Des archéologues ont découvert une lettre vieille de 400 ans qui confirme l’existence d’un roi légendaire
Auteur: Mathieu Gagnon
Un roi légendaire sort de l’ombre
Son nom circulait dans les récits et les traditions orales, mais son existence restait un mystère. Le roi nubien Qashqash était-il une figure historique authentique ou une simple invention ? Jusqu’à très récemment, les historiens ne disposaient que de quelques références éparses pour se forger une opinion. Une découverte majeure vient de clore le débat.
Sur un site archéologique du nord du Soudan, un minuscule morceau de papier usé par les siècles a été mis au jour. Ce fragment, datant de près de 500 ans, n’est autre qu’un édit administratif signé de la main du roi. Cette trouvaille transforme un personnage de légende en un dirigeant bien réel, dont on peut désormais toucher du doigt l’autorité.
Au cœur de l’ancienne capitale de Makuria
C’est dans les ruines de la cité d’Old Dongola, ancienne capitale du royaume chrétien de Makuria, que la découverte a eu lieu. Les archéologues y ont exhumé une vingtaine de fragments de papier datant du XVIe ou XVIIe siècle. Ces précieux documents ont été retrouvés dans les vestiges d’une structure imposante, baptisée « Maison du Mekk » (bâtiment A.1), qui fut probablement la résidence d’un dirigeant de haut rang.
Située dans ce qui était autrefois une citadelle, la demeure se distingue par sa taille et sa complexité. Outre les lettres, notes et archives juridiques, la même couche archéologique a révélé un assortiment d’objets luxueux : des textiles, des bijoux, des chaussures en cuir, mais aussi une poignée de dague en ivoire ou en corne de rhinocéros, ainsi que des balles de mousquet. Un véritable trésor pour comprendre la vie à cette époque.
La preuve par le papier
Parmi tous les fragments, l’un d’eux a particulièrement retenu l’attention. Mesurant à peine 4 par 3,5 pouces, il porte un ordre direct du roi Qashqash. Le document lui-même n’était pas daté, posant un défi aux chercheurs. Pour déterminer son âge, ils se sont appuyés sur des indices contextuels : des pièces de monnaie découvertes à proximité et la datation au radiocarbone de matières organiques issues de la même strate.
Cette analyse a permis de situer le document à la fin du XVIe ou au début du XVIIe siècle. Comme le précisent les auteurs de l’étude publiée dans la revue Azania: Archaeological Research in Africa, « Bien que le contexte archéologique suggère une date plus tardive, l’analyse interne et les comparaisons avec d’autres sources indiquent qu’il date très probablement de la fin du XVIe ou du début du XVIIe siècle ». Ils notent que le document aurait pu être conservé un certain temps avant d’être jeté.
L’étude souligne comment la combinaison de « preuves numismatiques, de datations au radiocarbone et de sources écrites [enquête sur] la gouvernance, les interactions sociales et l’arabisation à Dongola pendant la période Funj ». Cet ordre royal en est la pièce maîtresse, offrant un éclairage nouveau sur ce souverain précolonial.
Un ordre royal très ordinaire
Que nous dit ce précieux document ? Il révèle l’implication du roi dans la gouvernance et la micropolitique du quotidien. Le texte, rédigé par un scribe nommé Hamad, est une instruction du roi Qashqash à un subordonné, Khidr. L’ordre est simple : Khidr doit superviser la réception de trois unités de textile de la part d’un certain Muhammad al-Arab.
En échange, il devra fournir une brebis et sa progéniture. Cette bête, précise le document, provient d’Abd al-Jabir, et Khidr doit aller la chercher. Loin d’être anecdotique, cet échange était bien plus qu’une simple transaction économique. Les experts y voient un acte social, visant à établir des relations et à procurer à Qashqash un certain prestige culturel grâce à l’acquisition de tissus recherchés. Quant au verso du papier, bien qu’endommagé, il semble mentionner du coton ou des couvre-chefs.
De la légende à l’Histoire
Cette découverte est cruciale car elle comble un vide. L’histoire du royaume de Makuria s’assombrit considérablement après le XIVe siècle, laissant peu de preuves empiriques pour les XVIe et XVIIe siècles. Ce manque d’archives laissait planer le doute sur la réalité de figures comme le roi Qashqash. Aujourd’hui, le doute n’est plus permis.
Les auteurs de l’étude concluent : « L’ordre du roi dont nous avons discuté ici représente un cas rare dans lequel une figure auparavant confinée au domaine de la littérature hagiographique et des traditions orales peut être située dans un cadre historique vérifiable soutenu par des preuves archéologiques tangibles ».
Plus largement, ces documents offrent une fenêtre inédite sur une époque méconnue. « Les sources documentaires découvertes à Old Dongola, y compris l’ordre du roi, fournissent des informations inestimables sur le réseau de connexions à Dongola avant l’ère coloniale », écrivent les chercheurs. « Cette preuve présente une occasion unique d’explorer les transformations linguistiques et les interactions culturelles qui ont façonné la Nubie au fil du temps ».
Selon la source : popularmechanics.com