Parkinson : cette bactérie transforme nos bouteilles en plastique en un médicament vital
Auteur: Mathieu Gagnon
Le déchet plastique, un trésor inattendu ?
Les bouteilles en plastique qui débordent des poubelles et jonchent nos rues sont devenues le symbole de notre crise des déchets. Ces récipients à usage unique sont au cœur des efforts de lutte contre la pollution. Mais si, depuis le début, nous passions à côté d’une ressource insoupçonnée ? Une nouvelle recherche vient de redorer l’image de cette humble bouteille, démontrant comment ce déchet peut être transformé en trésor.
Une méthode pionnière, financée en partie par l’Industrial Biotechnology Innovation Centre (IBioIC), utilise des bactéries pour métamorphoser ces bouteilles en plastique usagées. Le produit final ? La lévodopa, ou L-DOPA, un médicament de première ligne prescrit dans le traitement de la maladie de Parkinson. Une véritable révolution dans notre approche du recyclage.
Comprendre Parkinson et son traitement de référence
La maladie de Parkinson est un trouble progressif du système nerveux qui affecte le mouvement. Elle provoque l’affaiblissement et la mort des neurones dans le cerveau. Les symptômes les plus connus incluent une rigidité musculaire, des tremblements et une grande difficulté à initier les mouvements. C’est une pathologie qui évolue par stades, et pour laquelle il existe des traitements.
La L-DOPA est l’un de ces médicaments clés. Considérée comme un traitement de première intention, elle est utilisée à toutes les étapes de la maladie. Traditionnellement, sa production repose sur la tyrosine, un acide aminé que l’on trouve dans de nombreux aliments, comme les haricots ou les tomates. Alors, comment des scientifiques sont-ils parvenus à la fabriquer à partir de simple plastique ?
Dans les coulisses de la transformation biologique

Ce tour de force scientifique a été réalisé par une équipe de l’Université d’Édimbourg. Leur point de départ : des déchets de polyéthylène téréphtalate, plus connu sous le nom de PET, le composant principal de nos bouteilles d’eau. La première étape a consisté à décomposer ce plastique pour en extraire l’un de ses constituants de base, l’acide téréphtalique.
C’est ici que la magie opère. Les chercheurs ont utilisé une souche génétiquement modifiée de la bactérie Escherichia coli (E. coli). En mettant cette bactérie en contact avec les molécules d’acide téréphtalique, elle a été capable de déclencher une série de réactions biologiques. Ce processus complexe a permis de transformer la matière issue du plastique en une forme de L-DOPA.
Une avancée majeure pour l’environnement et la médecine
Selon les chercheurs, cette nouvelle méthode de fabrication de la L-DOPA est bien plus durable que les procédés existants. Elle réduit la dépendance aux combustibles fossiles et, surtout, elle valorise les déchets PET. Chaque année, on estime que près de 50 millions de tonnes de ce plastique sont produites dans le monde. Une ressource colossale qui pourrait être réexploitée.
Le professeur Stephen Wallace, de l’École des sciences biologiques de l’Université d’Édimbourg, qui a dirigé l’étude, y voit un potentiel immense. « Cela ne ressemble qu’à un début », a-t-il déclaré. « Si nous pouvons créer des médicaments pour une maladie neurologique à partir d’une bouteille en plastique usagée, il est passionnant d’imaginer ce que cette technologie pourrait accomplir d’autre. » Il ajoute : « Les déchets plastiques sont souvent perçus comme un problème environnemental, mais ils représentent également une vaste source de carbone inexploitée. En concevant la biologie pour transformer le plastique en un médicament essentiel, nous montrons comment les déchets peuvent être réimaginés comme des ressources précieuses qui soutiennent la santé humaine. »
Quand la biologie redessine notre futur
Cette percée illustre un changement de paradigme. Le Dr Liz Fletcher, directrice de l’impact et directrice générale adjointe de l’IBioIC, l’un des financeurs du projet, l’a souligné dans une déclaration : « Ce projet met en lumière le potentiel de la biologie à remodeler notre façon de penser les déchets. » Pour elle, il ne s’agit pas d’une simple idée de recyclage créative.
« Transformer des bouteilles en plastique en un médicament contre la maladie de Parkinson n’est pas seulement une idée de recyclage créative, c’est une façon de reconcevoir des processus qui fonctionnent avec la nature pour offrir des avantages concrets », a-t-elle poursuivi. « En démontrant qu’un matériau nocif peut être converti en quelque chose qui améliore la santé humaine, l’équipe prouve que les applications durables et à haute valeur ajoutée de la biologie sont à la fois pratiques et efficaces. » Cette étude, qui marque les esprits, a été publiée dans la revue scientifique *Nature Sustainability*.
Selon la source : iflscience.com