Trump a insulté ses alliés, lancé une guerre seul, et leur demande maintenant de l’aide — sauf à l’Ukraine
Auteur: Simon Kabbaj
Un appel à l’aide dans le désert diplomatique

Après avoir lancé une opération militaire unilatérale contre l’Iran, Donald Trump se retrouve dans une position délicate. Confronté à une crise économique mondiale et à un isolement diplomatique croissant, il sollicite l’aide de ses alliés pour sécuriser le détroit d’Ormuz. Pourtant, après une année de relations tendues et de mépris affiché, la réponse est un silence assourdissant. Sauf celle, totalement inattendue, d’un pays que son administration a délaissé : l’Ukraine.
Pour comprendre cet isolement, il faut revenir sur une année de politique étrangère qui a systématiquement sapé les fondations des alliances américaines. Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a martelé un message constant à ses partenaires : ils sont un fardeau, des profiteurs. Il a menacé de retirer les États-Unis de l’OTAN, imposé des tarifs douaniers punitifs et traité les dirigeants européens avec un dédain manifeste.
Cette approche a culminé avec la réduction puis la suppression de l’aide militaire à l’Ukraine, un pays en pleine guerre existentielle contre la Russie. La politique étrangère américaine est devenue un exercice où chaque relation est jaugée à l’aune de ce qu’elle peut rapporter personnellement à Donald Trump. C’est dans ce contexte qu’il a cru pouvoir claquer des doigts et voir le monde se ranger derrière lui. Une erreur de calcul dont les conséquences se chiffrent aujourd’hui en milliards de dollars.
Le détroit d’Ormuz, artère mondiale sous blocus

Le point névralgique du conflit actuel est le détroit d’Ormuz. Ce passage maritime, large de seulement 33 kilomètres à son point le plus étroit entre l’Iran et Oman, est vital pour l’économie mondiale. Environ un cinquième de la consommation planétaire de pétrole y transitait. Avant la crise, une moyenne de 138 navires l’empruntait chaque jour. Depuis que l’Iran a décidé de bloquer le passage en représailles aux frappes américano-israéliennes, ce chiffre est tombé à cinq navires quotidiens.
Les répercussions économiques sont immédiates et violentes. Le prix du baril de Brent a bondi de plus de 40 %, dépassant les 119 dollars. Partout dans le monde, les prix à la pompe ont explosé. En Californie, le gallon d’essence a franchi la barre des 5 dollars. L’inflation repart, et les craintes d’une récession mondiale s’intensifient. Le magazine Fortune a titré que l’art de la négociation de Trump, son fameux « Art of the Deal », ne pouvait pas rouvrir le détroit et que cela menaçait l’économie mondiale.
Face à cette situation, Trump a durci le ton. Il a menacé de prendre le contrôle du détroit, déclarant : « Je pense à le prendre en main pour qu’il reste ouvert ». Il a averti l’Iran que toute tentative de stopper le flux de pétrole serait suivie de représailles américaines « vingt fois plus fortes qu’il ne l’a été jusqu’ici ». Des menaces qui, pour l’heure, ne changent rien à la réalité : le blocus iranien, soutenu par le nouveau guide suprême, se poursuit.
Le « non » catégorique des alliés traditionnels

Face à la paralysie du détroit, Trump s’est tourné vers ses alliés. Il a affirmé être en discussion avec « environ sept pays », sans toutefois les nommer. Mais les réponses publiques, elles, sont unanimes et négatives. Aucun des partenaires historiques sollicités n’a accepté de déployer sa marine. Le contraste avec les crises précédentes, comme la guerre des tankers des années 1980 ou l’opération Sentinel de 2019 où des coalitions internationales avaient été formées, est frappant.
L’Allemagne a été la plus directe. Le porte-parole du chancelier Friedrich Merz a déclaré sans détour : « cette guerre n’a rien à voir avec l’OTAN, ce n’est pas la guerre de l’OTAN, et la participation de l’Allemagne n’a même pas été envisagée ». Le ministre de la Défense, Boris Pistorius, a résumé la position allemande en quatre mots : « ce n’est pas notre guerre ».
La position du Royaume-Uni, bien que plus nuancée dans sa formulation, est tout aussi ferme sur le fond. Le premier ministre Keir Starmer a soigneusement choisi ses mots : « le Royaume-Uni ne se laissera pas entraîner dans une guerre plus large ». Une limite claire à l’escalade. La France, l’Italie, le Japon et l’Australie ont également décliné l’invitation, chacun avec ses propres justifications mais avec un message commun de refus. La coalition des volontaires est pour l’instant une coalition des non.
L’Ukraine, l’alliée que personne n’attendait

Alors que tous les alliés traditionnels ferment la porte, une offre d’aide est arrivée, proactive et sans conditions préalables. Elle ne vient pas d’un membre de l’OTAN ou d’une puissance du G7, mais de l’Ukraine. Le même pays que Trump a abandonné en coupant l’aide militaire et financière américaine. Le même pays dont le président, Volodymyr Zelensky, a été traité comme un simple solliciteur par son administration.
Concrètement, Kyiv propose d’envoyer ses experts militaires dans le Golfe pour partager sa technologie de défense anti-drones et protéger les bases américaines des frappes iraniennes. Le président Zelensky a annoncé le déploiement de trois équipes militaires pour des missions d’évaluation au Qatar, aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite et sur une base américaine en Jordanie. L’objectif : démontrer l’efficacité des systèmes de défense ukrainiens.
Cette expertise n’est pas théorique. Forgée par quatre années de guerre contre les drones iraniens Shahed-136, massivement utilisés par la Russie, l’Ukraine possède un savoir-faire unique au monde. Ses forces ont développé des intercepteurs à bas coût, des techniques de brouillage électronique et des systèmes d’artillerie antiaérienne adaptés pour contrer ces menaces spécifiques. Un pays en guerre, manquant de tout, offre ce qu’il a de plus précieux à celui qui lui a tourné le dos.
La manœuvre diplomatique magistrale de Zelensky

La proposition de Volodymyr Zelensky n’est pas un acte de charité, mais un coup de maître diplomatique. En offrant son expertise aux États-Unis et aux pays du Golfe, il joue sur plusieurs tableaux. D’abord, il démontre la valeur stratégique irremplaçable de son pays sur la scène mondiale. Ensuite, il se crée un levier pour négocier ce dont l’Ukraine a désespérément besoin : des systèmes de défense américains pour contrer l’agression russe. Zelensky l’a formulé clairement : « pour nous aujourd’hui, la technologie et le financement sont importants ».
Cette stratégie porte déjà ses fruits. Selon le président ukrainien, plus de dix pays, européens comme moyen-orientaux, ont déjà contacté Kyiv pour solliciter son soutien en matière de capacités défensives. L’envoyé en chef des négociations ukrainiennes, Rustem Umerov, a été dépêché dans la région dès le 9 mars pour promouvoir les drones intercepteurs ukrainiens auprès des États du Golfe. Des médias comme le magazine Time et des think tanks comme le German Marshall Fund ou le CEPA analysent la manœuvre comme un « coup de poker magistral » qui redistribue les cartes diplomatiques en faveur de l’Ukraine.
Pourtant, malgré cette offre et sa pertinence stratégique, Trump continue d’ignorer l’Ukraine. Il refuse de reconnaître que le seul pays à lui tendre la main est celui qu’il a précédemment rejeté. Une posture qui n’est pas seulement un manque de reconnaissance, mais qui pourrait s’avérer être une erreur stratégique majeure.
Une guerre de 17 jours aux objectifs flous

Dix-sept jours après le début des hostilités, le conflit contre l’Iran a transformé le Moyen-Orient en poudrière et l’économie mondiale en otage. Donald Trump a affirmé que l’opération était « très en avance sur le calendrier prévu ». Mais de quel calendrier parle-t-il ? Personne ne le sait, car le Congrès américain lui-même n’a pas été consulté de manière significative avant le déclenchement de cette guerre, la plus conséquente depuis l’invasion de l’Irak en 2003.
Les frappes américano-israéliennes se poursuivent contre l’Iran, qui riposte en visant Israël et les actifs américains dans la région. Les bases militaires des États-Unis dans le Golfe sont sous une menace constante, ce qui explique, par une ironie cruelle, la demande d’aide adressée à l’Ukraine. Le Pentagone se tourne vers le pays auquel il a coupé les vivres pour obtenir une expertise en défense anti-drones, développée justement en combattant les mêmes armes iraniennes qui menacent aujourd’hui les troupes américaines.
Au dix-septième jour du conflit, le bilan est lourd. Le détroit d’Ormuz reste paralysé, les prix du pétrole s’envolent et les marchés financiers dévissent. Les questions sans réponse s’accumulent. Quel est l’objectif final ? Un changement de régime à Téhéran ? La destruction du programme nucléaire iranien ? Le contrôle permanent du détroit ? Aucune stratégie de sortie claire n’a été présentée.
L’OTAN face à la fracture

La crise du détroit d’Ormuz expose les fractures profondes qui traversent l’OTAN. L’alliance, conçue pour la défense collective, repose sur la consultation et le respect mutuel, des principes que la politique transactionnelle de Trump a mis à mal. La haute représentante de l’Union européenne, Kaja Kallas, a rappelé un point juridique essentiel : « le détroit d’Ormuz est hors de la zone d’action de l’OTAN », comme défini par l’article 6 du traité.
Au-delà de l’aspect légal, ce rappel est un message politique fort : l’OTAN n’est pas un outil à la disposition des États-Unis pour des opérations unilatérales. La question de la survie de l’alliance sous sa forme actuelle est désormais ouvertement posée à Bruxelles, Berlin et Paris. Non pas que les Européens souhaitent la dissoudre, mais ils envisagent un futur où l’OTAN pourrait fonctionner sans une participation américaine active, une révolution stratégique catalysée par l’imprévisibilité de Washington.
Chaque refus européen de participer est une affirmation d’indépendance. Le concept d' »autonomie stratégique européenne », longtemps perçu comme une simple ambition française, devient une réalité. L’Allemagne, la France, la Pologne et d’autres pays européens augmentent massivement leurs budgets de défense et renforcent leurs capacités. Ils le font avec la conscience qu’ils ne peuvent plus compter aveuglément sur leur partenaire américain. Trump, en cherchant une Amérique plus solitaire pour la rendre plus forte, est en train de créer une Amérique plus isolée et plus vulnérable.
Créé par des humains, assisté par IA.