Un minuscule dinosaure pesant moins d’un kilogramme compte parmi les plus petits jamais découverts
Auteur: Mathieu Gagnon
Plus petit qu’un hérisson, et pourtant immense pour la science
Quand on pense aux dinosaures, l’imagination s’envole vers des géants : le T. rex, le Brontosaure ou le colossal Patagotitan. Pourtant, un acteur bien plus modeste vient de changer la donne. Son nom : Alnashetri. Un dinosaure minuscule et pour le moins étrange, qui se nourrissait d’insectes, pesait moins lourd qu’un hérisson et possédait une caractéristique étonnante : il n’avait presque que des pouces.
Sa petite taille ne le rend pas moins important, bien au contraire. Une nouvelle étude portant sur un fossile exceptionnellement bien conservé vient de le prouver. Découvert en 2014 dans le nord de la Patagonie, en Argentine, et daté de 90 millions d’années, ce spécimen presque complet lève enfin le voile sur une espèce jusqu’alors connue uniquement par quelques fragments d’os.
Une découverte digne d’une « Pierre de Rosette »
En paléontologie, mettre la main sur un squelette presque entier est l’équivalent de gagner au loto. Le fossile d’Alnashetri cerropoliciensis a permis aux chercheurs de reconstituer l’histoire de cette espèce avec une précision inédite. Jusqu’ici, les scientifiques ne disposaient que de restes épars, difficiles à interpréter.
Peter Makovicky, auteur principal de l’étude et professeur au département des sciences de la Terre et de l’environnement de l’Université du Minnesota, souligne l’importance de cette trouvaille. « Nous avons maintenant un point de référence qui nous permet d’identifier avec précision des découvertes plus fragmentaires et de cartographier les transitions évolutives dans l’anatomie et la taille du corps », a-t-il déclaré dans un communiqué.
Il va même plus loin dans la comparaison. « Passer de squelettes fragmentaires difficiles à interpréter à un animal presque complet et articulé, c’est comme trouver une Pierre de Rosette paléontologique », explique-t-il.
Portrait-robot d’un dinosaure poids plume

Que nous apprend ce fossile ? Il dresse le portrait d’un animal pour le moins curieux. Il possédait de longs bras terminés par une seule et grande griffe en forme de pouce. Sa bouche était garnie de dents minuscules, bien que les chercheurs s’attendaient à ce qu’elles soient encore plus petites. Mais le plus frappant reste sa taille. Une analyse microscopique a confirmé que l’animal était un adulte d’au moins quatre ans, et pourtant, il pesait moins de 900 grammes (2 livres).
Son poids est comparable à celui d’un petit poulet. Cette analogie n’est pas anodine : l’Alnashetri appartient au groupe des alvarezsaures, des dinosaures si proches des oiseaux que les premiers spécimens découverts ont d’abord été confondus avec leurs descendants aviaires.
Une chronologie évolutive inversée
Loin d’être une simple curiosité, l’anatomie d’Alnashetri offre des informations capitales sur son évolution. Ses proportions uniques suggèrent qu’il s’agissait d’une espèce « relais », une sorte de jalon évolutif. Il était déjà petit, mais peut-être pas encore le chasseur de fourmis ultra-spécialisé que deviendraient ses descendants.
Cette découverte inverse ce qui semblait être l’ordre logique des événements. On aurait pu penser que ces dinosaures sont devenus petits pour s’adapter à leur régime alimentaire. Or, il semblerait que ce soit l’inverse : c’est parce qu’ils étaient déjà de très petite taille qu’ils ont pu adopter ce régime alimentaire si particulier.
La clé d’un mystère continental
Cette trouvaille éclaire également l’histoire plus large de la famille des alvarezsaures, résolvant une énigme qui a tourmenté les paléontologues pendant des décennies. Des fossiles d’alvarezsaures avaient déjà été trouvés en Amérique du Sud, mais ils étaient toujours trop fragmentés pour en tirer des informations claires. Les spécimens les mieux conservés provenaient d’Asie, ce qui posait une question déroutante : comment cette espèce a-t-elle pu se retrouver sur deux continents séparés par un vaste océan ?
La réponse, une fois trouvée, s’est révélée d’une simplicité frappante. Inspirée par la découverte en Patagonie, l’équipe a réexaminé des collections de fossiles en Europe et en Amérique du Nord. « Nous avons trouvé d’autres alvarezsaures qui se cachaient au vu et au su de tous », a confié Peter Makovicky à BBC Science Focus. « Ces espèces […] ont aidé à prouver que les alvarezsaures peuplaient la plupart des continents avant que les grandes séparations entre les hémisphères nord et sud ne se produisent. »
Ainsi, 90 millions d’années après avoir gobé sa dernière fourmi, le petit Alnashetri a finalement eu un impact majeur. L’étude complète est publiée dans la revue scientifique Nature.
Selon la source : iflscience.com