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Des archéologues fouillaient une nécropole égyptienne et ont découvert des sarcophages vieux de 3 000 ans
Crédit: lanature.ca (image IA)

La découverte inattendue dans la nécropole thébaine

Des trésors antiques viennent tout juste de ressentir la chaleur du soleil égyptien pour la première fois depuis des milliers d’années. L’événement s’est produit dans la nécropole thébaine, un secteur de l’ancienne Louxor situé sur la rive ouest du Nil. Durant la période pharaonique, cette zone servait de lieu de sépulture privilégié pour les nobles et les hauts fonctionnaires du royaume.

C’est en fouillant la cour calcaire d’un sépulcre précédemment mis au jour, à proximité de la tombe d’un pharaon, que les archéologues ont découvert une chambre cachée. Cet espace de stockage funéraire, plongé dans l’obscurité, abritait vingt-deux cercueils en bois. Leurs teintes n’ont été que très légèrement affadies par leur séjour de plusieurs millénaires sous la terre.

La mission s’est déroulée sous la supervision du Conseil suprême des antiquités d’Égypte et de la Fondation Zahi Hawass pour l’archéologie et le patrimoine sculpté. Les chercheurs ont pu constater que ces sarcophages, datant de la Troisième Période intermédiaire, sont parfaitement intacts et renferment toujours leurs momies. Leurs extérieurs sont peints de couleurs éclatantes, mêlant des bleus, des verts, des rouges et des jaunes intenses. La chambre funéraire recelait également d’autres artefacts et des papyrus très fragiles.

L’énigme des chanteurs et la suprématie du dieu Amon

Qui a pu être momifié et enterré dans ces cercueils ? L’équipe archéologique cherche désormais à percer ce mystère. Les dépouilles ont pu être inhumées à n’importe quel moment entre 1077 et 664 avant notre ère. Si aucun nom personnel n’est gravé sur le bois des sarcophages, la plupart portent une inscription précise : « Chanteur d’Amon » ou « Chanteuse d’Amon ».

À l’époque où ces cercueils ont été mis en terre, Amon, dont le nom signifie « Celui qui est caché », avait largement dépassé le statut de divinité locale. Étroitement associé à Rê sous la forme d’Amon-Rê, il s’était imposé comme l’une des forces divines dominantes de l’Égypte antique. Dieu de la création, de la royauté et de l’ordre du monde, son influence rayonnait depuis Thèbes sur l’ensemble du pays.

L’iconographie le représente généralement sous les traits d’un homme coiffé d’une haute couronne à deux plumes, bien que l’image du bélier lui ait été associée bien avant la Troisième Période intermédiaire. Invoquer le nom d’Amon dans ces sépultures garantissait un accès à l’une des traditions religieuses les plus puissantes d’Égypte. Son autorité façonnait la vie des temples tout autant que l’idéologie royale de l’époque, conférant à ses prêtres une influence comparable à celle du pharaon.

L’Égypte divisée : les bouleversements d’une époque charnière

La Troisième Période intermédiaire correspond à une ère de profonds bouleversements politiques. Celle-ci s’est amorcée dans le sillage de la mort de Ramsès XI et a vu l’effondrement total du Nouvel Empire. C’est dans ce climat instable que le territoire s’est scindé.

Smendès, l’ancien vice-roi de Basse-Égypte du défunt pharaon et parent du précédent grand prêtre d’Amon, a pris le trône de Basse-Égypte à Tanis. Il est alors devenu le nouveau grand prêtre d’Amon. Pendant ce temps, Hérihor, qui occupait la fonction de vice-roi de Haute-Égypte, régnait sur la Haute-Égypte. La monarchie s’est effritée, laissant le pays profondément divisé.

Plus tard, des souverains nubiens ont infléchi les croyances et les pratiques religieuses. Leur volonté était de préserver les traditions du Moyen Empire, dont la gloire brillait encore intensément dans la mémoire des Égyptiens. L’esthétique de cette période a ainsi été façonnée à la fois par le culte d’Amon et par la nostalgie d’un âge d’or révolu.

La théocratie de Thèbes et le statut des épouses divines

Au moment où les chanteuses reposant dans ces cercueils entamaient leur ultime voyage vers le monde souterrain, le culte d’Amon conservait un pouvoir considérable. Tanis constituait l’épicentre d’un pouvoir laïc qui s’appuyait encore sur le panthéon égyptien. Thèbes, dont les ruines ont servi de fondation à la construction de la ville de Louxor, fonctionnait sur un modèle bien différent.

Il s’agissait d’une véritable théocratie. Les grands prêtres y consultaient Amon sur toutes les questions relatives à la gouvernance du territoire. Le dieu était traité comme un monarque en chair et en os, jouissant d’une déférence supérieure à celle accordée au pharaon humain. Cette ferveur exceptionnelle pourrait expliquer le nombre important de chanteurs de temple voués à son service.

Les épouses du roi de Tanis et du grand prêtre de Thèbes recevaient le titre d' »Épouse du dieu Amon ». Elles disposaient d’une richesse et d’une influence presque égales à celles de leurs maris. Dans cette période de chaos généralisé, leur statut apparaissait comme un rayon de lumière divine, assurant une forme de stabilité religieuse et sociale.

Préservation des corps et mystère des papyrus scellés

L’aménagement de l’espace funéraire démontre une ingéniosité remarquable. Les sarcophages étaient méticuleusement disposés en plusieurs couches pour maximiser la place disponible. Ils ont été empilés sur dix rangées horizontales, les couvercles séparés des cuves. Les rituels funéraires de cette époque se concentraient davantage sur le traitement du corps lui-même que sur les peintures murales élaborées ou le riche mobilier funéraire présents dans les tombes des périodes antérieures et postérieures.

Bien que les cercueils soient dans un état de conservation exceptionnel, la fragilité du bois a nécessité des interventions de sauvegarde immédiates. Les restaurateurs ont utilisé des fibres de renforcement et consolidé les couches de plâtre dégradées. Des procédures de nettoyage d’une extrême minutie ont permis de retirer les dépôts qui ternissaient l’éclat des peintures.

Dans cette même chambre, la mission a mis au jour un grand récipient en poterie contenant huit papyrus. Leurs sceaux originaux en argile sont toujours intacts. Ces rouleaux devront d’abord être déroulés avec précaution avant de livrer leurs secrets lors de l’étape de la traduction.

S’exprimant dans les colonnes du Daily News Egypt, le ministre du Tourisme et des Antiquités, Sherif Fathy, a déclaré que cette trouvaille « reflète le soutien continu de l’État à la recherche archéologique dans le cadre d’une stratégie globale visant à préserver le patrimoine culturel et à mettre en évidence sa valeur civilisationnelle et humaine. »

Selon la source : popularmechanics.com

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