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Des ouvriers en restauration découvrent un tunnel romain caché sous les rues d’une ville historique
Crédit: lanature.ca (image IA)

Une découverte inattendue sous les rues de Trabzon

Personne ne s’y attendait. Ni les archéologues, ni les historiens. Au cœur de la ville portuaire de Trabzon, en Turquie, des ouvriers s’affairaient à un projet de restauration dans le centre historique. C’est alors qu’à environ six pieds sous terre, leurs engins ont mis au jour une structure surprenante : un tunnel de près de 1 300 pieds de long, entièrement bâti en pierres de taille. Une découverte qui a immédiatement alerté les archéologues.

Ce chantier, qui visait à moderniser le quartier de Comlekci, s’est transformé en une véritable fenêtre sur le passé. Situé à une courte distance en amont de l’ancien port de l’époque romaine, le site a révélé un secret que les rues de la ville gardaient depuis des millénaires. Les experts n’avaient jamais soupçonné qu’un canal d’eau de cette envergure, datant de l’Empire romain, se cachait juste sous leurs pieds.

Un ouvrage d’art romain unique en Anatolie

L’architecture du tunnel a rapidement parlé aux connaisseurs. Il présente une voûte en arc, typique du savoir-faire romain, mais pourtant très inhabituelle pour cette région de l’Anatolie à cette époque. La structure, qui mesure environ 4 pieds sur 4, est principalement constituée de pierres finement taillées, s’emboîtant les unes dans les autres. Pour assurer sa solidité et sa fonction, l’ensemble a été renforcé avec des moellons et recouvert d’une couche de plâtre destinée à l’imperméabiliser, comme le rapporte le Hurriyet Daily News.

À l’intérieur, de petites passerelles longent les deux côtés du canal, témoignant du soin apporté à sa conception. Pour Mehmet Yavuz, doyen de la Faculté des Lettres et chef du département d’histoire de l’art à l’Université technique de Karadeniz, la surprise fut totale. Il a déclaré : « La découverte est arrivée comme une surprise. Nous ne considérions pas auparavant que cette zone ait été une zone intensément habitée pendant les périodes romaine ou hellénistique. »

De l’eau potable aux égouts : deux millénaires d’histoire

Vieux de près de 2 000 ans, ce tunnel n’est pas seulement un vestige inerte. Il fonctionne encore. À l’origine, sa fonction était probablement d’acheminer de l’eau douce depuis les hauteurs de la ville jusqu’au port antique, pour approvisionner les navires qui mouillaient dans la mer Noire. Son tracé n’est d’ailleurs pas une ligne droite : il présente des virages sinueux, des marches et des coudes, peut-être conçus pour ralentir le débit de l’eau et maîtriser son flux.

Mais au fil des siècles, sa mission a changé. Au cours des périodes ottomane ou du début de la République, de nouvelles ouvertures ont été percées dans ses parois. Ces modifications successives ont transformé le canal d’eau douce en un système d’évacuation des eaux usées. Un rôle qu’il remplit encore aujourd’hui, puisqu’un écoulement d’eaux usées parcourt toujours ce canal de pierre.

Sur les traces des empereurs Trajan et Hadrien

Comment dater un tel ouvrage ? Selon Mehmet Yavuz, le style de construction, la qualité de l’artisanat et les matériaux utilisés permettent de le situer au début de la période romaine, entre la fin du premier et le début du deuxième siècle de notre ère. Une période faste pour l’Empire, qui soulève une hypothèse fascinante.

Il est tout à fait possible que sa construction ait été commandée sous le règne des empereurs Trajan ou Hadrien, connus pour leurs grands projets d’infrastructures. Les chercheurs avancent même que ce tunnel pourrait n’être qu’un segment d’un réseau bien plus vaste : un aqueduc reliant Trabzon à des villes de l’intérieur des terres, où des soldats romains étaient en garnison.

L’exploration ne fait que commencer

La découverte de ce tunnel n’est pas une fin en soi, mais plutôt le début d’une nouvelle enquête archéologique. Selon le média Türkiye Today, l’équipe de chercheurs, composée de membres de la Direction du musée de Trabzon et de l’Université technique de Karadeniz, espère poursuivre ses explorations. Leur objectif est clair : déterminer si ce canal est connecté à d’autres tunnels ou à des sites majeurs en surface.

La tâche est cependant complexe. Certaines sections de ce précieux vestige ont déjà été irrémédiablement détruites par les activités de construction modernes en surface. Malgré ces obstacles, en parcourant le tunnel sur toute sa longueur, les experts espèrent encore découvrir de nouveaux indices sur son histoire, son utilisation et les secrets que la ville de Trabzon garde encore enfouis.

Selon la source : popularmechanics.com

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