Deux morts suspects à Winnipeg

Une enquête a été ouverte par Santé Canada suite au décès de deux personnes à Winnipeg, survenus après qu’elles aient donné leur plasma dans des centres de collecte rémunérés. Ces événements, qui touchent notamment un étudiant international de 22 ans, soulèvent de sérieuses questions sur la sécurité des procédures.
L’agence fédérale a confirmé avoir reçu deux rapports de réactions indésirables mortelles chez des donneurs de plasma. Le premier cas a été signalé en octobre 2025, le second le 30 janvier 2026. Pour l’heure, Santé Canada précise être toujours en phase d’évaluation de ces rapports et n’a pas encore établi de lien formel entre la collecte de plasma et les décès. De son côté, l’entreprise qui gère les centres affirme n’avoir « aucune raison de croire » que les événements soient liés.
Le drame de Rodiyat Alabede, 22 ans

La première victime identifiée est Rodiyat Alabede. Le 25 octobre, cette jeune femme de 22 ans s’est rendue à un rendez-vous au centre de don de plasma Grifols, situé sur l’avenue Taylor. Selon ses amis, elle ne s’est jamais réveillée. « Elle était toujours joyeuse. Elle avait tellement de rêves, surtout en venant au Canada », confie l’une de ses amies proches, Mary Ann Chika. « Elle occupait une grande place dans mon cœur. »
Originaire du Nigeria, Rodiyat Alabede avait déménagé à Winnipeg en 2022 pour suivre des études à l’Université de Winnipeg. Son objectif était de devenir travailleuse sociale, animée par une passion pour l’aide aux personnes en situation de handicap. Bien que Mary Ann Chika n’ait pas été présente lors du don, c’est elle qui a dû identifier le corps de son amie à l’hôpital après la proclamation du décès.
Les informations transmises par les médecins étaient rares. Ils lui ont simplement indiqué que le cœur de Rodiyat Alabede avait cessé de battre alors qu’elle donnait son plasma au centre. « Et avant même son arrivée à l’hôpital, elle était déjà partie », a ajouté Chika.
Enquête et réactions officielles

Le second décès signalé à Santé Canada a eu lieu le 30 janvier, suite à un don effectué dans un autre centre Grifols, celui situé sur Innovation Drive. Un porte-parole de l’agence a indiqué ne pas pouvoir fournir plus de détails sur l’identité de cette personne, invoquant les lois sur la protection de la vie privée.
Grifols est une société espagnole spécialisée dans la production de médicaments dérivés du plasma. Elle possède plus d’une douzaine de centres de collecte au Canada. L’entreprise s’est implantée à Winnipeg en 2022 après avoir racheté Canadian Plasma Resources, et y exploite deux centres où les donneurs sont rémunérés. Sollicité pour une interview, un représentant de Grifols a décliné la demande.
Dans une déclaration écrite, un porte-parole a affirmé qu’un examen interne avait été mené. « Sur la base des informations disponibles à ce jour, nous n’avons aucune raison de croire qu’il existe une corrélation entre le décès des donneurs et le don de plasma », peut-on lire. L’entreprise s’est dite « attristée d’apprendre le décès récent de deux de nos donneurs », ajoutant que « la santé et la sécurité de nos donneurs sont notre priorité absolue ».
Un risque rarissime qui interroge les experts

La nouvelle de deux décès en un laps de temps si court a surpris les experts du domaine, qui rappellent que le don de plasma est une procédure sûre. Pour eux, un tel drame s’apparenterait à « se faire frapper par la foudre ». Le Dr Ryan Zarychanski, un hématologue spécialisé dans les troubles sanguins, affirme qu’il est extrêmement rare qu’une personne décède suite à une collecte de plasma.
Après plus d’une décennie de pratique, il assure que la pire réaction qu’il ait jamais observée est un simple évanouissement. « La probabilité que quelqu’un soit très gravement blessé en donnant du plasma est comme se faire frapper par la foudre », insiste-t-il. Il évoque plusieurs scénarios qui pourraient causer un préjudice grave : un équipement défectueux, une procédure non respectée ou un donneur qui n’était pas en bonne santé.
Cette situation soulève inévitablement de nombreuses questions. « Les donneurs sont-ils correctement sélectionnés ? Le personnel qui effectue la procédure est-il correctement formé ? Les machines fonctionnent-elles correctement ? Y a-t-il une surveillance adéquate des programmes en général ? », s’interroge le Dr Zarychanski.
Le don de plasma : entre santé et commerce

Les centres Grifols rémunèrent les donneurs, avec des honoraires pouvant atteindre 100 dollars par don, selon leur site web. Des bonus sont également proposés en fonction de la fréquence des dons, comme une prime de 50 dollars toutes les 10 donations effectuées en six semaines. Au Canada, tous les établissements de collecte de plasma sont réglementés par Santé Canada et ont l’obligation de signaler toute réaction grave survenue chez un donneur pendant le don ou dans les 72 heures qui suivent.
Le plasma est un liquide riche en protéines essentiel au traitement de troubles de la coagulation, de maladies du foie et de certains cancers. Il est recueilli via une machine qui prélève le sang, en sépare le plasma, puis restitue les autres composants (globules rouges, plaquettes) au donneur.
Pour être éligible à un don chez Grifols, un donneur doit respecter plusieurs critères stricts :
- Être âgé de 17 à 68 ans.
- Peser entre 50 kg et 180 kg.
- Remplir un questionnaire et se soumettre à un examen médical.
- Avoir pris un repas complet, sain et riche en protéines dans les deux heures précédant le don.
- Ne pas avoir eu de tatouage ou de piercing au cours des six derniers mois.
- Ne pas avoir donné de sang (différent du plasma) au cours des 56 derniers jours.
Une quête de vérité pour les proches
Suite aux deux décès, Santé Canada a indiqué avoir « immédiatement effectué des visites sur place » dans les centres de collecte concernés. Un porte-parole a précisé par courriel que les inspecteurs avaient examiné les dossiers liés aux incidents, vérifié que les procédures opérationnelles standard étaient suivies et qu’il y avait suffisamment de personnel qualifié présent. L’examen des informations se poursuit et des mesures seront prises pour corriger tout manquement à la conformité.
Pendant ce temps, Mary Ann Chika reste sans réponses sur les circonstances exactes de la mort de son amie. Elle se souvient avoir aidé Rodiyat Alabede à s’adapter à la vie au Canada lors de sa première année à Winnipeg. En retour, Rodiyat lui offrait de précieux conseils et était une personne sur qui elle pouvait toujours compter.
Aujourd’hui, Mary Ann Chika n’a plus qu’un objectif : faire une dernière chose pour son amie et découvrir comment elle est morte. « Nous sommes tous dans le noir », dit-elle. « Savoir ce qui s’est réellement passé nous apporterait une forme de paix. »
Créé par des humains, assisté par IA.