Des scientifiques ont créé des follicules pileux fonctionnels en laboratoire : une possible solution définitive contre la calvitie
Auteur: Mathieu Gagnon
La quête d’une solution à un problème mondial
Perte de cheveux, calvitie, alopécie… Des mots qui concernent près d’un quart de la population mondiale. Qu’elle soit liée à l’âge ou à des troubles auto-immuns, la chute des cheveux est une réalité pour des millions de personnes. Si certains assument fièrement leur crâne nu, beaucoup d’autres rêveraient de retrouver la chevelure de leur jeunesse. Ce désir alimente une industrie colossale, pesant plusieurs milliards de dollars, où les annonces de remèdes miracles sont monnaie courante.
Dans ce contexte, une nouvelle étude publiée dans la revue Biochemical and Biophysical Research Communications marque une étape potentiellement décisive. Menée par une équipe de chercheurs japonais, en partie financée par l’entreprise OrganTech spécialisée dans les technologies capillaires, cette avancée propose une nouvelle approche pour régénérer, et peut-être un jour recréer, des follicules pileux parfaitement fonctionnels.
Le secret des trois cellules
Comment les chercheurs sont-ils parvenus à ce résultat ? Pour créer de nouveaux follicules, ils se sont appuyés sur deux types de cellules déjà bien connus dans les tentatives précédentes de régénération : les cellules souches épithéliales et les cellules de la papille dermique. Mais ils y ont ajouté un troisième acteur, jusqu’ici négligé : les cellules mésenchymateuses. C’est là que réside la clé de leur succès.
Ces cellules mésenchymateuses, issues de la peau velue, jouent un rôle fondamental. Elles forment les tissus de soutien qui permettent de créer une zone épaissie, la placode pilaire, qui n’est autre que le point de départ de tout follicule pileux. Si les deux premiers types de cellules suffisent à former l’ébauche d’un bulbe pileux, ce sont les cellules mésenchymateuses qui déclenchent la croissance vers le bas, dans le derme. Sans cette « descente », pas de véritable follicule.
Une « graine de cheveux » cultivée en laboratoire
Forts de cette découverte, les scientifiques ont mis au point une méthode qu’ils développent depuis des décennies, appelée la méthode du germe d’organe. Ils ont ainsi construit ce que le site Phys.org décrit comme une « graine de follicule pileux bio-ingénierée ». Cette structure est une sorte de mille-feuille cellulaire, avec les cellules souches au sommet, soutenues par les cellules papillaires et les cellules de soutien.
L’équipe a ensuite placé cette graine en culture. Le résultat ne s’est pas fait attendre. Après seulement deux semaines, les chercheurs ont pu observer que le follicule avait bien entamé sa croissance vers le bas et avait même produit une tige pilaire visible, un cheveu. Le processus était un succès.
Le test crucial : une greffe réussie sur des souris
Faire pousser un cheveu en laboratoire est une chose. Mais peut-il survivre et se comporter normalement une fois greffé sur un organisme vivant ? C’était la question suivante, et la plus importante. L’équipe a donc procédé à la transplantation de ces follicules cultivés in vitro sur des souris de laboratoire.
Les auteurs de l’étude rapportent que les follicules bio-ingénierés se sont parfaitement intégrés aux systèmes nerveux et musculaires des rongeurs. Mieux encore, pendant 68 jours d’observation, les cheveux ont suivi leur cycle naturel de croissance, de chute et de repousse. La preuve était faite : ces follicules étaient bien « entièrement fonctionnels ».
Au-delà de la calvitie, une porte ouverte sur la médecine régénérative
Yoshio Shimo, PDG d’OrganTech, qui n’a pas directement participé à l’étude, a souligné l’importance de ces travaux dans un communiqué de presse : « Ce travail définit une configuration cellulaire fondamentale pour la régénération fonctionnelle du follicule pileux. Au-delà de la biologie du cheveu, il renforce notre stratégie plus large de médecine régénérative au niveau de l’organe, où des interactions épithéliales et mésenchymateuses précisément orchestrées permettent une reconstruction tissulaire stable et fonctionnelle. »
Cette réussite offre un outil précieux pour analyser plus largement la régénération des organes. Elle ouvre également la voie à une plateforme pour tester de nouvelles thérapies contre la perte de cheveux sans avoir recours à l’expérimentation animale. Comme l’écrivent les auteurs, cette expérience permet « une compréhension plus large des interactions entre les cellules souches/progénitrices, leurs niches et les cellules accessoires pendant le développement et la régénération des organes, s’étendant au-delà du follicule pileux ».
Selon la source : popularmechanics.com