Les fontaines de lave du Kīlauea à Hawaï ont atteint des hauteurs record depuis le début de l’éruption en 2024
Auteur: Mathieu Gagnon
Une éruption spectaculaire à Hawaï
Le volcan Kīlauea, à Hawaï, vient de marquer les esprits. Lors de son dernier épisode éruptif, une fontaine de lave a été projetée à 540 mètres d’altitude, soit l’équivalent de 1 770 pieds. Il s’agit d’un nouveau record pour le cycle d’éruptions en cours, qui a débuté en décembre 2024.
Ce phénomène impressionnant n’est pas sans conséquences. Les vents ont transporté une partie des matériaux éjectés, connus sous le nom de tephra, en direction des points de vue pour visiteurs et des localités avoisinantes. Un spectacle naturel puissant qui impose une vigilance constante.
Portrait du Kīlauea, un géant actif
Situé sur le flanc sud-est de l’île d’Hawaï, aussi appelée la Grande Île, le Kīlauea est l’un des volcans les plus actifs de la planète. C’est un volcan bouclier, une dénomination qui vient de sa forme rappelant un bouclier de guerrier posé au sol. Ses pentes sont larges et douces, s’élevant progressivement vers un sommet en dôme.
Cette morphologie particulière est le résultat d’innombrables éruptions successives. Celles-ci produisent une lave basaltique très fluide, à faible viscosité, qui s’écoule sur de longues distances et façonne le paysage. Le Kīlauea fait partie du Parc National des Volcans d’Hawaï, aux côtés du bien plus massif Mauna Loa. Ces deux volcans sont alimentés par un point chaud, une zone où des panaches de matière chaude du manteau terrestre remontent vers la surface, faisant fondre la croûte pour générer du magma.
Un cycle d’éruptions au rythme particulier
Depuis le 23 décembre 2024, le Kīlauea connaît une série d’éruptions épisodiques. L’activité provient principalement de deux bouches éruptives, l’une au nord et l’autre au sud, situées dans le Halema‘uma‘u, un cratère localisé à l’intérieur de la caldeira principale du volcan.
Ces événements se caractérisent par leur brièveté. En général, une phase éruptive dure moins de douze heures. Elle est souvent suivie par de longues pauses qui peuvent s’étendre sur une période allant jusqu’à deux semaines. La dernière manifestation en date, baptisée « épisode 43 », a débuté le 10 mars et n’a duré que neuf heures. Un temps court, mais suffisant pour projeter des quantités considérables de tephra dans l’atmosphère.
Tephra : les retombées sous surveillance
Le terme « tephra » est une catégorie large qui englobe tous les fragments de roches projetés dans les airs par un volcan. Cela inclut les cendres volcaniques, la pierre ponce, les scories, mais aussi des formations spécifiques comme les cheveux de Pelé ou la réticulite. Habituellement, ces débris retombent directement sur les pentes du volcan, contribuant à son élargissement. Cependant, des milliards de particules plus petites et plus légères peuvent être emportées par les vents sur des milliers de kilomètres.
Lors de l’épisode 43, la majorité des retombées s’est accumulée sur le belvédère d’Uēkahuna et le camp militaire de Kīlauea, tous deux situés dans le Parc National des Volcans. Des zones de l’autoroute 11 et la communauté du Volcano Golf Course ont également été touchées. Ces secteurs, localisés au nord-est des bouches éruptives, ont connu une couverture continue au sol. Au total, plus de 200 signalements de retombées de tephra ont été enregistrés pour cet événement.
Quels sont les risques pour la population ?
Selon l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS), les retombées de tephra représentent un sujet de préoccupation pour les résidents qui dépendent de systèmes de récupération d’eau de pluie sur leurs toits. Ces particules peuvent en effet contenir des contaminants tels que du fluorure, de l’arsenic, du cadmium, du chrome, du cuivre et du plomb. Si dans un premier temps, la contamination donne un mauvais goût à l’eau et la rend trouble, les pluies suivantes peuvent la nettoyer et transporter ces éléments dans le système de stockage.
Le tephra peut également être un irritant pour les yeux, la peau et les voies respiratoires lorsqu’on y est exposé dans l’air. Il est conseillé aux personnes qui nettoient leurs toits de porter des équipements de protection, comme des masques, des lunettes et des gants. Pour les systèmes de récupération d’eau, l’USGS recommande aux résidents de déconnecter leurs descentes de gouttière avant les chutes de tephra, puis de nettoyer leurs toits et leurs citernes avant de les reconnecter.
Vers un nouvel épisode éruptif ?
Les mesures de précaution sont jugées efficaces par les autorités scientifiques. « Ces précautions sont efficaces pour minimiser les impacts, et des pluies continues dilueront naturellement toute contamination restante », a précisé l’USGS. La situation reste cependant évolutive.
Depuis la fin de l’épisode 43, les instruments ont détecté un certain gonflement dans la région du sommet. Ce phénomène suggère qu’une nouvelle accumulation de magma est en cours et que l’épisode 44 pourrait bientôt se produire. D’après les modèles de l’USGS, la prochaine éruption pourrait survenir entre le 28 mars et le 14 avril.
Selon la source : iflscience.com