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Guerre au Moyen-Orient : la facture environnementale cachée du conflit
Crédit: lanature.ca (image IA)

L’autre victime silencieuse du conflit

Au-delà des bilans humains, chaque conflit armé inflige des blessures profondes à la planète. La guerre qui secoue le Moyen-Orient ne fait pas exception. Entre les émissions massives de CO2 générées par les avions et navires de guerre, les dépôts de pétrole qui partent en fumée et l’impact à long terme de la reconstruction, le coût climatique et environnemental s’annonce lourd.

Pour comprendre l’ampleur du désastre, des experts interrogés par l’AFP ont décortiqué les principaux facteurs de cette pollution de guerre. Leur analyse révèle une chaîne de conséquences qui affectent l’air, l’eau et les sols, bien au-delà des lignes de front.

Le coût carbone direct des opérations militaires

L’impact climatique immédiat d’une guerre se mesure d’abord en carburant consommé. Benjamin Neimark, de l’Université Queen Mary de Londres, précise que les émissions de CO2 proviennent du « kérosène, essentiellement pour les avions de combat utilisés par les États-Unis et Israël ». Mais le ciel n’est pas le seul concerné. « La marine américaine a aussi une flotte importante qui va opérer à distance pendant un bon moment », ajoute-t-il. Même si les porte-avions modernes fonctionnent à l’énergie nucléaire, le reste des flottes navales dépend encore massivement du diesel.

Cependant, ce calcul ne représente qu’une petite partie de l’équation. Les chercheurs adoptent une vision globale, qui englobe tout le cycle de vie du conflit, de la fabrication des armements jusqu’à la reconstruction finale des infrastructures. Selon une étude parue dans la revue One Earth, la guerre à Gaza aurait ainsi généré 33 millions de tonnes d’équivalent CO2 en un peu plus d’un an. C’est l’équivalent des émissions annuelles d’un pays comme la Jordanie, ou de 7,6 millions de voitures.

À titre de comparaison, l’Initiative on GHG Accounting of War estime que la guerre en Ukraine aurait provoqué plus de 300 millions de tonnes d’émissions supplémentaires. Ce chiffre colossal, équivalent aux émissions annuelles de la France, inclut les rejets des armées, mais aussi ceux liés à la reconstruction, aux incendies de forêt et à l’allongement des routes aériennes pour contourner la zone de conflit.

Raffineries et pétroliers, des cibles stratégiques

La géographie du conflit actuel lui donne une dimension environnementale particulière. « Clairement ce conflit est différent », observe Benjamin Neimark, en raison de sa proximité avec le détroit d’Ormuz, par où transite une part considérable de l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz naturel liquéfié (GNL). Cette concentration d’infrastructures énergétiques les transforme en cibles potentielles.

« Tous ces pétroliers, les raffineries de pétrole de la région et les installations de stockage constituent tous des cibles. On a déjà vu un nombre significatif de raffineries ciblées », insiste le chercheur. La combustion de ce pétrole, qu’elle soit contrôlée ou non, libère dans l’atmosphère du dioxyde de carbone, le principal gaz à effet de serre responsable du réchauffement climatique.

Le souvenir de la première guerre du Golfe, au début des années 1990, reste un avertissement glaçant. Les puits de pétrole incendiés au Koweït avaient mis des mois à être éteints, projetant dans l’air une quantité de CO2 estimée entre 130 et 400 millions de tonnes. Pour l’heure, un scénario d’une telle ampleur n’est pas observé en Iran.

La transition énergétique prise en otage ?

Quelle sera l’onde de choc de la flambée des cours du pétrole sur la transition vers des énergies plus propres ? La question est loin d’être simple. Andreas Rüdinger, de l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), souligne une dynamique paradoxale. D’un côté, la crise pèse sur les portefeuilles. « On a un impact immédiat sur le pouvoir d’achat et la compétitivité donc il y a une pression à plutôt faire moins sur le climat pour réduire la pression sur les prix », analyse-t-il. Cette pression se traduit par des débats sur l’assouplissement du marché du carbone européen ou par des aides pour les automobilistes.

« Mais il y a aussi le verre à moitié plein », poursuit Andreas Rüdinger. « Le fait que sur un plan purement économique, pour les entreprises et les ménages, des prix des énergies fossiles qui augmentent rendent plus attractives les solutions de décarbonation et d’électrification ». Le succès des pompes à chaleur après le début de la guerre en Ukraine en est une parfaite illustration. Un autre effet, plus mécanique et immédiat, est à noter : lorsque les prix de l’énergie augmentent fortement, la demande tend à baisser, ce qui peut entraîner une réduction temporaire des émissions de CO2.

Au-delà du CO2, un cocktail de pollutions toxiques

L’impact environnemental de la guerre ne se limite pas au climat. Les attaques contre les infrastructures industrielles et militaires libèrent un cocktail de polluants dangereux pour la santé humaine et la nature. La liste est longue : pétrole, métaux lourds, polluants chimiques dits « éternels » (PFAS) ou encore, sous l’effet des incendies, des dioxines et des furanes. Le week-end dernier, l’attaque de dépôts de pétrole à Téhéran a ainsi recouvert la ville d’une épaisse fumée noire.

Mathilde Jourde, de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), identifie trois types d’infrastructures particulièrement à risque : nucléaires, militaires et énergétiques. Selon elle, « elles vont être extrêmement polluantes quand elles vont être ciblées et générer trois types de pollution : atmosphérique, des milieux aquatiques et enfin des sols ».

Cette crainte est partagée par Doug Weir, directeur de l’Observatoire du conflit et de l’environnement (CEOBS). « Il y a des centaines de sites endommagés en Iran et dans les pays voisins qui posent des risques de pollution pour les personnes et l’environnement », a-t-il déclaré à l’AFP. Il précise ses motifs d’inquiétude : « Nous avons des inquiétudes en particulier concernant les infrastructures pétrolières endommagées, les sites militaires et l’environnement maritime sensible du Golfe persique ».

Selon la source : journaldemontreal.com

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