurgicale menée par le docteur Asuri Krishna s’est lancée dans une intervention de deux heures et demie. L’objectif : retirer la masse de 15 kg correspondant au jumeau parasite. Mais le défi s’est avéré immense. Au bloc opératoire, une complication majeure est survenue : 30 à 40 % du sang de l’adolescent se sont soudainement dirigés vers la masse parasite, provoquant une chute de tension dangereuse pour sa vie.
La rareté d’une telle chirurgie sur un patient de cet âge a été soulignée par le chirurgien lui-même. « Seuls 40 à 50 cas de jumeaux parasites ont été documentés dans la littérature médicale mondiale et, dans ces cas, l’opération avait été tentée sur des enfants », a expliqué le docteur Asuri Krishna, cité par la BBC. Malgré les risques, l’opération fut un succès. Après seulement quatre jours d’hospitalisation, l’adolescent a pu rentrer chez lui, confiant au journal Indian Express : « Un nouveau monde s’est ouvert à moi ».
Qu’est-ce qu’un jumeau parasite, ou « fœtus in fœtu » ?

Ce phénomène médical est connu sous le nom de « fœtus in fœtu ». Il s’agit d’une anomalie extrêmement rare, touchant environ un nouveau-né sur 500 000, avec moins de 200 cas décrits dans la littérature scientifique. Pour le docteur Gérald Kierzek, directeur médical de Doctissimo, « Le jumeau parasite, également appelé « fœtus in fœtu » ou « ischiopagus », est une anomalie rare qui peut survenir lors d’une grossesse gémellaire. Particulièrement chez les jumeaux monozygotes. Ce phénomène se produit lorsqu’un embryon absorbe l’autre au cours du développement fœtal ».
L’embryon absorbé ne disparaît pas complètement. Il reste connecté à son jumeau hôte et, nourri par sa circulation sanguine, il peut continuer à se développer partiellement. C’est ainsi qu’il peut prendre forme au fil des années. « Il peut présenter des structures anatomiques reconnaissables comme des os, des membres, des doigts et des ongles », confirme le docteur Gérald Kierzek. Chez les patients, cela peut se manifester par une masse visible, des douleurs abdominales ou des vomissements.
Plusieurs signes peuvent alerter les médecins sur la présence d’un tel phénomène :
- Masse ou gonflement dans l’abdomen
- Maux de tête, nausées ou vomissements inexpliqués
- Difficultés respiratoires en cas de compression thoracique
Parasite, siamois ou tumeur : les nuances du diagnostic

Pour les médecins, il est crucial de distinguer un jumeau parasite d’autres anomalies. La confusion est possible avec une tumeur appelée tératome. Le docteur Kierzek précise la différence fondamentale : « A noter que ce jumeau parasite diffère d’un tératome, qui est une tumeur sans colonne vertébrale ni membres ». Le tératome se forme à partir de cellules germinales et constitue une masse désordonnée pouvant contenir des cheveux, des dents, de la peau ou du cartilage. Il s’agit bien d’une tumeur, qui peut être bénigne ou maligne, et non d’un embryon partiellement organisé comme dans le cas de l’adolescent de New Delhi.
La distinction doit aussi être faite avec les jumeaux siamois. Ces derniers sont deux enfants distincts, possédant chacun leur propre cerveau et leur propre conscience, mais qui partagent certains organes. Dans le cas d’un jumeau parasite, les médecins ne trouvent ni cerveau fonctionnel ni conscience propre, même si des nerfs peuvent transmettre des sensations aux membres surnuméraires. Pour trancher et préparer des interventions aussi spectaculaires, l’étude précise du squelette, des vaisseaux et des organes grâce au scanner ou à l’IRM est indispensable.
Selon la source : aufeminin.com