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Guerre en Iran : comment Téhéran impose son rythme face aux pressions militaires
Crédit: lanature.ca (image IA)

Un conflit asymétrique aux issues incertaines

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La guerre déclenchée le 28 février en Iran vient de franchir le cap des trois semaines. Sur le terrain diplomatique comme sur le front militaire, les États-Unis et Israël maintiennent des déclarations souvent triomphalistes concernant l’effondrement imminent de la République islamique et la conclusion prochaine des hostilités. Les analystes soulignent pourtant que ces deux alliés n’ont pas toutes les cartes en main pour décider seuls du moment où les armes se tairont.

Les discours officiels occidentaux affichent une certaine confiance. Dès la mi-mars, le président américain assurait que la guerre allait « se terminer bientôt ». Jeudi, le premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou est intervenu dans le même sens. Sans préciser d’échéancier exact, il a promis publiquement que le conflit allait « se terminer bien plus vite que ce que les gens imaginent ».

Face à ces annonces, les Gardiens de la Révolution, qui constituent l’armée idéologique du régime iranien, ont opposé un démenti catégorique. Jugeant que l’issue de cet affrontement reste « entre les mains » de leurs propres forces armées, leur porte-parole a rétorqué : « C’est nous qui déciderons de la fin de la guerre ». Il a ensuite insisté sur leur capacité de résistance : « Les forces américaines ne mettront pas fin à la guerre ».

La suprématie aérienne occidentale face à l’endurance iranienne

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Sur le plan strictement balistique, la puissance de frappe israélo-américaine s’est imposée dès le premier jour du conflit. L’offensive a été massive, ne laissant à l’Iran aucune chance de conserver la maîtrise de son propre espace aérien. Les États-Unis ont concentré leurs tirs sur les installations nucléaires et balistiques iraniennes. Dans le même temps, Israël frappait directement les lieux de pouvoir, tuant au passage les plus hauts responsables de l’État.

S’appuyant sur ces destructions, Benjamin Nétanyahou a jugé que l’Iran n’avait désormais plus « la capacité de produire des missiles balistiques ». Une affirmation immédiatement balayée par les Gardiens de la Révolution, qui ont formulé cette réponse : « Même en temps de guerre, nous continuons à [en] fabriquer ».

Pierre Razoux, directeur de recherche du centre de la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques (FMES), apporte un éclairage sur cette persévérance. Il explique que « c’est le régime iranien qui décide de la durée de la partie de poker – à condition de survivre ». Le chercheur poursuit son analyse : « Il y a peu de chances qu’il obtienne des garanties de non-agression américano-israéliennes ». Face à cette situation, l’expert conclut : « Son intérêt est de poursuivre une guerre d’usure de basse intensité, dans le temps ».

Le blocage stratégique du détroit d’Ormuz

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Malgré l’ampleur des destructions sur son sol, Téhéran n’a jamais cessé de répliquer. La méthode choisie repose sur une stratégie peu onéreuse à base de missiles et de drones bon marché, mais qui se révèle efficace à l’échelle planétaire. La première action marquante des Gardiens a été de bloquer le stratégique détroit d’Ormuz, un passage maritime par lequel transitent 20 % des hydrocarbures planétaires.

Dans un second temps, les forces iraniennes ont élargi leurs cibles. Elles ont visé les entrepôts, les raffineries et les sites de production d’hydrocarbures situés dans la région du Golfe. Si leurs projectiles ont souvent été interceptés par les défenses déployées dans la zone, leur taux d’efficacité a été jugé suffisant pour perturber durablement l’ensemble du secteur énergétique.

Jack Watling, spécialiste de la guerre au Royal United Services Institute (RUSI) basé à Londres, observe cette situation de près. Il estime que « les Iraniens peuvent probablement maintenir une menace persistante sur le transport maritime […] pendant une très longue période ». La tâche visant à réouvrir le détroit d’Ormuz, qui représente pourtant une nécessité absolue pour la stabilité de l’économie mondiale, s’avère extrêmement compliquée sur le seul plan militaire.

Des divergences stratégiques au sommet

Cette semaine, Donald Trump a fait part de la réticence de ses alliés traditionnels à intervenir militairement pour sécuriser ce précieux passage maritime. Le président américain a même fait valoir publiquement qu’il ne s’attendait pas à un tel blocage du détroit par Téhéran. Ces propos ont rapidement suscité la stupéfaction chez certains observateurs, et la moquerie chez d’autres.

Colin Clarke, directeur exécutif au Soufan Center à New York, se montre très critique face à cette impréparation. Il dénonce des méthodes « d’amateur » et affirme : « Cela relève de bien plus qu’une simple gaffe […], une négligence véritablement inexplicable ». L’expert ajoute que, depuis des décennies, « la possibilité que l’Iran adopte une stratégie d’usure via une guerre économique […] faisait l’objet de débats ouverts parmi les universitaires, les analystes et les stratèges militaires ».

Au-delà de ces erreurs d’anticipation, les États-Unis doivent composer avec un allié israélien qui mène des actions répondant à ses propres objectifs. Jeudi, Benjamin Nétanyahou a dû admettre qu’Israël avait « agi seul » lors de la frappe visant South Pars/North Dome. Ce gisement est la plus grande réserve de gaz connue au monde, partagée entre les territoires de Téhéran et de Doha. Le premier ministre israélien a toutefois tempéré : « Le président Trump nous a demandé de suspendre toute nouvelle attaque et nous nous y conformons ».

Un modèle de conflit asymétrique destiné à durer

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Les ressources technologiques de Téhéran soulèvent d’importantes interrogations quant à la résolution rapide de ce conflit. Mona Yacoubian, directrice pour le Moyen-Orient au CSIS, estime que les capacités iraniennes en matière de drones pourraient finalement s’avérer « difficiles, voire impossibles, à neutraliser complètement ».

Fort de cet arsenal, le pouvoir iranien détient la capacité de faire durer ce conflit asymétrique. Cette méthode n’est pas nouvelle pour la République islamique. C’est le modèle précis sur lequel elle a formé, armé et organisé les divers groupes armés alliés qui gravitent dans son sillage, à savoir les houthis du Yémen, le Hezbollah libanais, les milices irakiennes ou encore le Hamas palestinien.

En observant la dynamique actuelle, Mona Yacoubian livre un diagnostic préoccupant concernant la trajectoire des événements. Elle estime que Téhéran « semble avoir opté pour une escalade sans retenue ». Faisant le bilan des options diplomatiques et militaires disponibles à court terme, la directrice du CSIS indique : « Divers scénarios d’escalade sont possibles, sans qu’aucune voie de désescalade soit en vue ».

Selon la source : journaldemontreal.com

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